Pardon pour l’update tardive, mais cette semaine, comme le sera la prochaine, est particulièrement prise de tête pour moi -__-‘’ Ce n’est pas fait exprès, mais au moins pour m’en excuser vous profiterez d’un long chapitre (le plus long de l’histoire, je le crains ^_^’’). Bon cela s’explique surtout parce qu’une nouvelle fois, il contient quelques « flash back » issus de la série et qu’il n’y avait pas moyen pour moi d’interrompre les souvenirs de Merlin en leur milieu ^_^’’

En espérant que cette suite plaira et qu’elle vous aidera à retrouver une vision plus sympathique d’Arthur ^-^

 

Solstice d’hiver.

 

Chap4.2 : Jours de fête - 2

 

Jusqu’alors plongé dans l’inconscience, Merlin se réveilla subitement en sursaut.

Aussitôt, il vit le prince Arthur assis à ses côtés.

 

- Qu’est-ce que… ?

- Chut… Ne bouge pas encore. J’ai presque terminé.

- Terminé quoi ?

 

Sentant des picotements et une pression étrange sur ses mains, il les regarda pour découvrir qu’elles venaient d’être consciencieusement soignées et pansées. Son corps tout entier se trouvait lui couvert d’un épais édredon. Une situation qui était loin de lui être habituelle.

 

- C’est vous ?

- Qui d’autre ? Gaius est parti voir sa famille, je te le rappelle.

 

Arthur ne lui avouerait jamais qu’il avait avant toute chose, fait venir Gwen en catastrophe pour qu’elle l’aide à diagnostiquer ce qu’ils pouvaient faire pour le soulager de toutes ses meurtrissures, cloques et gerçures.

 

- Tu te sens un peu mieux ?

 

Hochant du chef, Merlin pouvait sans mentir, avouer que oui. Ses maux de tête s’étaient atténués, tandis qu’il se sentait comme sur un nuage sur la couche princière. S’il était toujours fatigué, les nausées étaient tout autant passées. Sûrement l’effet d’un court sommeil réparateur dans un lit si confortable et une chaleur si douce.

 

- Faim ?

 

N’osant parler, Merlin répondit à nouveau d’un simple mouvement de tête.

 

- Bien. Pour tout te dire, moi, je suis affamé. Alors, je te propose de reprendre où nous nous en étions arrêtés.

 

Obtenant encore un acquiescement silencieux, accompagné d’un petit sourire timide, Arthur aida le sorcier à se relever doucement.

 

- Vertiges ?

 

Voyant Merlin bouger de nouveau la tête pour nier la question, Arthur se surprit à rire.

 

- Tu as perdu ta langue ?

- Si on parle trop dans ses rêves, on finit par s’entendre et se réveiller.

 

Il fallut quelques instants à Arthur pour comprendre la phrase. Alors, Merlin croyait rêver ?

L’idée même qu’il puisse être gentil et aimable était si farfelue que Merlin ne pouvait y croire en dehors d’un rêve ?

Il était tombé bien bas pour que celui qu’il considérait comme un ami précieux arrive à ce genre de conclusion. Le plus douloureux au cœur est qu’il avait sans doute plus que raison de penser de la sorte.

 

N’ayant finalement pas bougé du lit où il était resté assis, Arthur vit soudainement une main se tendre devant lui.

 

- Vous aviez faim.

 

Se relevant, il accompagna Merlin près de la table qu’il avait tirée jusque devant la cheminée. Ainsi pourraient-ils partager leur repas tout en profitant de la chaleur du feu crépitant.

Désirant que Merlin profite au mieux des mets mis à leur disposition, Arthur attendit qu’ils en aient terminé avec le dessert pour dévier le cours de leur discussion.

S’ils n’avaient échangé que des banalités jusqu’alors, c’est après quelques minutes d’un silence apaisant qu’il rompit ce dernier pour se jeter enfin à l’eau.

 

- Merlin…

- Hum ?

- Je… je voulais te présenter des excuses.

 

La chose restant rare, c’est sans grâce que Merlin cracha ses dernières gorgées de vin qu’il espérait jusqu’alors avaler.

 

- C’est élégant.

- Avouez que vous m’avez pris par surprise.

 

Essayant d’oublier la conjugaison des mots prononcés par Merlin, qu’il aimerait effectivement bien « prendre » dans un futur proche, Arthur s’éclaircit la voix pour poursuivre bien que de nouveau interrompu par son serviteur.

 

- Je ne comprends pas Arthur. Vous n’avez aucune excuse à me présenter. Enfin, je crois…

- C’est… en raison de mon comportement depuis que nous nous connaissons. Il se peut…  Il se peut que j’aie réalisé dernièrement ne pas t’avoir toujours rendu la vie facile.

- À quel sujet exactement ?

- Merlin, ne te fais pas plus bête que tu ne l’es. Tu sais bien qu’après tous ces combats que nous avons connus depuis deux ans, je n’ai que peu souvent – pour ne pas dire, jamais – reconnu ta valeur et ton importance dans nos victoires. J’ai… particulièrement manqué de te remercier pour toute l’aide que tu m’as apporté depuis ton arrivée à Camelot.

- Arthur, aurais-je fait quelque chose de mal ?

 

Pris de cours par la question, Arthur en fut particulièrement confus.

 

- Quoi ?

- Dois-je m’attendre à ce que des gardes entrent dans cette pièce pour m’emporter dans les cachots ?

- Mais de quoi tu parles ?

 

Supposant que - peut-être - c’était la manière de Merlin de se donner là, l’occasion d’évoquer sa magie, Arthur en fut pour sa peine quand son domestique éleva franchement la voix.

