Avec toutes mes plus profondes excuses pour le temps que cela m’aura pris, me revoilà enfin avec la suite ! Je dois avouer que j’ai eu un très très gros passage à vide qui s’est mutualisé à plusieurs week-ends overbookés et des journées trop chargées au taffe pour me permettre d’écrire à ma pause déjeuner -_-.

Bilan, pas moyen de trouver le temps de finaliser ce chapitre avant ce soir.

Donc, enfin, et sans plus attendre, l’avant-dernier chapitre présentant l’ultime recours aux souvenirs pour Merlin.

En espérant que cela ne vous décevra pas trop après une si longue attente u_u

 

 

Solstice d’hiver.

 

 

Chap4.3 : Jours de fête - 3

 

Les lueurs de l’aube éclairaient les deux corps enlacés quand Arthur se réveilla complètement.

Il n’avait pas aussi bien dormi depuis des semaines.

Non seulement cette nuit aucun spectre n’était venu hanter ses songes. Mais suite à un bon repas partagé en compagnie de Merlin, il avait eu tout le plaisir de profiter du jeune homme en mode bouillotte - le corps brûlant de plaisir de son valet blotti au creux de ses bras.

À ce doux souvenir, Arthur observa le corps abandonné à ses côtés, se surprenant à sourire bêtement à sa vue.

 

Dans leur sommeil, ils avaient particulièrement bougé. Si bien que lui se trouvait dorénavant sur le dos. Tandis que Merlin était sur le ventre, son visage enfoui dans un oreiller duveteux. Se plaçant de côté, la tentation fut trop forte pour Arthur. Alors, sans plus attendre, il glissa ses doigts dans la chevelure corbeau pour y attenter quelques caresses. Il ne pouvait cacher sa volonté de le voir se réveiller pour mieux reprendre là où ils s’étaient arrêtés la veille. À peine avait-il appris à goûter aux lèvres du garçon, qu’il s’en sentait déjà cruellement dépendant.

 

Dormant profondément, Merlin réagit à peine aux caresses offertes. Pourtant, il suffit peu après, d’un rayon de soleil un peu plus persistant sur son visage pour que subitement son horloge biologique le rappelle à l’ordre. S’il y avait trace de soleil ou de chaleur, cela signifiait qu’il était en retard. Et par voix de conséquence qu’Arthur l’engueulerait ou pire, l’enverrait au pilori. Et peu d’hommes savaient que ce dernier en plein hiver était aussi cruel qu’au pic du midi en plein été.

 

- Au mon Dieu !

 

Se redressant en sursaut, Merlin tenta de sortir du lit d’un bon. Mais ses membres entremêlés dans les nombreuses couvertures épaisses dont il n’avait pas l’habitude ne lui rendirent pas la tâche facile.

 

- Merlin ? Qu’est-ce qu’il te prend ?

- Je suis désolé. Je… Je n’ai pas vu l’heure passée. Pardon, je suis en retard, je vais…

- Quoi ? Mais…

 

Réalisant que Merlin était à moitié réveillé et dans une panique totale, Arthur se saisit de ses épaules pour le forcer à se rallonger.

 

- Calme-toi, bon sang…

- Mais…

 

Luttant pour se redresser, Merlin évita de justesse de sortir du lit rattraper par des bras musclés qui le bloquèrent définitivement sous les couvertures et le corps d’Arthur.

 

- Où tu crois aller comme ça ?

- Le soleil…

- …vient de se lever. Et comme nous sommes de repos aujourd’hui, et en rien des poules, on peut encore dormir le temps qu’il nous plaît !

- Mais… sir…

 

- « Arthur », jusqu’à demain matin, je reste « Arthur ». D’accord ?

- …

- D’accord ?

- Hum.

- Bien. Alors, rendors-toi, maintenant.

 

Ne se faisant pas prier, c’est avec un plaisir non feint que Merlin se glissa de nouveau dans le moelleux du lit et des coussins. Cela faisait si longtemps… Non ! À dire vrai, jamais jusqu’à la veille, il n’avait profité d’une couche aussi douce et confortable. Jamais il n’avait connu pareille douceur sur sa peau nue. C’était si bon…

S’il sentit alors quelques caresses sur son corps détendu, elles n’eurent que le don de le rendormir plus profondément encore. C’est donc ainsi qu’il profita de cette occasion de se reposer la matinée durant.

 

Un peu plus tard, Arthur passa quelques ordres à des domestiques en allant dire brièvement bonjour à son père. Son absence, suffit au personnel du château d’installer ce qu’il avait demandé, le laissant à nouveau seul pour la journée.

Satisfait, le prince rejoignit son lit pour en tirer les rideaux et y retrouver son serviteur y dormant toujours du sommeil du juste. C’était amusant de voir que s’il ronronnait à ses caresses, Merlin avait tout comme un chat cette étrange façon de prendre bien plus de place que son corps fin ne pouvait en avoir besoin. Il était tout simplement étalé au beau milieu du lit. Il y semblait si serein à cet instant, si loin de toutes ces images que Balinor lui avait imposées.

 

Entre la fatigue physique et nerveuse, le vin consommé la veille et les réjouissances partagées peu avant leur sommeil, il n’était pas surpris d’un tel besoin de sommeil pour Merlin. D’autant qu’il savait de par ses rêves que le jeune homme ne feignait vraiment pas l’épuisement. Aussi, s’il était avant tout impatient de l’embrasser de nouveau, Arthur jugeait surtout qu’un second repas de bonne facture ne lui ferait pas de mal avant de l’inciter à dormir le reste de la journée.

