Pour ceux qui trouvent (et je les comprends bien, soyez-en sûr ^_^’’) que ma vision de Merlin est de moins en moins crédible par rapport à la série, sachez juste qu’une explication est à venir sur le pourquoi de son comportement. Je ne peux rien dire de plus sans spoiler la suite de mon histoire (même si elle n’a rien de très original, j’en conviens bien lol). Mais donc, si je ne me prends pas trop les pieds dans le tapis, à la toute fin, chaque scène et/ou réaction concernant Merlin formeront un ensemble cohérent menant à une explication finale bien précise ^-^’’ (tout du moins, tel est mon but lol ;p). Enfin, bref, tout ça pour dire que je ne joue pas sur le pathos pour « vendre la marchandise ;p », mais bien pour aller au bout d’une idée, (aussi « bateau » soit-elle ;p)

 

 

Solstice d’hiver.

 

 

Chap2.2 : Le fantôme du présent - 2

 

Rentrant de son dîner partagé avec son père et Morgane, Arthur était lessivé.

Il n’avait pas été si simple d’obtenir du roi, le présent qu’il souhaitait pour cette année. D’autant que Morgane ne lui avait pas été d’une grande aide, participant à peine à la conversation durant tout le repas.

Depuis qu’ils l’avaient retrouvée en pleine forêt, des mois après son enlèvement par Morgause… elle ne semblait plus vraiment la même. [1] Ce qu’il pouvait comprendre, ceci étant. Morgane pouvait être une jeune femme forte et déterminée. Après tout ce à quoi elle était passée, n’importe qui aurait été bien plus traumatisé.

L’affaire « Merlin » résolue, il lui faudrait vérifier que tout allait au mieux pour elle aussi…

 

En attendant, Arthur pouvait bien se l’avouer. Il était clairement anxieux à la simple idée d’aller dormir. D’autant plus ridicule, que la personne qu’il craignait – si seulement, il s’agissait bien de lui et non d'une mystification – était morte depuis des mois !

Or les fantômes n’existaient pas ! Sinon pourquoi n’étaient-ils cités que dans des contes pour enfants comme ceux qu’on lui lisait lorsqu’il était petit ?

Balinor n’était que la création de son esprit fatigué !

Bien décidé à rester sur ce point de vue, Arthur souffla enfin les chandelles pour se glisser sous ses couvertures. Comme chaque soir, Merlin avait eu la présence d’esprit de lui réchauffer sa couche en y glissant deux bouillottes bien chaudes. Collant ses pieds gelés à l’une d’entre elles, il s’enfonça dans le moelleux du lit.

S’endormant doucement sur ce sentiment de bien-être, Arthur sursauta tout aussitôt avec violence.

Le craquement du bois était sans appel. Il y avait quelqu’un marchant dans sa pièce !

Glissant sa main sous l’oreiller pour se saisir de la dague qui s’y trouvait, Arthur se retourna vivement, pourtant stoppé net dans son élan en reconnaissant l’identité du visiteur.

Devant l’irréalisme de cette présence, le prince ne sut retenir un gémissement proche du couinement.

 

- Non… Pas vous…

- Arthur ! As-tu réfléchi à tout ce que je t’aie montré hier ?

- Je vais me surprendre à vous répondre. Mais, oui.

- Et… ?

 

Restant silencieux quelques secondes, Arthur hésita quant à la réaction à avoir. Devait-il : Réfuter son existence ? Ignorer ses paroles, et retourner dormir ? Combattre le charme maléfique qui lui redonnait vie ? Ou juste lui faire face, et prouver par la même qu’il n’était pas effrayé par un simple songe ?

 

Une réflexion qui n’avait pu être manquée par Balinor, s’il lisait comme la veille dans son esprit.

 

- Alors, prince Arthur ? Qu’as-tu décidé de croire à mon égard et au sujet de mon fils ?

 

Soupirant lourdement, le jeune homme jugea que sa dernière option pourrait s’avérer à terme la plus judicieuse. Et accessoirement, servir son ego déjà pas mal entaillé la nuit passée.