 

- Vous vous moquez de moi ? Vous me permettez de me reposer dans votre lit, vous m’offrez un repas comme je n’en ai jamais eu, et à présent, vous vous excusez pour les faits du passé ! Que dois-je en déduire, mis à part qu’il s’agit là d’actes de charité offerts à un condamner à mort ?

- Mais non… Qu’est-ce qu’il te prend encore ? Déjà ce matin, nous avons eu droit à ta parano sur un empoisonneur qui en voudrait à ma vie et maintenant tu prends ce dîner de fête pour le dernier repas du condamner ?

- Un empoisonneur ? Vous m’accusez de vous avoir empoisonné ? Pourquoi ? Vous n’êtes même pas malade !

 

Laissant sa tête frapper violemment la table en bois, Arthur en gémit de douleur physique et morale. Il s’en voulut particulièrement d’avoir parlé sans réfléchir. Cette histoire d’assassin n’avait eu lieu que dans le rêve piloté par Balinor et non dans la réalité. L’évoquer n’allait pas l’aider à détourner la paranoïa de Merlin.

 

- Je t’en prie Merlin, oublie ce que je viens de dire. Et plus encore, cesse de croire que tout ce qui arrive puisse avoir un lien avec une quelconque future sanction. Je ne te reproche strictement rien, et il ne va rien arriver à personne. Je m’y engage complètement.

 

Bien que toujours sceptique, Merlin revint à leur premier sujet.

 

- Dans ce cas, pour quoi vous vous excusez, au juste ?

- Comme je viens de le dire, j’ai juste réalisé avoir manqué de reconnaissance à ton égard depuis que tu es à mon service.

- Vous êtes sûr que je ne vais pas mourir ?

- Merlin !

- Bien, bien…

 

Observant ses mains bandées, Merlin prit quelques secondes pour se remémorer ces nombreuses fois où effectivement Arthur – bien qu’involontairement – lui avait manqué cruellement de considération, ignorant tout de son rôle dans leurs faits d’armes. Pour autant, il ne pouvait lui reprocher de ne pas savoir ce qu’on ne lui disait pas.

 

- Vous savez, Arthur… Vous n’êtes pas toujours cet idiot princier que je vous accuse si souvent d’être.

 

Pour le lui démontrer, Merlin se laissa emporter par de tout autre souvenir.

Il en avait tant qui lui permettaient de voir le prince autrement.

 

- Vous vous méprenez en croyant ne m’avoir jamais témoigné respect ou reconnaissance. Souvenez-vous ! À peine quelques jours après ma prise de fonction, vous m’avez cru quand j’ai accusé le chevalier Vaillant de tricher lors du tournoi – moi, un simple serviteur encore si étranger à la cour et à ses coutumes, que vous connaissiez à peine. Et après que vous l’ayez vaincu, lui et ses serpents, vous m’avez même présenté vos premières excuses, pour avoir un instant douté de moi !

 

« Ah oui, je voulais te dire, Merlin. J’ai fait une erreur. Il était injuste de te congédier… »

 

- Quel serviteur peut se targuer d’en avoir obtenu une seule fois du roi ou du prince ? Peu de temps après, lorsque j’ai voulu venir en aide à Gwen en m’accusant moi-même de sorcellerie, vous n’avez pas hésitez une seconde à faire en sorte que votre père ne crois pas en mes paroles !

 

« - C’était moi ! Genièvre n’est pas une sorcière. C’est moi qui suis sorcier. Je ne saurais la laisser mourir à ma place. Je m’en remets donc à votre merci, Votre Majesté !

- Arrêtez cet homme !

- Père, je vous en prie. Je ne saurais le tolérer. Il est impossible que Merlin soit un sorcier. … Il m’a sauvé la vie, ne l’oubliez pas ! … Comme Gaius l’a dit, il est atteint… d’une grave… maladie mentale.

- Vraiment ? s’en surpris à peine, le roi.

- Il est amoureux…

- Pardon ?

- …de Genièvre !

- Mais, je ne suis pas amoureux d’elle !

- Bien sûr que si. Tu peux l’admettre. … Merlin est un prodige… Mais précisons que c’est un prodige d’idiotie. De ce fait, il ne saurait être sorcier.

Ne pouvant qu’acquiescer une telle évidence, le roi avait balayé cette interruption d’un simple mouvement de main.

- Alors, ne me fait plus perdre mon temps. Maintenant, laissez-le partir. »

 

- Sir... Qui dans Camelot a-t-il pu ainsi profiter de votre protection sur un sujet aussi sensible que la magie ? Tout le monde tremble à la seule idée que l’on puisse associer son nom à la sorcellerie en présence de votre père, car tout à chacun sait que le roi Uther ne transige pas à ce sujet. La moindre rumeur suffit à vous faire condamner à mort. Alors que vous. Vous avez contrée ma propre réédition !

- Tu ne voulais que sauver une amie.

- Il n’empêche que vous ne pouviez vraiment savoir si ce que je disais était vrai.

 

Non. Pas même à cet instant, songea Arthur. Merlin ignorant juste que durant les précédentes nuits, Balinor avait agi avec on ne peut plus d’efficacité pour que cela change, enfin.

 

- Vous avez ensuite contré les ordres de votre père pour affronter les pires dangers dans le seul but d’aller aux cavernes de Balor y trouver les feuilles nécessaires pour combattre mon empoisonnement.

- C’était le moins que je puisse faire ! Tu avais bu la coupe qui m’était destinée !

- Sauf que votre père avait raison. Un domestique n’a que peu de valeur. Il se remplace ! Vous non ! Vous n’auriez jamais dû prendre de tels risques pour moi !