 

Caressant avec douceur la chevelure désordonnée du sorcier, il le réveilla finalement par ce seul geste.

 

- Désolé.

- Hein ?

 

À peine réveillé, le visage chiffonné d’un trop-plein de sommeil, Merlin était l’image même de l’innocence décadente, toujours noyé sous les couvertures. À la vue d’une marque de drap sur sa joue, Arthur éclata soudain de rires tout en re-glissant sa main dans les cheveux en vrac.

 

- C’est confortable ?

- Très… 

 

Satisfait par le sourire égaré de Merlin, Arthur décida de fondre sur sa cible pour échanger avec lui un baiser langoureux.

 

Tout aussi amusé des rougeurs colorant aussitôt les joues du sorcier, Arthur ne manqua pas de s’installer à nouveau à ses côtés pour lui avouer enfin une vérité bien difficile à évoquer.

Il pensait que c’était le moment ou jamais. Se penchant un peu plus sur Merlin pour glisser ses mains rugueuses sur la peau délicate du jeune homme, il lui prodigua quelques caresses, dans une volonté inconsciente de retarder juste un peu plus l’inévitable confession.

 

- Merlin, je dois te parler sérieusement.

- Hum ?

- Je suis au courant de tout.

- De tout ?

- Oui, de tout. Ta magie, toutes ces fois où tu l’as utilisé pour me sauver la vie, et toutes les autres où tu as menti pour moi et sacrifié de ta personne et de ton confort pour l’idiot de prince que je suis parfois avec toi.

 

Voyant toutes les couleurs disparaître du visage du jeune homme, Arthur sut que s’il subsistait le moindre doute en lui, ils auraient été balayés par sa réaction. Les doigts glissés dans le cou de Merlin l’informèrent tout aussi facilement que son rythme sanguin s’emballait. La panique noyait ses yeux à tel point qu’il dut trouver un moyen de le calmer efficacement. L’embrassant avec douceur, il se détacha à peine pour lui murmurer des paroles rassurantes.

 

- Ch… tt… Ton secret ne craint rien avec moi.

- Mais…

- Je voulais juste que tu saches que je savais tout, à présent. Cela fait peu de temps. Alors, bien que cela n’ait pas été le cas jusqu’ici, dorénavant, je ferais mon possible pour te faciliter la tâche.

- Me faciliter… Parce que vous ne m’en voulez pas ?

- De m’avoir menti et traité de prince stupide chaque jour depuis notre rencontre ? Ou d’avoir sauvé la vie de mon royal postérieur plusieurs dizaines de fois… depuis tout aussi longtemps ?

- Je… C’est impossible ! Vous ne pouvez dire ça en sachant tout !

- Et pourtant…

- Comment ? Comment le sauriez-vous de toute façon !

- Tu ne me croirais pas.

- Arthur ! Je dois savoir. Est-ce Gaius qui vous a parlé de moi ? Qui ?

- Disons, plutôt… un fantôme.

 

À cette réponse loin de toutes celles attendues, Merlin eut une seconde de silence. Il pouvait bien avouer ne pas s’être attendu à ce type de révélation. Quelque peu désabusé par celle-ci, le sorcier se redressa pour reprendre dépité.

 

- Autant je possède la magie en moi, autant je ne suis pas si naïf. Les fantômes n’existent pas, Arthur.

- Attend d’en croiser un et tu penseras autrement.

- D’accord. Alors, qui était-ce ?

- Il vaut mieux que tu l’ignores.

- Arthur !

- Balinor.

 

À cette réponse soufflée en un murmure, Merlin eut un second coup au cœur. Son père ? Son père avait parlé à Arthur malgré sa mort ? Le fils de l’homme qui l’avait banni de Camelot avait ce droit, mais pas lui ? Pourquoi son père s’était-il montré à un étranger s’il en avait la capacité, sans jamais agir de même avec lui - son propre enfant qui le pleurait toujours ?

 

- Que… que s’est-il passé ?

- Il m’a montré ton passé, notre présent, et mon futur.

- Comment ? À quelles fins ?

- Comment ? Via mes rêves. À quelles fins ? Disons qu’il y avait des leçons qu’il me fallait apprendre. Des vérités qu’il me fallait découvrir. Et des messages qu’il me fallait comprendre.

- Tout cela ?

- J’en ai peur.

- Et donc… Il vous a montré mon passé ?

- Oui.

- Il… Il vous a dit qu’il était mon père ?

- Oui.

 

Percevant tout le sérieux dans les réponses d’Arthur, Merlin essaya de mieux comprendre ce qu’il avait vécu. Il semblait si marqué par la teneur de ses « rêves ».

 

- Que vous a réellement montré mon père, au juste ?

- Beaucoup d’évènements de ta vie. Ta naissance, quand tu es devenu amis avec William, et surtout, toutes ces fois où tu as agi pour moi, sauvé mon père ou libéré Camelot de bien des dangers ! J’ai ainsi pu revoir tous ces combats que tu as gagnés, et découvert tous ces sorciers que tu as affronté pour nous sauver.

- Je vois… Il n’a donc pas tout révélé…

- J’ai pourtant bien l’impression que pas une seule de nos victoires ne m’ait été revisitée en me montrant à quel instant tu devenais la seule raison de nos succès.

- Oui, toutes nos victoires. Mais qu’en a-t-il été de la vision de nos échecs ?

- Comment ça ?

