Auteur : mimi yuy
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Série : Les Bleus, Premiers pas dans la police
Disclamer : Aucun des petits Bleus ne m’appartiennent
Couple : Yann x Kevin
Dernier Combat
Une bonne demi-heure était passée quand Kevin rouvrit les yeux. D’abord somnolent, il gémit de nouveau quelque peu avant de soulever des paupières lourdes et douloureuses de trop nombreux cocards.
Dés que son esprit reprit conscience, Kevin sursauta. Où était-il encore ? Allait-on le frapper ?
Il avait dû perdre son combat un peu plus tôt. Tombé ko, il avait alors rêvé de Yann venant le chercher. Et maintenant, il était nu sous des mains étrangères…
- Chut… calme-toi. T’es en sécurité tout de suite. Chuuuuut…….
Et il l’entendait à nouveau ! Il devenait véritablement fou maintenant !
- Kevin ! Hé, Kevin ?
Sentant une main ferme lui tapoter la joue, il tourna son visage vers sa source. Alors il le reconnu. C’était un rêve ou un cauchemar ?
- Yann ?
- Oui, c’est moi. Tu te sens comment, là ?
- Je…
Regardant autour de lui, il comprit enfin qu’il se trouvait dans une baignoire remplie d’une eau qui lui brûlait la peau. Mais c’était si bon d’être enfin au chaud. Il était immergé jusqu’au cou, la tête reposant sur une serviette éponge pliée sur le bord de baignoire. A ses cotés, Yann les manches de chemise retroussées, les mains dans l’eau… Il le lavait ?
Il manquait un truc dans ce tableau…
- Où sont les bulles ?
S’attendant à tout sauf à cette remarque, Yann se permit d’en rire.
- Blessé comme tu l’es. Moins tu seras en contact avec le savon et mieux tu te sentiras.
- Aïe…
- Tu vois ?
Oui, il voyait. Le gant râpeux recouvert lui de savon n’était pas pour lui faire du bien. Nul doute que c’était cette douleur aiguë en plus de celle latente dans tout son corps qui l’avait réveillé.
- J’ai presque fini. Si après ça tu te sens assez réchauffé, je te propose d’aller t’allonger dans le lit. Ce n’est pas un palace 5 étoiles, mais les draps sont propres et le matelas plutôt correct.
- Yann ?
Oui, son cerveau bouclait. Mais là, on lui avait donné trop de mots d’un coup pour qu’il les comprenne tous. Ses yeux partaient à nouveau en arrière, quand il se sentit secouer.
- Kevin ! Hé, reste avec moi. J’ai besoin de te poser des questions.
Encore une fois, c’était trop tard.
Finalement, ce n’était peut-être pas plus mal. Ayant terminé de laver son visage et ses cheveux ras, Yann le sortit enfin d’une eau devenue crasseuse et rougeâtre, pour l’allonger sur le lit. Au vu de leur carrure respective, cela n’eut rien d’évident. Inconscient et tremper, il pesait son poids le Kevin, même s’il lui semblait avoir perdu quelques kilos. Mais en le portant renversé sur une épaule, il avait fini par s’en sortir. A l’inverse de sa chemise totalement imbibée.
Soupirant devant l’état désastreux de Kevin, il déboutonna sa chemise qui lui collait à la peau, avant de poursuivre sa tache.
Il prit le temps nécessaire pour répertorier chaque blessure, couvrant chaque hématome d’une crème analgésique, réalisant même quelques points de suture ça et là, grâce au kit qu’il s’était procuré à la pharmacie de garde. L’ayant finalement en partie rapiécé et bandé en deux endroits, il l’enfoui sous les draps et toutes les couvertures trouvées dans les lieux. Le visage maltraité reposant sur un oreiller moelleux, Yann déposa enfin une serviette éponge contenant des glaçons à moitié fondus sur les principales boursoufflures de son visage. Après les grelottements de froid, Kevin souffrait d’une montée de fièvre.
S’il n’était pas en pleine infiltration, il aurait appelé le SAMU pour qu’ils viennent le chercher dans l’instant et l’hospitalise. Sa respiration sifflante n’était vraiment pas pour le rassurer. Le torse noir de coups passés, il craignait le pire. Mais dans les circonstances actuelles, il n’avait pas d’autres choix que de le garder ici. C’était déjà un miracle qu’ils aient accepté de le lui « vendre » le temps d’une nuit.
- Yann ?
Devant le regard flou de Kevin, Yann lui sourit, se voulant rassurant.
- Toujours moi, belle au bois dormant.
Fronçant des yeux, Kevin eut du mal à se resituer. A chaque fois qu’il avait une phase d’éveil il se trouvait dans une situation différente.
- Où je suis ?
- Dans un hôtel de la capitale. Tu te souviens de la première fois où tu m’as vu ?
- Dans le bureau de Duvall ?
- Non idiot, je ne parle pas de cette première fois. Mais dans l’usine où se déroulent les combats clandestins.