- Tu MOURRAIS !

- Peut-être. Il n’empêche que peu d’hommes de lignée royale auraient combattu la Cockatrice pour un simple valet, si incompétent de surcroît.

 

À cela, Arthur ne répondit rien. Car il avait malheureusement raison, sur ce point.

 

- Pas plus que vous n’aviez à m’aider à libérer mon village natal ! Vous avez là encore risqué votre vie pour des gens n’appartenant même pas à votre royaume ! Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais juste avant le combat final… C’est même vous qui m’avez aidé à m’habiller de ma cotte de mailles. L’espace d’un instant, vous avez échangé nos rôles, en m’habillant et m’offrant des paroles d’encouragement et de réconfort. Vous ne vous êtes pas plus moqué de mes craintes ou de mes peurs que cela nous conduise tous à la mort.

 

« - Tu es prêt, Merlin ?

- J’ai la gorge sèche.

- Moi aussi… Cela a été un honneur. jugea bon de confier Arthur.

- Quoi qu’il arrive… pendant le combat, ne changez pas l’opinion que vous avez de moi, sir.

- C’est entendu. Mais tu sais, c’est normal d’avoir peur.

- Ce n’est pas vraiment, ce que je voulais dire… »

 

- Soit. Mais je n’ai plus été très à ton écoute peu après, Merlin… Quand ton ami est mort… Quand je t’ai poussé à rentrer avec nous, avant même la fin de sa crémation…

- Qu’êtes-vous allé vous imaginer ? Vous ne m’avez jamais contraint à rien. Au départ, je ne souhaitais pas même rentrer à Camelot. J’avais si peur de laisser de nouveau ma mère seule et sans défense. D’autres seigneurs de guerre pouvaient très bien venir à leur tour pour les harceler. C’est elle seule qui m’a convaincu de rentrer et poussé à le faire sans plus attendre. Elle seule a réussi à me faire comprendre que nous ne pouvions pas vivre dans la crainte perpétuelle de perdre l’autre. Aussi, soyez sûr que pas un seul de vos ordres n’aurait su prendre le dessus sur les souhaits de ma mère ! Je peux juste ajouter qu’il m’était à l’inverse plus facile - ma décision prise - de partir sans plus attendre. Rester plus longtemps n’aurait fait qu’ajouter à ma douleur. Voir mon ami sur le bûcher... cette image était trop dure à voir et accepter…

- Alors… À ce moment-là, je ne t’ai pas contraint à agir contre ta volonté ?

- Arthur… Croyez-vous sincèrement que vous puissiez me pousser à faire plus que je ne le voudrais vraiment ?

 

N’osant répondre par l’affirmatif, Arthur se permit juste un sourire pour nier l’évidence. Les images de Balinor mises à part, Merlin ne lui avait effectivement jamais laissé le sentiment d’être un homme que l’on oblige à agir contre sa volonté. Son manque total de respect à son égard, quand il lui parlait parfois dans l’objectif simple de vouloir juste lui dire ses quatre vérités, en était une preuve indéniable. Ca et toutes ces fois où Merlin avait ignoré ses ordres pour leurs propres sauvegardes.

 

- La mort de William t’a peiné.

- Autant que la perte de tous ceux qui m’étaient chers.

- Je le devine sans mal. Et j’en suis si désolé.

- Pourquoi ? Aucune des morts que je pleure n’est de votre fait.

- Si seulement je pouvais te croire… Je ne suis vraiment pas à la hauteur de l’image que tu as de moi.

 

Car Arthur savait qu’il n’en était même rien, qu’il était l’unique responsable – lui et son père – de la perte de tant d’âmes si attachées à Merlin…

Ignorant les pensées de son prince, le sorcier reprit le fil de ses souvenirs.

 

- Vous vous souvenez de la licorne ? N’avez-vous pas lors du dernier test de Gedref prouvé que vous ne me considériez pas comme un simple domestique remplaçable ?

 

« - J’ignorais que tu étais prêt à donner ta vie pour moi.

- Croyez-moi, sir, j’en suis le premier surpris.

- … Je suis heureux que tu sois là, Merlin.

- J’ai une idée ! Voilà ce qu’on peut faire. On peut verser tout le liquide dans une seule coupe. Elle sera donc empoisonnée. De cette façon, toute la boisson sera but dans une seule et unique coupe.

- Tu… Tu… Tu ne cesses de me surprendre. Tu es plus intelligent que tu en as l’air.

- Est-ce donc là un compliment ?

Ne souhaitant pas confirmer cette évidence, Arthur se contenta de prendre Merlin dans le plus vieux piège du monde. Pointant son doigt vers le ciel, il poussa son serviteur à détourner son regard de la table où se trouvait au moins une coupe empoisonnée, d’un simple éclat de voix.

- OH ! Là !

Comme prévu, Merlin se tourna pour essayer de voir ce qui avait capté l’attention du prince… avant de comprendre que ce dernier essayait juste – et avec succès – de détourner son attention pour boire le contenu des deux coupes.

- NON ! C’était à moi de la boire !

- Comme si j’allais te laisser faire.

- Votre heure n’a pas sonné ! Ce n’est pas votre destin !

- Tu te trompes, encore une fois.

- Écoutez-moi !

- Tu le sais bien, Merlin. J’ai toujours refusé de t’écouter.