- Mon père semble s’être bien joué de vous en oubliant sciemment nombre d’événements. Il m’a fait passer pour un être parfait et ampli de magie bienfaitrice, quand j’ai pourtant apporté tout autant de malheur et de mort à Camelot !

- Quoi ?

 

Arthur cru que son cœur allait sortir de sa poitrine. Il ne supporterait pas de nouvelles déconvenues. Pas après tout ce qu’il avait vu et vécu dans le passé et le futur !
Balinor ne pouvait pas lui avoir menti !

Pas encore !

Son cœur et son esprit ne pourraient en supporter davantage !

 

Voyant bien que le prince frôlait la crise de panique, Merlin tenta de le rassurer, bien qu’il sache que la suite n’allait pas du tout lui plaire.

 

- Arthur… Personne n’est aussi altruiste ou parfait. Comme tout à chacun, je possède ma part d’ombre.

 

Cette évidence, Arthur pouvait la concevoir. Balinor lui-même avait évoqué que rien n’était noir ou blanc. Plus calme et apte à écouter, le prince incita Merlin à poursuivre.

 

- Alors, explique-moi.

- C’est trop dur. J’ai tellement de sang sur mes mains !

- Que veux-tu dire, Merlin ? Je ne peux pas imaginer que tu puisses faire du mal. Tu n’arrives même pas à tuer les araignées qui m’effrayent dans ma chambre !

- Et pourtant, j’ai tué tant d’innocents.

 

N’ayant pas vu d’actes répréhensibles dans toutes les images imposées par Balinor, Arthur commença à redouter le pire. Était-il possible que le seigneur des dragons ait finalement menti tout du long, transformant la réalité pour faire passer son fils pour un homme intègre quand il était lui-même à l’origine du mal ayant si souvent accablé Camelot ?

Tâchant de garder un calme qu’il ne maîtrisait qu’à peine, Arthur incita Merlin à poursuivre.

Son besoin de savoir toute la vérité des lèvres même du principal concerné lui était indispensable. À aucun prix, il ne le stopperait avant qu’il n’ait terminé. Alors seulement, il jugerait et prendrait sa décision quant à leur avenir commun. La seule certitude qui lui étreignait le cœur était son incapacité à envisager une seule seconde la possibilité de révéler le don de Merlin à son père. Jamais au grand jamais, il ne voulait renouveler dans la réalité ce qu’il avait vécu dans son pire cauchemar.

 

- Parle, Merlin. Je veux savoir.

 

Prenant non sans mal sa respiration suite aux insistances du prince, Merlin murmura enfin tout ce qu’il portait sur son cœur.

 

- Il y a déjà tant de morts sur mes mains… Le père de Gwen, par exemple.

- Que dis-tu ? C’est mon père qui l’a fait exécuter.

- C’est moi qui l’avais sauvé de l’épidémie qui décimait les gens de Camelot !

- Quand nous avons tous cru qu’il s’agissait de Gwen ?

- Hum…

- C’était bien avant l’affaire de l’alchimiste qui a poussé mon père à le condamner.

- J’aurais dû trouver un moyen de le protéger de ces deux dangers !

- Tu l’as au moins sauvé de l’épidémie. Sans toi, il serait mort bien plus tôt. C’est lui seul qui a décidé de faire commerce avec un sorcier malfaisant tout en sachant ce qu’il risquait en agissant ainsi. Toi, tu as offert des mois entiers de sursis à cet homme dont le destin était de mourir jeune.

 

Merlin n’était pas convaincu, mais décida de passer outre.

 

- Peut-être pour lui… Mais alors qu’en est-il pour tous ces gens que le chasseur de sorcier Aredian a fait condamner !

- Là encore, c’est mon père qui l’a fait venir avant d’ordonner les sentences de mort.

- Mais c’est à cause de moi ! Si je n’avais pas donné la forme d’un dragon à la fumée pour me divertir, la paysanne n’en aurait pas parlé, le chasseur de sorcier ne serait pas venu. Et alors, tous ces hommes et femmes n’auraient pas été exécutés ! Réalisez-vous seulement qu’ils sont tous morts uniquement parce que j’ai manipulé une fumée blanche presque inconsciemment pour mon seul plaisir !!

 

Arthur soufrait de cette évidence. Pour autant, ce n’était que le hasard des faits. Merlin n’avait pas tué ces gens ! C’était Aredian et son père les responsables !

 

- Et Freya ? Si j’avais été plus rapide, plus discret ! J’aurais pu la faire sortir de Camelot avant qu’elle ne meure.

 

Arthur savait que Merlin ignorait encore le détail de ce que Balinor lui avait montré, mais cela ne l’empêcha pas de le contrer.

 

- J’AI tué le monstre en quoi Freya se transformait pour protéger Camelot. Si seulement j’avais su ce qu’elle représentait pour toi, Merlin… J’aurais fait en sorte que cela ne se termine pas ainsi. Pour autant, ni toi ni moi ne sommes coupables ! Freya s’était faite ensorcelée puis emprisonnée bien avant que tu ne l’aies rencontré. Comme avec ton père, ta seule présence à ses côtés lui aura au moins offert une mort dénuée d’indifférence.

- Sauf que Balinor ne craignait rien avant qu’on ne le retrouve.

- Merlin, c’est encore une fois mon père qui a décidé de nous envoyer chercher le tien au prix de sa vie. Pas toi !

- Pourtant, ici, ce n’est pas Uther qui l’a tué ! Mon père est mort en me protégeant d’une attaque qui m’était destinée ! Si je n’étais pas venu avec vous, il n’aurait pas cédé à mon insistance à vous accompagner ! Il ne se serait pas mis en danger ! Et finalement, il n’aurait pas eu à protéger un fils incapable de se défendre seul !