- Alors c’était bien toi ?
- Ouais. Je suis infiltré dans le milieu depuis 15 jours. J’arrive tout juste de Bordeaux où ma mission a commencé. Trafic de cocaïne…
- 15 jours ?
- Tu sais depuis quand tu es entre leurs mains ?
- 10 combats…
- Et c’est arrivé comment ?
Abandonné dans son cocon de chaleur et sous les douces caresses que Yann ne cessait de lui prodiguer, Kevin allait sombrer dans un sommeil sans heurts quand son ex-amant le secoua légèrement.
- T’endors pas Kevin. Je dois vraiment savoir avant demain matin ce qui t’es arrivé.
- Je suis fatigué…
- Je sais, mais c’est important. Tu veux manger quelque chose ? Ca t’aidera sûrement à te réveiller un peu.
- Manger…
- Oh là ! Doucement.
S’étant redressé trop vite, Kevin se sentit prit de vertiges. Ca allait mal. Vraiment mal.
Tout tournait autour de lui.
- Evite les mouvements brusques.
Assuré qu’il tiendrait seul deux secondes, adossé aux coussins, Yann se leva chercher la bouffe délaissée sur la desserte. Virant la cloche, il revient assez vite avec l’assiette pleine et des couverts dans une main, la bouteille de whisky et un verre dans la seconde.
- Je meurs de faim.
- Alors mange, je te le laisse avec plaisir.
Délaissant le dîner à Kevin qui le lui arracha presque des mains, Yann se laissa enfin tomber dans un fauteuil pour s’y servir un verre. Si la présence de l’alcool était sa meilleure idée pour obtenir sans soupçon des glaçons pour soulager la chaleur des hématomes présents sur le visage tuméfié, Yann n’en bouda pas pour autant le liquide ambré. Il avait vraiment besoin de ce verre. Reposant la bouteille au sol, il prenait trois longues gorgées du feu salvateur quand il vit Kevin avaler sans mâcher un maximum au point de s’étouffer, incapable d’avaler quoique ce soit. Voyant le haut de cœur approcher, Yann lâcha son verre qui se vida sur la moquette épaisse pour se jeter sur la fourchette qui poursuivait sa course frénétique vers la bouche affamée.
- Qu’est-ce qui te prends ? Tu vas te faire vomir.
Lui arrachant l’assiette des mains, Yann eut facilement gain de cause sur les revendications de Kevin qui tentait par tous les moyens de l’en empêcher. Posant le dîner sur la table de nuit, il eut à peine le temps de présenter la serviette éponge contenant les glaçons pour recueillir les aliments à peine mâchés, crachés sporadiquement par un corps définitivement à bout.
- Ca va mieux ?
- Je t’en pris, rend-la-moi !!
- Calme-toi. Je vais quand même pas t’empêcher de manger. Tu vas juste y aller plus calmement. Ok ?
Au hochement de tête obtenu pour réponse, Yann, décida de procéder autrement. S’il ne voulait pas que Kevin se goinfre, il n’avait qu’à le nourrir à son rythme. La fourchette en main, il recueillit une belle boulette de viande qu’il tendit à son homme. Histoire de dédramatiser la situation, il se permit une risette que l’on offre au bébé grognon pour qu’ils ouvrent la bouche.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je te donne la béquée, ça ne se voit pas ?
Au sourire craquant rendu par Yann, Kevin se sentit fondre. Et face à la fourchette tendue, affamé, il ouvrit les lèvres.
- C’est bien. Maintenant, tu mâches si tu en veux une nouvelle.
Ils agirent ainsi jusqu’à la fin complète du menu proposé. Yann y ajouta deux barres de céréales achetées en pharmacie à destination des sportifs de haut niveau. De l’énergie en barre qui ne lui ferait pas de mal. Mais plus Kevin avalait ses bouchées, plus il lui racontait ce qu’il venait de vivre, et plus Yann voyait poindre le sursaut des larmes.
Quand il fut certain qu’il était suffisamment rassasié et proprement enfouis sous les draps, Yann se coucha, par-dessus ces derniers à ses cotés, pour le prendre dans ses bras. Ils avaient beau avoir officiellement rompu depuis des semaines, après l’expérience traumatisante qu’il venait de vivre, Kevin avait besoin d’un contact humain.
- Yann...
- Chut… Je suis là, je te lâche pas.
S’il n’y eu aucune larme, sentir ce corps prit de convulsions générées par un sursaut de peur postérieur à l’agression, lui arrachait le cœur. Mais comment s’étonner de sa réaction ? N’importe qui aurait craqué à sa place. Lui-même ne s’est-il pas abandonné à sa détresse suite à son agression homophobe ? Personne de censée, ne pouvait rester indifférent à la violence perpétrée à son encontre. Alors après dix jours de tortures physiques et mentales, Kevin était bien en droit de se laisser aller dans ses bras.