- Arthur ! Non ! Qu’avez-vous fait ? »

 

Au souvenir de ce passé, Merlin en avait les larmes aux yeux. Il ne les laisserait jamais glisser le long de ses joues devant le prince. Mais il ne pouvait camoufler toute son émotion. Il avait vraiment cru perdre Arthur à cet instant. Le voir boire le contenu des deux coupes, avec l’assurance que l’une d’elles contenait un poison mortel ! Voir Arthur s’effondrer quelques secondes à peine après... Tout cela était pour lui un souvenir tout aussi douloureux que la mort de William, de Freya ou de son père... Car là encore, même si l’espace de quelques minutes seulement, il avait cru l’avoir perdu ! Cette scène l’avait conduit dès lors à prendre conscience que le prince avait en lui bien plus de cœur qu’il ne souhaitait le montrer. Mais elle lui avait aussi permis de réaliser combien il tenait à Arthur. Et même si finalement, toute cette mésaventure s’était terminée au mieux, avec un prince seulement plongé dans le sommeil et la malédiction sur Camelot levée. Rien n’avait jamais été plus pareil, par la suite. Car jusqu’alors, Merlin ne croyait pas un instant qu’Arthur puisse vraiment mourir sans qu’il n’ait moyen de s’y opposer. À quoi servait sa magie, si elle ne pouvait contrer tous les dangers qu’encourrait le prince ?

 

Arthur aussi se souvenait parfaitement de ces évènements. Lui aussi avait vraiment cru mourir. Mais l’idée même de laisser Merlin boire une seconde fois le poison qui lui était destiné n’était pas envisageable ! Quand il avait vu des mois plus tôt, Merlin gémir sur son lit de mort, empoissonné par Nimue, il s’était juré que jamais plus cela se reproduirait.

 

Pour Merlin, le souvenir de la mort factice d’Arthur ne pouvait que lui remémorer sa lutte mortelle, peu après, contre la morsure de la bête Glapissante. Là encore, il avait manqué de peu de perdre le prince héritier. Là encore, son cœur s’était empli de peur et de peine à l’idée de pouvoir perdre l’homme voué à rétablir la magie sur Camelot. Mais plus que pour cette raison et la perspective future de pouvoir un jour user librement de magie sans craindre la sentence mortelle du roi Uther, c’était pour Arthur lui-même que Merlin avait tremblé. Seuls sa mère, Gaius ou le prince avaient obtenu le privilège de valoir plus que sa propre vie à ses yeux de sorcier entêté.

 

- Que dirais-tu de mon comportement envers toi, lorsque Cédric m’a perverti l’esprit ?

- Comme vous venez de le dire, sir. Il vous avait manipulé. Et puis, vous m’avez présenté cette fois là encore, vos excuses.

- Ah, oui ?

- En quelque sorte, du moins.

 

« - Je n’ai pas oublié ta paresse et ton insolence. Ni le fait que tu as osé me traiter de grand ballot. Mais je dois admettre qu’il y avait du vrai dans tes accusions contre Cédric.

- Cela signifie que vous admettez que cette fois-ci j’avais bien raison ?

- …pas exactement, non. »

 

- Si tu le prends ainsi.

 

Arthur était médusé par la capacité de son serviteur à oublier les faits où il n’avait été qu’un sombre crétin. Qu’il ne veuille pas évoquer les évènements liés à son usage de la magie était compréhensible. Mais même lorsqu’il abordait le sujet de Cédric, où il aurait eu plus qu’à se plaindre de son comportement en toute indépendance du sujet : « magie », il trouvait encore à ne garder en mémoire que l’infime phrase qu’il lui avait offert pour toutes excuses.

 

- Vous avez tant changé depuis deux années… Auriez-vous eu l’idée de passer pour un simple paysan pour prouver votre valeur dans un tournoi, avant ?

- Avant quoi ?

- Avant notre rencontre.

- Bien sur que Non ! Qui aurait seulement pu me venir en aide pour organiser cette… expérience ? Je n’ai pas aussi confiance en ceux qui m’entourent.

 

Cette phrase anodine mit le sourire aux lèvres de Merlin. Il savait qu’Arthur avait confiance en lui. Mais l’entendre à nouveau, même de façon détournée, lui faisait vraiment plaisir.

 

- Si par le passé, vous n’en aviez jamais fait preuve, depuis lors vous avez démontré y avoir acquis la modestie.

 

« - Votre peuple attend son champion. Il est temps de vous dévoiler, sir. lui avait-il dit, sachant comme Arthur devait trépigner d’impatience de révéler enfin la vérité sur son identité.

Au lieu de cela, le prince avait enjoint sa doublureMessir Guillaume de Déhérat – à sortir de la tente à sa place.

- Tu dois aller recevoir le trophée !

- Je croyais que ce serait pour vous, votre heure de gloire. avait ajouté Gwen, surprise d’un tel revirement de situation.

- Peut-être… que c’est juste l’heure de l’humilité. »

 

- Soyons honnêtes, Merlin. Cela ne m’est pas arrivé si souvent par la suite. Je n’ai jamais caché ma fierté à venir au bout de mes adversaires.

- C’est vraiment étrange, sir. Vous semblez vouloir absolument me faire dire du mal de vous… Mais il n’en sera rien. Car si vous n’êtes peut-être pas expert en remerciements, je n’en reste pas moins reconnaissant pour tous ce que vous avez fait pour me protéger.

- Moi ? Te protéger ? Quand ?

- Vous avez par exemple tenté de m’avertir du danger que je risquais quand vous pensiez que j’entretenais quelques sentiments pour dame Morgane.

 

«  - Il faut y mettre un terme. Le roi te fera décapiter, s’il le découvre. Ne nie pas, c’est inutile.

- Que suis-je censé nier ? avait rétorqué Merlin, aux étranges accusations du prince.

- Ton affection pour dame Morgane.