 

- Je suis resté à ma première conclusion ! À savoir que si d’aventure tout cela est bien la réalité, quoi que vous puissiez penser ou me monter, je ne peux être tenu responsable ou coupable du passé ! Merlin a fait ses choix en me cachant la vérité ! On ne peut me reprocher de ne pas être devin. Si seulement j’avais su ce qu’il en était, au moment où eurent lieu ces combats, ces affrontements… Les choses se seraient forcément déroulées de toute autre manière ! Mes rébellions envers les ordres de mon père pour le sauver du poison ou pour l’aider à secourir les gens de son village en sont les preuves concrètes que vous continuez pourtant à me refuser !

 

- Soit ! Je te l’accorde en partie ! Tu n’es en rien responsable des choix de Merlin de te cacher de nombreuses vérités. Nul ne peut, après tout, savoir si tu l’aurais ou non envoyé à l’échafaud en apprenant de sa propre bouche qu’il possédait la magie. Mais qu’en est-il à présent que tu sais tout ?

- Comment ça : Qu’en est-il ? Je ne l’ai pas mis aux fers que je sache !

- Non… Mais je doute qu’il ait vu la moindre différence, si tu l’avais envoyé dans les galères romaines.

- Vous vous moquez de moi ? Qu’attendez-vous donc de ma part, à la fin ?

- À ton avis ?

- Franchement, je le saurais, je ne vous le demanderais pas.

- Que tu respectes mon fils. Est-ce donc trop te demander ?

- JE respecte votre fils ! Je l’ai de nouveau prouvé, aujourd’hui même !

- C’est ta réponse ? Tu y crois vraiment ?

- Je lui aie donné des tâches faciles, je me suis soucié de son bien-être, je ne l’ai pas même raillé ou hurlé dessus ! Que vous faut-il de plus ? C’est dans l’ordre des choses qu’il doive travailler et moi ordonner. Même si là sont vos souhaits, tant que je ne serais que le prince, je ne pourrais faire de Merlin un courtisant ou toute autre chose s’y rapprochant !

 

Constatant qu’Arthur continuait à agir sans réaliser toutes les conséquences de chacun de ses ordres et paroles, Balinor décida d’aller au-delà du passé.

 

- Puisque revoir le passé n’a pas été suffisant pour te faire comprendre, Arthur. Nous allons plonger dans ton présent. Où a été Merlin cet après-midi ?

 

Bien que las, le prince n’en répondit pas moins.

 

- Les écuries, puis les cuisines…

- Comme nous savons tous deux, que tu connais parfaitement bien les écuries…

 

Et cela était peu dire, son père l’ayant toujours puni dans sa prime jeunesse par des séances de récurage des stèles royales…

 

- …nous allons te faire découvrir l’antre de tes cuisines !

 

D’un claquement de doigts, Balinor les plongea dès lors dans les entrailles bouillonnantes du château !

 

Comme la veille dans la demeure d’Hunith, où ils avaient souffert de la morsure du froid, Arthur sentit tout aussitôt la chaleur étouffante des fourneaux les étreindre avec force. C’est à peine s’il pouvait respirer.

 

Un bruit assommant rebondissait avec violence entre les murs de pierre et les casseroles en cuivres. Arthur se demanda comment les cuisiniers et autres commis pouvaient bien s’entendre dans une telle cacophonie.

Il comprit vite que cette pensée anodine reflétait bien sa méconnaissance des lieux. Car tout aussitôt un hurlement venant de sa gauche lui vrilla les tympans. Voilà comment les ordres transperçaient le tintamarre ambiant.

 

- Toi ! Tu vas plumer toutes ces volailles !

 

Observant le baquet contenant plus d’une dizaine de volatiles, Arthur vit des mains de sa connaissance s’en saisir pour les disposer plus à l’écart. Alors commença pour Merlin la longue et fastidieuse tâche de plonger les bêtes dans l’eau brûlante avant d’en arracher les plumes.

 

- Ne se brûle-t-il pas, en agissant ainsi ?

- Si.

- Alors, pourquoi le fait-il, ainsi ?

- Comment devrait-il s’y prendre ?

- Je ne sais pas… N’est-il pas censé avoir la magie pour l’aider ?

 

Bien qu’il ne soit qu’un fantôme, Balinor cru vraiment qu’il allait s’étouffer de stupeur.

 

- Votre stupidité n’a définitivement aucune limite. Que croyez-vous qu’ils feraient tous en le voyant agir avec l’aide de la magie ?