Doucement, Yann l’embrassa sur la tempe pour lui confirmer qu’il ne le lâchait pas. Tout sauf l’abandonner à cet instant. Le baiser fut vite suivi d’un second, et d’un troisième, avant que Kevin ne se redresse légèrement pour l’embrasser à son tour.
Son baiser se voulu violent, mais Yann s’écarta pour l’en empêcher.
Avant que Kevin ne prononce un mot pour le contredire, il déposa le plus doucement du monde le bout de ses doigts sur les lèvres meurtries pour l’en empêcher. Alors sans quitter son ancien compagnon des yeux, il se pencha lui sur Kevin pour déposer un baiser aussi léger qu’une aile de papillon. Il renouvela son geste à plusieurs reprises, léchant tendrement la peau gercée pour l’attendrir. Alors seulement, il permit un peu plus à Kevin, entrouvrant ses lèvres des siennes pour y glisser sa langue mutine. Le baiser qui s’en suivi fut long et langoureux. Mais malgré ces précautions, ce fut un gémissement de douleur qui les stoppa dans leur abandon.
Soupirant devant leur état, Yann s’en voulu terriblement. Pour avoir baigné Kevin, il savait pertinemment d’où venait cette énième souffrance. A l’image de sa propre érection naissante, Kevin avait certainement réagit à leurs baisers. Malheureusement pour lui, les nombreux coups reçus sous la ceinture avaient largement meurtri son sexe et ses testicules. Dans son état, il lui serait certainement impossible ne serait-ce que de bander sans hurler de souffrance avant des semaines !
Embrassant doucement le maigre emplacement de peau intouchée sur le front de Kevin, tout à coté d’une importante bosse, Yann lui souffla ses excuses.
- Désolé mon cœur, mais certaines choses vont devoir attendre que ton corps guérisse de bien des blessures.
N’ayant pas le courage de répondre, Kevin enfoui son visage brûlant de honte dans la chemise entrouverte de son homme. Respirant son odeur, il se laissa doucement bercé par le rythme de son cœur. Ainsi blotti contre lui, il ne pouvait s’empêcher de penser à l’immense hasard qui leur avait permit d’être ensemble à cet instant.
- Merci.
- Attend qu’on s’en soit sortis avant de me remercier !
- Pas pour ça.
- Pour quoi alors ?
- De ne pas me repousser…
- Pourquoi tu voudrais que je te repousse ?
- Tu ne voulais plus de nous. Mais ce soir, tu…
Percevant un léger tremblement dans la voie de Kevin, Yann le serra un peu plus fort, au détriment de ses douleurs.
Caressant doucement son dos, il reposa son propre visage contre les oreillers. Observant le plafond blanc de leur chambre, Yann prit alors sur lui de lui confier enfin une partie des non-dits ayant entouré leur rupture.
- Ecoute-moi bien Kevin. Si je n’ai jamais répondu à ton ultimatum, il y a deux mois, c’est que je n’avais pas de réponse satisfaisante à te donner. Depuis le départ, je t’ai dans la peau. T’as quand même bien du t’en rendre compte, tous ces mois qu’on a partagé ensemble. Non ? Maintenant, si je ne suis pas foutu de vivre une vie pépère de couple, jamais - Jamais, tu entends ? - je te tournerais le dos, si tu as besoin de moi ! Le fait que j’ai des habitudes de célibataires non attiré par la vie à deux, ne veut pas dire que je suis dénué de cœur et incapable d’aimer ! Je pourrais bien être hétéro que cela n’y changerait strictement rien ! Je t’aime Kevin ! Cela n’a jamais changé. Mais comme je ne peux pas offrir ce que tu attends de moi, je t’ai juste rendu ta liberté en sortant de l’hôpital. Toute rupture est douloureuse et la nôtre le fut aussi pour moi. J’ai certainement tous les torts, là encore. Mais je n’ai agis ainsi que pour répondre à ton besoin d’une vie de couple que je ne suis pas prêt à vivre. Mieux valait que tu sois heureux avec un autre que malheureux avec moi. Tu comprends… ?
Abaissant finalement son visage dans l’espoir de croiser le regard de Kevin suite à toutes ses confidences, Yann ne pu retenir un petit rire désabusé. Inconsciemment, il s’en était douté. Le poids s’étant doucement alourdit contre son torse, il ne pouvait même en avoir été autrement. Embrassant une énième fois la tempe d’un Kevin profondément endormi, Yann s’assura qu’il était consciencieusement recouvert des draps et couvertures.
Soupirant de nouveau, il reprit son observation du plafond blanc.
S’il ignorait complètement à quel instant son ange s’était endormi au cours de ses confidences, lui avait l’intime conviction que le stress et l’inquiétude l’empêcheraient de fermer l’œil jusqu’à l’aube.
A suivre
mimi yuy
Voilou, un long chap (si si il est long ;p) qui donne en prime une partie de ma vision de leur séparation. Comme Kevin en a rien entendu, elle sera d’ailleurs, un peu plus développée plus tard. Ce en quoi je ne suis guère originale lol ;p