- Je vois…

- Écoute les conseils d’un homme qui connaît… qui connaît les femmes… Essais de t’en tenir aux filles qui sont plus… comment dire… à ta portée.

- Merci, répondit Merlin, quelque peu désabusé par cette notion de « portée ».

- Elle ne peut être que ton amie, alors oublie le reste.

- Mouais, je sais.

- Tu ne peux rien me cacher, Merlin.

Devant l’air satisfait du prince, Merlin du toutefois le contredire quand il fut suffisamment éloigné pour ne plus l’entendre.

- Même pas en rêve. »

 

- Je sais bien qu’elle n’est pas votre sœur de sang, pourtant, tout autre « frère » de votre rang ne m’aurait pas prévenu, mais accusé de vouloir entretenir une telle relation avec une dame de sa qualité. Même si je n’ai aucun sentiment de la sorte pour elle, vous auriez du m’en accuser et non m’avertir du danger potentiel que j’encourais. Qui peut se targuer de  profiter d’une telle précaution ?

- Ce n’est qu’une anecdote. Je ne t’ai pas tant protégé…

- Et pourtant… En plus de vous positionner constamment devant moi dans chacun de nos combats, vous m’avez tout autant prévenu quand la garde de votre père était à ma recherche. Après que le troll ayant pris l’apparence de Lady Catrina l’ait convaincu que je lui avais volé ses armoiries !

 

«  - Tu dois partir d’ici. Le roi m’a ordonné de t’arrêter. Caterina t’accuse d’avoir volé son sceau.

- Mais je n’ai rien fait !

- Je ne veux pas le savoir. Tu n’as pas le temps de m’expliquer. Si tu tiens à ta vie, tu dois quitter Camelot. Tout de suite !

- Arthur, c’est un troll ! Elle essaie de monter un coup contre moi !

- On a déjà parlé de tout ça.

- Je vous dis la vérité. Je l’ai vu !

- Ça m’est égal, tu dois partir, Merlin ! Va-t-en ! Va-t-en !! »

 

- Réalisez-vous seulement que vous avez fait passer ma parole avant celle de vos chevaliers, de votre belle-mère, mais aussi du chasseur de sorcier, du chasseur de druides, ainsi que celle de votre père ? Le roi, lui-même !

- Peut-être…

- Réalisez-vous plus encore que vous avez confié volontairement tout aussi souvent votre vie entre mes mains ?

 

«  - Arthur, Gaius a préparé une potion qui donne l’apparence de la mort sans qu’on soit effectivement mort. C’est parfait ! Ne vous inquiétez pas, cela vous mènera qu’aux portes de la mort.

- Ah… si c’est seulement aux portes…

- … C’est totalement sans danger. Une simple goutte de l’antidote en annulera immédiatement les effets. précisa Gaius.

- Un antidote. Quel antidote ? Tu n’avais pas parlé de ça, Merlin !

- La potion va ralentir votre rythme cardiaque et votre respiration. C'est-à-dire que sur un plan pratique vous serez mort. ajouta le médecin.

- Et l’antidote en annulera les effets ?

- No…oui, s’il est administré à temps.

- Et dans le cas contraire ?

- Vous serez mort.

- Merlin aura l’antidote, une fois que j’aurais administré le poison, heu… la potion, il aura une demi-heure pour vous le donner.

Sachant ce que cela signifiait, Arthur fixa avec force son valet.

- Bien. Alors, ne sois pas en retard, Merlin !

- Ça m’arrive ? »

 

- Croyez-vous sincèrement que tout prince porterait une telle confiance en un simple domestique ? Sans compter qu’au final, vous m’avez très clairement remercié pour mon aide.

 

« - Merlin, je voudrais que tu saches que je n’ai jamais douté de toi… D’accord peut-être un peu. Mais c’est ta faute. Tu as une allure suspecte, un regard fuyant… comme si tu avais toujours quelque chose à cacher.

- Je suis comme un livre ouvert.

- Je ne le crois pas une seconde. Toutefois, je reconnais que sans ton aide, j’aurais encore un Troll pour belle-mère.

- Hum…

- Alors, merci. »

 

- Vous m’êtes tout autant venu en aide, quand je tentais de sauver Gaius des accusations infondées qui l’avait conduit au bûcher.

 

« À l’annonce de la sentence du roi sur le médecin de la cour suspecté de sorcellerie, Merlin avait voulu une fois encore dire toute la vérité. S’exclamant dès lors en public.

- Menteur !!!

Aussitôt, Arthur s’était interposé entre son valet et la garde armée.

- Je me charge de lui !

Alors que Merlin essayait de combattre la prise d’Arthur, ce dernier tenta de le raisonner.

- Je sais que tu es bouleversé, je sais que tu es hors de toi, et je ne te mettrais pas au cachot.

- Alors qu’est-ce que vous faites ?

- Je bafoue la loi. Tu n’as que quelques minutes. 

C’est ainsi que grâce à lui, il avait pu enfin parler à son mentor, jusqu’alors isolé dans les geôles du château. »

 

- Vous allez me traiter de fillette, comme à votre habitude. Mais vous ne prenez pas assez conscience du nombre de fois où vous avez brisé nos positions respectives pour me venir en aide, sans que je ne vous en aie moi-même remercié. Alors… si d’aventures, vous avez pu vous souvenir d’évènements du passé où l’inverse a pu avoir lieu… Ne vous en tenez pas tant rigueur. Nul homme n’est parfait. Vous et moi compris. Je suis toujours aussi fière et heureux de vous servir, Arthur. Peu m’importe les fois où vous oubliez que je ne suis pas que votre serviteur… Tant que vous vous souvenez, que je suis… juste un peu plus… à vos yeux, quand cela a vraiment de l’importance.