- Et alors personne n’aurait pu sauver Camelot de l’attaque du dragon ! Car comme tu le dis, sans toi, il ne serait pas venu. Je comprends toute la peine que tu peux ressentir à l’idée d’être en partie responsable de sa mort. Car oui, sans toi, il serait peut-être toujours vivant au fin fond d’une grotte. Mais personne n’aurait alors eu les pouvoirs de stopper le dragon ! Ton père s’est sacrifié pour toi, car c’est ainsi que vont les choses. Les pères ont le désir ardant de protéger leur fils quel qu’en soit le prix. Je ne doute pas une seconde qu’il a été heureux de te rencontrer avant de mourir. Comme tu ne dois pas oublier que sans ta venue, peut-être serait-il tout aussi mort en croisant les soldats de Cenred pendant une chasse, ou d’un bête accident… Le plus important dans cette tragédie, est qu’il t’a connu, qu’il t’a aimé, apprécié et finalement sauvé. C’est plus qu’il devait espérer partager avec le fils qu’il pensait ne jamais revoir de sa vie !

- Cela ne rend pas sa mort moins douloureuse, Arthur !

- Bien sûr que non. Mais tu dois comprendre qu’elle n’a pas eu lieu en vain. Aussi atroce que ce soit à avouer, moi, je préfère mille fois qu’il soit mort à ta place. Et sa disparition fut d’autant moins vaine, qu’elle t’a permis d’obtenir le pouvoir des dragonniers.

 

Arthur espérait ardemment que ces paroles franches aident un tant soit peu Merlin à dépasser son chagrin. Dut-il pour cela se mettre en colère en l’accusant de ne pas respecter la mort de son père ! Au lieu de ça, c’est un flot de larmes incompréhensible qui débordait de ses yeux bleus. L’image était insupportable au cœur d’Arthur. Comment pouvait-on s’engloutir à ce point dans le remord ? Quoiqu’ait fait Merlin, cela ne pouvait être si grave ! Jusqu’ici, il s’autoflagellait de faits dont il n’avait jamais été réellement responsable. Désireux de le consoler, Arthur voulut l’étreindre. Mais aussitôt, Merlin se recula, refusant sciemment qu’on le touche.

 

- Merlin ?

- Le dragon… C’était ma faute.

- Quoi ?

- J’ai du passer un marcher avec lui. Quand vous avez été touché par la bête glapissante, je ne savais pas comment vous venir en aide. Gaïus ne cessait de me dire qu’il n’y avait aucun remède, que vous étiez perdu ! Quand je suis allé le voir, le dragon a donné un prix à son aide pour vous sauver. Je devais… le libérer, un jour venu.

- Et tu as tenu cette promesse…

- C’était ça ou sa magie s’en serait prise à ma mère. Je ne pouvais pas ! Pas encore une fois !

- Comme lorsque Nimueh a décidé de t’épargner en prenant la vie d’Hunith pour me sauver ?

 

Hochant la tête, non sans émotion aux souvenirs des risques que sa chère mère avait encourus par sa seule faute, Merlin ne put retenir plus longtemps ses larmes de détresse. Quel fils indigne pouvait-il être à faire tuer son père ou abandonner sa mère à tous les dangers !

 

Arthur, lui, comprenait enfin.

 

- C’était la vie de ta mère ou libérer le dragon. Tu n’avais là aucun choix !

- Mais...

- J’aurais agi comme toi, Merlin ! D’autant que tu ne pouvais deviner qu’il allait s’en prendre aux gens de Camelot. Tu lui offrais sa liberté pour qu’il parte enfin loin de mon père qui le retenait prisonnier, pas pour qu’il s’en prenne à nous tous !

- C’est là que tout est faux. Je le savais ! Je l’avais vu !

- Où ça ? Dans un rêve ?

- Non, dans le cristal de Neahtid. J’y ai vu Camelot en feu et à sang. Je savais que Kilgharrah y avait un rôle ! J’aurais dû comprendre qu’il était à l’origine des massacres. Mais je ne pouvais pas accepter l’idée de perdre ma mère ! Pas si peu de temps après la mort de Balinor.

- Merlin… Tu as respecté ta parole. Tu n’es pas responsable des exactions du dragon. Toutes ces morts que tu te reproches, pas une n’est réellement de ton seul fait. Tu ne peux t’en juger responsable pour la seule raison que tu as été l’un des pions ayant mené à leur perte.

- …

- Que me caches-tu encore ?

- Le dragon… Je ne l’ai pas tué… Quand j’en ai eu l’occasion.

- Ça, je le savais déjà. Balinor m’a montré comme tu as fait preuve de pitié à son égard. Je ne te cache pas que je n’aurais pas été si magnanime. Mais c’est bien là où nous différons, Merlin. Tu es foncièrement si bon. Rien en toi n’inspire le mal !

 

Aux épaules effondrées, Arthur comprit que le jeune homme atteignait toutes ses limites. Bataillant toujours avec lui, Arthur réalisa qu’une fois encore ses paroles n’avaient pas atteint leur but. Bien au contraire, elles venaient d’attiser le désespoir du jeune sorcier. Réussissant malgré tout à l’étreindre enfin dans ses bras, Arthur le sentit pleurer contre son épaule. Il y avait tant de peine enfermée en lui. Comment avait-il pu contenir toute cette douleur pendant si longtemps ? Au moins, le prince commençait-il enfin à comprendre les raisons de son comportement récent. Glissant ses mains dans la chevelure corbeau, il tenta de pousser Merlin à confier le reste de ses secrets.