- Tu sais que tu as toujours été bien plus que mon simple valet de pied. N’est-ce pas ?

- Bien sûr. Plus d’une fois, vous avez su me prouver votre amitié. Vous souvenez-vous quand le chasseur de druide allait me frapper ? Vous l’avez stoppé avant même qu’il ne me touche.

 

« - Laissez-le tranquille. Merlin est mon serviteur. Il a ma confiance absolue. Si vous avez un problème avec lui, vous venez à moi. Vous comprenez ? »

 

- Vous ne m’avez jamais fais le moindre reproche pour la nourriture que j’avais alors subtilisé…

- Indépendamment de la raison farfelue que tu m’avais évoquées pour l’expliquer, j’ai vraiment pensé que tu en avais eu juste besoin. Quel ami aurais-je été si je t’avais laissé souffrir de la faim en t’accusant de vol. Tu étais si flagrant dans tes actes, que j’ai pris cela pour ta demande détournée à obtenir mon accord pour agir ainsi.

- Vous voyez ? Vous avez su être présent pour moi quand j’en ai eu besoin. Même après…  Même alors que je me sentais affligé par la perte récente d’une amie, vous avez essayé de me réconforter.

 

« - Ah ! Merlin. Je te cherchais partout.

- Oui, je vois. Et vous allez me demander de polir votre amure et aussi de laver vos vêtements et de nettoyer votre chambre…

- Quelque chose t’a contrarié, on dirait.

- C’est possible. avait-il répondu d’une voix malheureuse.

- C’est parce que je t’ai jeté de l’eau à la figure ?

- Hum… C’était pas très gentil.

- C’était un peu injuste, c’est vrai. Comme quand tu m’as traité d’obèse !

- Pourquoi c’était injuste ?

- Parce que je ne suis pas obè… Argg…

Arthur réalisant que Merlin se moquait gentiment de lui, décida d’agir pour couper court une bonne fois pour toutes à la mélancolie de son ami. Et pour cela il ne voyait rien de plus efficace que de l’embêter gentiment en lui frottant les cheveux. Comme espérée, la réaction fut immédiate.

- Haaaa…

- Besoin d’une remise en forme ?

- Nan nan nan…

Le voyant enfin sourire à ses taquineries, Arthur en fut heureux.

- Je préfère ça.

- Merci. »

 

Arthur se souvenait très bien avoir été inquiet de la mine attristée de Merlin. Mais à part ces quelques mots, il n’avait su quoi dire, ni quoi faire pour lui venir en aide. Comme toujours, d’ailleurs… Voir sa mélancolie était une chose, savoir la contrer une tout autre épreuve, bien plus difficile à affronter que les créatures et assassins venant à lui. En y réfléchissant avec les nouveaux éléments qu’il avait en sa possession grâce à Balinor, Arthur comprenait surtout qu’en réalité les bêtes démoniaques qu’il combattait étaient souvent tuées par ou à l’aide de Merlin, qui lui donnait tout autant un sérieux coup de main quand il combattait de simples hommes d’épées. On pouvait en conclure qu’il n’était pas doué en grand-chose…

 

Pour Merlin, c’était l’ensemble de tous ces évènements, de toutes ces paroles et actes d’Arthur qui l’avait mené à ne plus voir dans le prince un simple abruti gâté pourri, mais l’homme droit et bon qui deviendrait ce roi juste et puissant que tous attendaient pour Camelot. Un homme plus compréhensif et aimant que ne le serait jamais son père, Uther Pendragon.

Mais cette constatation, cette affection, pour ne pas dire attirance, il ne souhaitait pas l’avouer si simplement à Arthur. Si camoufler d’hypothétiques sentiments envers Morgane était un danger, avouer en avoir de profonds et sincères pour le prince lui-même, un homme… Quels châtiments risquait-il à admettre pareille folie ?

 

Ce que Merlin négligeait à cet instant, c’est qu’Arthur avait sans mal pu lire en lui quand il remémorait ses souvenirs. Comment le prince aurait-il pu ne pas voir son emportement, sa vivacité, ou sa timidité et ses rougeurs accompagnant chacun de ses mots.

Presqu’amusé que son serviteur puisse être si transparent sur ses sentiments quand il était si doué à cacher sa magie, Arthur se leva finalement de sa chaise pour s’asseoir sur le rebord de son lit.

 

Merlin ayant été debout depuis une bonne moitié de son monologue, Arthur tapota l’espace présent à ses côtés pour l’inciter à venir s’y placer.

 

- Quoi que tu puisses en dire, je te dois tout un tas d’excuses, Merlin. Et je ne sais pas comment te les présenter. Je ne sais même pas comment tu pourrais les accepter…

- Prince Arthur, vous n’avez pas d’excuses à me faire.

- Même si tu peux te remémorer des souvenirs du passé où je fus respectueux envers toi, je ne t’ai pas moins traité comme un chien toutes ces dernières semaines.

- Comme toujours, vous exagérez tout ce qui se rapporte à votre illustre personne.

- Merlin… Comment peux-tu seulement me sourire ainsi, après tout ce que je t’ai fait ? Regarde-toi ! Même en étant malade, je n’ai pas su voir ta détresse et tes besoins, allant jusqu’à t’envoyer dans l’enfer des cuisines au plus fort de ta fièvre.

- Arthur…

 

Soupirant, Merlin comprit qu’il ne s’en sortirait pas si facilement.

 

- Vous manquez trop de recul. Vous avez vous-même été surchargé de travail depuis des mois. Votre père ne vous laisse aucun répit. Vous alternez les rondes sur Camelot aux surveillances à la frontière. Vous êtes en charge de la formation de vos chevaliers alors que vous n’avez pas même terminé vos propres apprentissages. Depuis quand n’aviez-vous pas pu profiter d’une simple soirée de repos ?

- Merlin…

- C’est clair que vous mangez à votre faim, dormez dans une couche dont je n’oserais rêver jusqu’au jour de ma mort. Mais vos tâches sont toutes aussi nombreuses que les miennes, et vos responsabilités énormes envers les gens de Camelot. Sans parler que vous risquez votre vie presque chaque semaine pour protéger le royaume. Et avec tout cela, vous n’avez même pas la possibilité d’être vous-même au côté de votre propre père. Toujours à devoir garder votre masque de prince indestructible quelque soit ceux que vous croisez…

- Avec tous, sauf toi.

- Peut-être…

- Pas peut-être...

- Alors, j’en suis heureux, Arthur.

- Comment peux-tu m’être si loyal et fidèle quand j’ignore à ce point tous tes besoins ?

- Vous étiez occupés. Et…

- Et ?

 

Ne sachant ce qu’allait révéler Merlin, Arthur était à l’écoute comme il ne l’avait jamais été.

 

- Et, je n’ai pas non plus affiché une grande volonté à vouloir vous faire passer un message. Si vous n’avez pas vu que je peinais à assumer mon travail, je ne vous en ai pas plus parlé. Si j’avais dit clairement être épuisé, je devine que vous en auriez tenu compte.

- Dans une certaine mesure, tu as raison. Tu as cette capacité rare à jouer les martyrs.

- Je ne joue pas les martyrs !

 

Souriant à cette révolte toute Merlinesque, Arthur sentit une partie du poids pesant sur sa poitrine le libérer. Tout n’était pas parfait. Mais entendre les souvenirs de Merlin sur son sujet l’avait tout de même soulagé. Découvrir que le jeune homme ne cumulait pas un ressentit farouche à son égard n’avait pas de prix. Fort de cette nouvelle assurance, peut-être était-il enfin temps pour lui, d’avouer son propre secret…

 

- C’est tellement ridicule quand j’y pense.

 

Croisant le regard d’incompréhension de Merlin, Arthur n’en fut que plus motivé à aller au bout de tous ces non-dits qui s’accumulaient entre eux depuis tant de mois.

 

- Quoi que tu en dises, Merlin, j’ai inconsciemment négligé mon meilleur ami et oublié de prendre soin de mon serviteur... Pourtant, quel que soit l’instant, je suis incapable de penser à qui que ce soit d’autre. Jour comme nuit, mes pensées sont perpétuellement dirigées sur toi. Je souhaite tellement que tu ailles bien, qu’il ne t’arrive rien. Que c’est finalement cette fixation qui se retourne contre toi, m’obnubilant au point d’en oublier de m’assurer que tout va réellement bien pour toi en dehors de mes pensées...

- Je…

 

Ne sachant quel mot employer pour répondre à cet aveu si… inattendu, Merlin se contenta de glisser sa main dans celle d’Arthur. Quand ces dernières se frôlèrent, Arthur s’en saisit avec fermeté. Ce simple contact accéléra le cœur du sorcier. Était-il vraiment possible que le prince si distant physiquement avec lui, habituellement, puisse lui porter des sentiments aussi proches des siens ?

 

Quand ils croisèrent leur regard, Arthur eut la certitude qu’il n’y avait plus de faux semblants entre eux. Alors, enfin, approcha-t-il doucement Merlin pour lui laisser la possibilité de s’écarter ou de le repousser. Mais pour tous rejets, le jeune homme ferma la distance les séparant, tout en fermant ses yeux bleus.

Ceux du prince étaient trop hypnotisant pour qu’il puisse les affronter plus longuement. Alors seulement, leurs lèvres se frôlèrent avant de se reculer puis s’approcher avec plus d’entrain.

 

Dès lors, les baisers ne cessèrent plus, toujours plus longs, plus empressés, plus engagés.

 

Ayant doucement repoussé Merlin au fond du lit pour mieux s’attaquer à lui, Arthur ne put s’empêcher de rire à l’écoute des petits gémissements de sa victime consentante.

 

- Ne vous moquez pas.

- Jamais. Surtout pas de ça.

 

Merlin hocha la tête pour l’en remercier, tandis qu’Arthur plongeait de nouveau sur les lèvres rougies. L’idée n’était pas foncièrement d’aller bien plus loin. Mais après toutes ces semaines de désirs refoulés, de frustration, de travail acharné et de mal-être profond pour les deux hommes, il était bon de savoir pouvoir aussi donner du plaisir à l’autre.

 

Désireux de finir la nuit sans frustration, Arthur s’enquit de dépouiller Merlin de sa chemise, avant d’en faire de même pour lui. Ne quittant que peu les lèvres offertes de Merlin, ce dernier eut bien du mal à exprimer sa gêne.

 

- Froid…

- Glisse-toi sous les draps.

 

Ne se faisant pas prier, il s’y enfouit aussitôt, tandis qu’Arthur lui ordonnait d’ôter son pantalon dans la foulée. Non dupe, Merlin le voyait venir avec ce type de demande…

 

- Ce sera pire !

- Crois-moi, il n’en sera rien.

 

Faisant la moue par principe, Merlin ne s’exécuta pas moins, alors de nouveau imité par le prince. Ainsi dépourvu de toute barrière, Arthur s’enquit de faire raviver la chaleur en eux.

Masquant sa fébrilité à l’idée de toucher celui qu’il aimait, aussi intimement, il frôla plus qu’il ne toucha au prime abord le sexe du sorcier.