 

- Je t’en pris Merlin, n’ai pas peur de tout m’avouer. Tu as besoin de vider ton sac, une bonne fois pour toutes !

- J’ai… j’ai réellement tué de mes propres mains.

- Des tas de sorcières et monstres maléfiques ? Oui, je l’ai vu par moi-même grâce à Balinor. Mais de cela plus que de tout autre, tu ne dois pas t’en sentir coupable ! Chacun de nos ennemis a mérité leur peine.

- Non…

- …

- Seigneur… J’ai… J’ai tué Morgane !

 

À ces mots Arthur resta cette fois-ci sans voix. Morgane n’était pas morte. Aux dernières nouvelles, elle avait « juste » été enlevée par Morgause, avant qu’ils ne finissent par la retrouver dans un campement abandonné, fuyant ceux qui la retenaient prisonnière depuis plus d’un an.

 

- Cette fois-ci, j’ignore totalement de quoi tu parles, Merlin !

- Elle était la source du sortilège jeté par Morgause ! Les sept chevaliers de Médhir étaient liés à sa vie. Alors… Alors, j’ai dû l’empoisonner pour qu’enfin tout cesse, que les spectres s’écroulent et que les gens de Camelot sortent du sommeil.

- Si tu l’as réellement empoisonné, comment avons-nous pu la retrouver belle et bien vivante ?

- Morgause… Avant que Morgane ne meure, j’ai finalement conclu un pacte avec elle. Si elle stoppait le sortilège d’elle-même, je lui remettais la drogue employée sur Morgane, pour qu’elle puisse lui administrer un contre poison.

- Tu as décidé de sauver tous les gens de Camelot au prix de la vie d’une amie ? De la femme que je considère comme ma sœur ?

- Oui…

 

Voyant le flot de larmes s’écouler le long des joues pâles, Arthur comprit là encore bien des choses. Comme la raison pour laquelle, Morgane ne demandait plus de nouvelles de Merlin depuis son retour à Camelot, ou cette gêne étrange qui semblait présente entre eux deux quand ils se croisaient dans les couloirs.

 

- Est-ce que… Morgane t’en tient rigueur ?

- Elle m’a dit que non, mais… Je ne peux y croire vraiment. Ce serait trop simple, trop facile. Je ne mérite pas son pardon. [1]

 

Berçant inconsciemment le corps tremblant de l’homme qu’il aimait, Arthur se promit de tout faire pour découvrir la vérité sur les sentiments de Morgane à l’égard de Merlin. Il pourrait comprendre qu’elle le haïsse pour sa tentative d’empoisonnement. Ce serait une réaction qu’on ne pouvait lui refuser. Mais elle pouvait tout aussi facilement admettre que Merlin avait agi sous la contrainte pour sauver tous les autres. Arthur n’en doutait pas ! Morgane était une femme de caractère qui aurait eu le courage d’agir de même, si la situation avait été inversée !

 

- Me haïssez-vous en le sachant enfin ?

- Chuttt… Bien sûr que non, Merlin. Pour tout dire, j’ignore vraiment quoi penser de tout ça. Comme j’ignore si j’aurais eu le courage de sauver Camelot, si cette information avait été à ma seule connaissance.

 

Laissant Merlin pleurer tout autant de peine que de soulagement à ne pas être détesté, Arthur renouvela sans cesse ses baisers et caresses dans l’espoir vain de le calmer.

 

- Balinor a eu tort de me cacher tout ça.

- Je pense que mon père ne voulait que me protéger, en mettant de côté ce qui aurait pu vous conduire à me détester. Je vous en prie, ne lui voulez pas.

- Désolé de te décevoir, mais sur ce point, je ne peux lui excuser une telle erreur. Bien que cela ne soit pas pour les raisons que tu t’imagines. Toutes ces choses que tu viens de me dire forment la pièce qu’il me manquait pour enfin comprendre la raison de ton comportement. Même si je ne doute pas qu’il était essentiel que ce soit toi qui m’en parles, plutôt que lui.

- Je ne comprends pas.

- Merlin, tu te morfonds dans une telle quantité de remords pour le mal dont tu te juges responsable, que tu as inconsciemment choisi de jouer les martyrs pour te punir des décisions que tu as prises.

- Non…

- Je crains que si. Tout ce mal dont tu penses être le responsable… Cette culpabilité que tu n’as cessé de ressentir en toi. Elle te tue à petit feu. Si bien qu’à bien des égards, tu es le principal responsable de ta situation actuelle. Au point que moi, je n’ai été qu’une arme dans ta main !

- Quoi ?

 

Le voyant clairement perdu – pour ne pas dire : Choqué ? Vexé ? Blessé ? – par ses dernières paroles, Arthur tenta de s’expliquer plus simplement.

 

- Par le passé et de ton propre aveu, il y a bien des preuves que j’ai été quelqu’un d’ouvert et à l’écoute de tes paroles. Mais tu as choisi de ne me laisser aucune chance de voir ta souffrance, tes malaises, tes maladies ou difficultés. Pourquoi ? Car tu refuses sciemment ou inconsciemment d’accepter que tu puisses être heureux après avoir été responsable par tes choix de tant de morts.

 

Voyant que Merlin était de nouveau à l’écoute, Arthur poursuivit sa vision des évènements.