Mais la réaction naturelle de Merlin à ses premiers gestes empreints de maladresse l’incita à ne pas s’arrêter là. Prenant les mains du sorcier à la respiration chaotique, il les guida à son propre sexe tendu, avant de poursuivre ses mouvements quelque peu empressés sur celui de Merlin. Il ne fallut guère plus d’une minute ou deux pour que les deux hommes jouissent de leur masturbation mutuelle. Ils n’avaient pas là de quoi se vanter de leur endurance, mais ce n’était pas vraiment leur préoccupation du moment.

Perdus dans leur plaisir, tous deux recherchaient laborieusement leur souffle quand Arthur sentit le corps de Merlin trembler avec force.

 

- Toujours froid ?

- Non…

- Tu trembles tellement.

- C’est… c’était trop fort…

 

Amusé et inquiet à la fois de cette réaction pour de si simples caresses appuyées, Arthur l’enserra avec tendresse. Collant le dos pâle à son torse, il couvrit de ses bras tout en force ceux plus fins de Merlin, tout en s’assurant qu’ils étaient bien couverts par les couvertures et l’édredon en plume.

Merlin ainsi emprisonné respira doucement, mais profondément, dans l’espoir de retrouver un peu d’emprise sur son corps. Alors seulement, ce dernier stoppa enfin ses tremblements incontrôlés.

 

- Ça va mieux ?

- Hum…

 

Se tournant finalement, pour mieux se blottir contre Arthur, celui-ci serra un peu plus sa prise, ajoutant un simple baiser sur son front. Il avait conscience qu’ils étaient déjà allés trop loin pour la faible santé du garçon.

 

- Alors, dors, à présent.

- Ne devrais-je pas plutôt rentrer ?

- Pas cette nuit, Merlin.

- Mais…

- Merlin, écoute-moi.

 

Caressant tout doucement le contour du visage aimé, Arthur était amusé et surpris de voir que tel un chat, Merlin fermait les yeux, voire ronronnait, en fonction des caresses ainsi offertes.

 

- Ce qui se passe maintenant n’est en rien différent de la relation que nous avions avant.

 

Voyant sans mal un voile de douleur traverser son visage, Arthur s’en voulut d’être aussi maladroit.

 

- Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une différence entre les moments où nous sommes seuls et ceux où nous sommes en présence de témoins. Avec les autres, tu me parles presque comme un domestique le doit envers son maître. Mais quand nous sommes seuls, tu ne te gênes jamais de me dire le fond de ta pensée avec les mots que tu choisis. Il doit en être de même pour le reste. Pour notre bien à tous les deux, tu dois absolument garder une certaine distance à mon égard devant qui que ce soit. Mais quand nous serons seuls et plus sûrement dans cette chambre, je veux que tu restes toi. Je souhaite que tu puisses agir avec moi comme tu le désir et surtout pas que tu te restreignes de me toucher, ou de…

- …vous embrasser ?

 

Le lui confirmant d’un hochement de tête, Arthur eut la joie de voir Merlin mettre cette demande en pratique tout aussitôt en lui offrant un baiser amoureux.

 

- C’est exactement ça.

- Alors, quand nous serons ici…

- Plus exactement, quand nous avons la certitude que nous sommes seuls et sans risque d’être rejoint par un tiers… Ok ?

 

Obtenant un acquiescement ferme de Merlin, Arthur se sentit définitivement apaisé.

 

- Bien. À présent, dormons. Je ne sais pas pour toi, mais moi, je suis vraiment épuisé par tout ce yoyo émotionnel que je viens de vivre.

 

Ne se faisant pas prier, lui-même trop épuisé pour soulever ne serait-ce qu’un bras, Merlin s’enfouit dans la chaleur corporelle du prince, s’endormant ainsi profondément.

 

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Dans la nuit noire, peu avant l’aube, la température s’était abaissée avec la perte du feu, quand Merlin se réveilla de nouveau en sursaut. Il avait eu le sentiment qu’un léger vent était venu caresser sa joue. Ne trouvant aucune fenêtre ouverte, il se replongea sous la chaleur des draps. À ses côtés, Arthur était profondément endormi. Il semblait si…serein, ainsi exposé dans son sommeil.

 

Claquant finalement des dents de froid, Merlin repéra les bûches entreposées dans un panier près de la cheminée. Les glissants par la magie dans l’antre, il les enflamma tout aussitôt par sa seule volonté. Il y avait là, bien assez pour rehausser la chaleur des lieux jusqu’au matin. Appréciant d’avoir ainsi pu raviver la cheminée sans bouger plus qu’un cil, Merlin ferma de nouveau les yeux, une paix profonde au fond de lui.

 

Arthur patienta de longues minutes avant de rouvrir ses propres paupières. Il n’avait pas réalisé que Merlin dormait si légèrement, à l’instant où il avait caressé ses mèches hirsutes. Quelle n’était pas sa surprise de le voir alors user de magie. Par la même, ses derniers doutes étaient définitivement levés. Que ses rêves proviennent de lui seul ou de Balinor, ni l’un, ni l’autre n’avait donc inventé cette histoire pour donner à ses songes un aspect plus mélodramatique. Son ami possédait bel et bien un don, celui d’employer la magie sans prononcer un seul charme, preuve en était ce feu ranimé sans le murmure d’un seul mot.

 

Se rendormant à son tour, Arthur sut qu’il lui faudrait vraiment discuter de tout cela avec Merlin dès leur réveil.

 

À suivre…

La suite d’ici mercredi prochain au mieux. Désolée de ne pouvoir faire plus vite ^-^‘’’