 

- Si j’ai eu cette chance de ne pas avoir encore connu à mon âge l’horreur de la guerre. Toi, en revanche, tu portes déjà les stigmates de nos vétérans ayant su en revenir vivants. Tu as vu tant d’horreur… Tu te crois responsable de tant de massacres… Que tu te refuses tout droit au repos ou au confort. C’est en raison de ces fautes que tu juges avoir commises que tu te punis en me laissant agir comme un tyran avec toi.

- …

- Quel homme pleurant ses morts accepterait de se faire malmener par un ami sans rien en dire ? Quel serviteur travaillerait sans relâche deux années durant sans attendre la moindre pièce d’or ? Nul autre ne serait resté à mes côtés, Merlin. Toute maltraitance peut-on subir dans la vie, les victimes les acceptent pour de simples raisons : l’argent, l’amour ou la peur.

De par ta puissance – dont je ne doute plus une seconde – tu ne peux avoir réellement peur de moi. Pour l’amour, je ne t’en donnais pas jusqu’à hier. Pas plus que tu n’as perçu d’argent, que ce soit par ta solde ou le vol ! Alors, qu’est-ce qui t’a poussé à rester si longtemps à mes côtés, quand mon père ne désire qu’une chose : voir ton incompétence loin de moi ?

- Je…

- Tu as tout fait pour me rendre responsable de ton malheur ! Tu m’as rendu coupable des tourments que tu as subits quotidiennement, aussi sûrement que l’aurait été la lame du poignard des hommes fous qui se mutilent pour expier leurs fautes dans la souffrance physique !

- Non, je…

 

Ne laissant pas Merlin nier ses paroles si crues, mais si vraies aux yeux d’Arthur, ce dernier glissa ses mains sur les joues en pleurs pour les essuyer avec une douceur inégalée.

 

- Mais tout cela, c’est terminé, Merlin. Si ton père n’avait pas totalement raison, il n’avait pas plus tort. J’avais des leçons à apprendre pour enfin voir et comprendre de quoi tu souffrais. Ce n’était pas de moi et de mes actions. Mais de toi-même et de tes choix. Car j’ai l’intime certitude que si seulement j’avais été plus à l’écoute de tes besoins, tu aurais trouvé un autre moyen de te faire du mal. J’en ai même la conviction. Cela n’excuse en rien mon manque de considération quant à mon rôle premier. Je suis la raison qui t’a poussé à faire ces choix qui par la suite t’ont poussé vers cette autodestruction. Mais là encore, c’est toi seul qui as décidé un jour de vouer ta vie à ma personne.

 

Merlin comprit entre les lignes qu’Arthur répondait là à une question qu’il ne lui avait pas posée. Mais peut-être était-ce aussi à Balinor qu’il parlait à cet instant. Était-il présent à leur côté ? Il espérait que non. Car autant il pouvait aimer son père, autant le savoir potentiellement présent dans cette chambre où Arthur et lui n’avaient cessé de s’échanger baisers et caresses n’était pas pour le réconforter.

 

- Tu sais Merlin. On peut reprocher bien des choses à mon père. Mais il m’a éduqué et formé pour que je devienne comme tu le dis parfois : un bon roi. Et le plus dur dans cette tâche qui m’est destiné est de faire les bons choix au bon moment, peu en importe ensuite les conséquences. Accepter de sacrifier une centaine d’hommes pour en sauver des milliers d’autres fait partie de ces choix que j’ai dû apprendre à faire et assumer. Cela ne rend pas l’épreuve plus facile. Mais contrairement à toi, j’ai été éduqué pour le comprendre et l’accepter. Tu es si empli d’amour et de bienveillance pour ton prochain, que bien évidemment tu n’as jamais pu concevoir l’idée de te pardonner tous ces actes que tu juges reprochables.

- Non, je…

 

Voyant Merlin abaisser la tête, Arthur ajouta

 

- Tu oublis juste une chose. Tu n’as jamais vraiment eu le choix. Pour me sauver, tu devais libérer le dragon. Pour libérer Camelot, tu devais tuer Morgane… Et tous ces malheureux que tu t’accuses de ne pas avoir sauvés ont été exécutés par ordre de mon père ! Au final, tout ce qui a eu lieu et tout ce dont tu t’accuses n’est liés qu’à moi ! Si je n’existais pas, rien ne serait arrivé, ta vie aurait été tout autre.

- Si vous n’existiez pas… Je n’aurais pas eu ma magie. Nous sommes les deux faces d’une même pièce. Je suis né pourvu de magie dans l’unique but de vous seconder dans l’ombre. Sans vous, je n’aurais pas possédé la seule chose en ce monde qui me donne la force de vivre.

 

« La seule chose en ce monde… » Arthur eut besoin de quelques secondes pour accepter ces paroles. Il comprenait que Merlin juge ne pouvoir réellement se reposer sur personne, mis à part sur sa magie. Mais l’entendre n’était pas moins douloureux. Pour autant, à présent, rien ne pourrait l’empêcher de se battre pour lui prouver qu’il avait aussi tort sur ce point-là !

 

- Hé bien, il ne s’agit plus d’une fatalité, Merlin. À présent que je sais tout, j’y veillerais. 

- Sauf que quoi que vous disiez, je ne pourrais jamais me pardonner toutes ces morts.

- Je sais ce que c’est de toujours douter de soi, Merlin. Mais je ne pourrais jamais avancer, si je passais mon temps à remettre chacune de mes décisions en cause. On doit juste tenter de faire les meilleurs choix qui soient. Et après mettre un pied devant l’autre et avancer.  [2]

 

Même si Arthur disait vrai et qu’il s’autodétruisait, il lui restait une infime part de dignité qu’il souhaitait sauvegarder. Certains appelleraient ça du déni, mais on ne pouvait effacer des années d’auto-dénigrassions d’un simple mouvement de la main.

Ceci étant, Merlin ne pouvait ignorer la volonté du prince à vouloir l’aider.

 

- Arthur…

 

D’un simple baiser, le sorcier souhaita lui faire comprendre tout ce qu’il ne pouvait exprimer par des mots. La route serait longue avant de retrouver son estime de soi. Mais quelque chose lui disait que peut-être, il y parviendrait plus facilement, s’il acceptait déjà l’idée de l’avoir jusqu’alors entièrement perdu.

 

- … vous avez tort.

- Merlin… Dieu seul sait comme je souhaiterais être l’unique source de ton malheur. Car ainsi, je saurais facilement mettre un terme à tout cela. Malheureusement, il n’en est rien. Tu dois accepter l’idée que tu as un problème pour que l’on puisse l’affronter et en venir à bout, ensemble.

- Je veux dire… Je n’ai pas toujours accusé les coups sans rien dire. Une fois… Une fois, je me suis réellement révolté.

- Toi ? Tu as déjà élevé la voix pour émettre ta perdition ?

- Oui.

- Vraiment ? Quand ? Je ne m’en souviens même pas.

 

Arthur était encore plus dépité. Comment avait-il pu louper une telle confession ?

Finalement amusé par son abattement, Merlin n’attendit pas pour le rassurer à sa façon.

 

- Ce n’était pas avec vous.

 

« Alors qu’il en avait terminé avec la préparation de l’homme de paille devant permettre au prince de participer au tournoi incognito, Merlin s’était endormi au milieu des innombrables tâches que Gaïus lui avait imposées pour compenser l’absence d’Arthur au château. C’est au retour du médecin qu’il avait été réveillé par une salve de reproches qu’il jugeait ne pas mériter.

 - Debout Merlin ! Arthur est peut-être parti, mais moi pas. Pourquoi mon bocal à sangsues est-il toujours sale ? Et d’où te vient cette idée que tu peux rester assis toute la journée sans rien faire ?

- Quoi ? Vous croyez que je reste assis sans rien faire ! Je n’ai pas eu une seule occasion de rester sans rien faire depuis que je suis arrivé à Camelot ! Je suis trop occupé à courir derrière Arthur. « Fait ci, Merlin », « Fais ça, Merlin ». Et quand je ne cours pas derrière Arthur, je fais des corvées pour vous. Et quand je ne fais pas ça, j’accomplis mon destin ! Vous savez ? Combien de fois j’ai sauvé la vie d’Arthur ?  Je sais plus combien ! Et… Et est-ce qu’on me remercie ? Non ! J’ai combattu des griffons, des sorcières, et des bandits ! J’ai été frappé, empoisonné et bombardé de fruits ! Et je dois tout le temps cacher qui je suis vraiment, parce que si on le découvre, Uther me fera exécuter ! Parfois, j’ai l’impression d’être tiré dans tellement de direction que je ne sais pas où me tourner ! »

 

- Et alors ? Il t’a laissé un peu plus de liberté ?

- Disons que peu après, il s’est excusé de n’avoir su mieux réaliser l’ampleur de mes différentes tâches. Mais au bout du compte, il m’a fait nettoyer le bocal à sangsue. Cette fois-là comme toutes les autres…

 

Souriant à la vue d’un Merlin mode « chiot abandonné », Arthur ne put s’empêcher de capturer ses lèvres rougies, tout en poursuivant ses caresses sur la nuque contractée. Quand il le sentit enfin se détendre sous ses bienfaits, il murmura de nouveau au creux de ses grandes oreilles.

 

- Merci pour ton dévouement, ta confiance et loyauté, Merlin. À ce jour, beaucoup de choses vont changer. Mais je te promets déjà que je protégerais ton secret aussi précieusement que nos propres vies !

 

Ne croyant pas en sa bonne fortune, Merlin ne put s’empêcher de tenter le diable

 

- Et… aurais-je toujours les écuries à récurer ?

 

S’y attendant presque, Arthur surjoua son intense réflexion… Il était si bon de retrouver un ton plus léger entre eux.

 

- Hé bien… Tu peux très bien avoir toute mon estime et continuer de récurer les écuries.

- Je vous l’accorde.

 

Finalement libéré d’un poids intense, Merlin sourit pour de bon à cet instant. Et l’éclat de ses yeux – bien que rougis de ses pleurs – prouva à Arthur que cette joie-là n’était pas feinte un seul instant ! Le prince réalisa alors que c’était surtout la première fois que Merlin pouvait enfin être lui-même devant lui.

 

Il n’y avait plus de sorcellerie cachée, de sentiments refoulés, de fatigue masquée ou de peur étouffée… En cette seconde, Merlin entièrement dévoilé s’abandonnait tout entier à son seigneur. Et pour toute réponse à cette offrande, ce dernier lui offrait tendresse et sécurité. Était-il mort pour côtoyer si subitement un tel paradis ? Se sachant bien vivant, Merlin ne sut qu’ajouter un mot :

 

- Merci.

- Je t’en prie. Un souverain doit faire attention à ceux qui lui sont fidèles.

- Je le suis. Je l’ai toujours été.

- Je sais.

 

Reposant, de nouveau, tous deux sur les oreillers, c’est dans un parfait accord qu’ils échangèrent un regard complice.

Arthur s’en voulait un peu d’avoir imposé une telle épreuve de force à Merlin. Mais ce mal avait au moins conduit à une certaine délivrance du sorcier. Glissant encore et toujours ses doigts princiers sur les joues pales, il dessina tout doucement le contour du sourire timide du jeune homme.

 

- Maintenant que tu n’as plus aucun secret pour moi, puis-je te proposer quelques activités pour occuper le reste de ta journée de repos ?

 

Acceptant non sans soulagement le changement définitif de sujet, Merlin acquiesça d’un hochement de tête.

 

- Qu’avez-vous à me proposer ?

- Je pensais déjeuner pour reprendre un peu de force. Puis profiter d’un bon bain brûlant avec toi. Avant de finir la journée à nous prélasser dans ce lit… Qu’en penses-tu ?

 

- Très sincèrement ? Je n’ai aucune envie de traverser tout le palais pour aller vous chercher votre déjeuner dans les cuisines. Ni celle d’aller monter des dizaines de seaux d’eau pour remplir la baignoire.

 

Devant la mine dépitée de celui qui fut par le passé son simple valet de pied, aujourd’hui ami et qui deviendrait sous peu, il l’espérait ardemment, son amant, Arthur ne put s’empêcher de le traiter d’idiot tout en l’embrassant gentiment sur le front.

 

- Et qui te le demande, au juste ? Tout est déjà ici !

- QUOI ?

 

Se relevant d’un geste brusque les couvertures ne couvrant plus que ses jambes, Merlin vit un repas gargantuesque sur la table, ainsi qu’une baignoire emplie d’eau claire, placée devant la cheminée

 

- Quand ? Par qui ?

- Il y a moins d’une heure, par des serviteurs du château. Tu n’es pas le seul à travailler pour moi, tu sais.

- Mais… ?

- N’ai crainte, j’avais tendu les rideaux du lit. Personne n’a vu que tu dormais comme un loir dans mes draps.

- Je…

- Tu ne préfères pas goûter de ce sanglier que tu m’as permis de tuer, plutôt que de gober les mouches ?

- Si… Mais…

- Bien… On avance.

 

Se levant, Arthur partit dénicher une grande chemise de lin lui appartenant pour la lancer sur Merlin.

 

- Il serait juste préférable que tu te rhabilles un peu.

 

Souriant de toutes ses dents, tout en s’essuyant rapidement les yeux, Merlin observa la chemise qu’il savait avoir été brièvement portée par Arthur la veille.

 

- Vous avez peur que je prenne froid ?

- C’est plutôt ça ou je ne te laisse pas sortir de ce lit !

 

Pour le lui confirmer, il revint sur ses pas pour le rallonger avec brusquerie et l’écraser sous son corps désireux de renouveler de plus amples échanges.

Se sentant littéralement dévoré par son prince empressé, Merlin tenta sans aucun succès de le repousser. N’ayant d’autres solutions pour le stopper, il abandonna la lutte.

 

- J’abdique ! J’ai beaucoup trop faim…

- Bien.

 

Suite à un dernier baiser presque prude, au regard des précédents, Arthur le libéra de son poids pour se diriger vers leur repas.

 

- En revanche, je ne serais pas contre que tu utilises ta magie pour réchauffer l’eau du bain, le moment venu. J’ai beau vouloir faire des efforts, je n’ai aucune envie de jouer les servants pour toi.

 

Riant de son honnêteté, Merlin le rassura aussitôt, tout en enfilant la chemise prêtée – pour ne pas dire jetée en plein visage.

 

- Je pense que cette demande entre largement dans mes cordes, sir.

- Parfait.

 

Sortant enfin de dessous les draps, Merlin rejoignit son prince pour échanger avec lui un repas tout aussi merveilleux et savoureux que la veille.

 

À suivre.

 

[1] L’histoire se déroule avant que Morgane n’affiche clairement son rejet de Merlin.

[2] Cette tirade est une reprise mot pour mot d’une seconde série que j’aime beaucoup : « Legend of the Seeker » (version série TV des romans sur « L’épée de vérité » de Terry Goodking, pour ceux qui connaissent l’un ou l’autre). Le GRAND hasard de la vie a fait que j’écrivais des lignes assez proches quand c’est passé sur ma télé (sachant que NT1 les diffusait le mardi soir quand NRJ12 passait la série « Merlin »). Du coup, je me suis dit que c’était un clin d’œil que je ne pouvais laisser échapper et je l’ai donc recopié.

Je le précise, des fois que d’autres fans de ces deux séries l’aient reconnu par eux même ^-^’’

 

En espérant maintenant que ma vision de Merlin dont j’associe le comportement à un stress post-traumatique similaire à ce que peuvent ressentir des soldats traumatisés par ce qu’ils ont été forcés de faire durant la guerre, vous semble crédible ^-^ (Bien que Merlin n’ait certes jamais été en guerre. Mais quand on voit le nombre de fois où il a côtoyé la mort et/ou perdu des êtres chers…).

Et si vous pensez qu’Arthur est trop gentil/ouvert d’esprit, rappelez-vous les horreurs que lui a fait vivre Balinor ^_-. Sans oublier que la suite directe forme le dernier chapitre ! Ils n’ont donc pas totalement fini leur discussion, j’ai juste besoin de couper à un endroit pour éviter de publier un chapitre de 30 pages ^_^’’

 

Si tout va bien, la suite d’ici une semaine !