 

Arthur assuma que sur ce coup, il l’avait mérité. Sa répartie avait été dénuée de toute réflexion. Pour autant, et aussi fastidieuse soit cette tâche, il ne pouvait s’en émouvoir plus qu’il n’en devait. Des commis de cuisine réalisaient ces gestes chaque jour et des années durant.

 

- La leçon de ce soir n’est pas là, Arthur ! Je ne réfute ni le besoin qu’il ait de travailler, ni la simplicité de cette tâche, je ne vous accuse pas même de sa teneur.

 

Balinor accélérant le temps, Arthur vit ainsi des dizaines et des dizaines de poulets se faire plumer, avant que Merlin ne s’attache à curer non moins de casseroles et vaisselle en tout genre.

Entre chaque, il réalisa que Merlin toussait, se frottaient les yeux, oubliant parfois dans ce dernier geste la présence de savon sur ses mains rougies par la chaleur de l’eau employée.

 

Quand le soleil fut bas dans l’horizon, alors seulement, Merlin fut autorisé à quitter les lieux. Marchant à petits pas, toussant à s’en arracher les poumons, il rentra dans les appartements de Gaius y retrouver sa chambre.

 

Il se reposait enfin sur un banc, semblant prêt à fondre en larme à l’observation de ses mains pleines de cloques et de gerçures, quand Arthur se vit à l’orée de la porte, se faire entendre par Merlin.

 

- Il y a quelqu’un ?

 

N’ayant pu s’échapper sans se faire prendre, il était finalement entré, cherchant au plus vite une raison valable pour sa présence. Alors, comme quelques heures auparavant, il vit Merlin sourire comme à son habitude, camouflant comme il le pouvait ses pleurs.

À nouveau, sa question du pourquoi cachait-il autant sa peine, lui revenait en tête.

 

- Vous vouliez quelque chose ?

- Je voulais voir Gaius.

- Quand vous l’avez croisé à midi, il partait rejoindre sa famille pour la semaine de fêtes. Votre père en a été informé.

- Oh.

- Mais je peux peut-être vous aider à trouver ce que vous vouliez lui demander ?

- Hé bien… Je…

 

Après avoir échangé quelques mots de plus, Arthur avait pu découvrir comme ses mains avaient été blessées par sa journée de labeur. Et puis, très vite il avait dû le quitter pour rejoindre son père.

 

Aussitôt la porte refermée, le prince vit Merlin se diriger vers sa chambre, l’y voyant se calfeutrer dans son lit sous un cumul de couvertures et de vêtements.

Alors seulement, Balinor reprit parole.

 

- La journée de Merlin a-t-elle été conforme à ce que tu voulais ?

 

Sachant que son excuse ne cessait d’être la même, c’est les lèvres serrées qu’Arthur la donna pourtant.

 

- Je ne pouvais savoir ce qui l’y attendrait.

- Ne t’avait-il pourtant pas posé une question juste après tes ordres donnés ?

- Je…

- C’est si courageux d’accuser l’ignorance. Mais si lâche d’ignorer les paroles que l’on porte à ton information. N’est-ce pas toi qui te dis prince et devoir obtenir le respect qui s’y rapporte ? Comment Merlin pouvait-il mieux t’alerter des conséquences de tes ordres qu’en demandant la nature des fautes qu’il avait commises pour mériter pareille punition ?

- J’ai… j’ai cru qu’il exagérait les faits pour ne pas s’y rendre.

- Il est vrai qu’il a si souvent agi de la sorte, si souvent fuit ses devoirs pour vous… cela mérite bien si peu d’écoute.

- Ne soyez pas si caustique.

- Arthur, il n’y a bien qu’un sentiment qui m’étreint à cet instant. Et ce dernier est bien loin de votre personne.

 

Laissant le prince à ses réflexions, Balinor claqua de nouveau des doigts. Pour autant, rien ne bougea autour d’eux. Seule la porte donnant sur la chambre de Merlin avait été refermée.

 

- À partir de maintenant, nous sommes de retour au temps présent, Arthur. Que vois-tu donc à cette minute ?

- Rien qui ne diffère de d’habitude. Toujours le même désordre dans les appartements de Gaius…

- Rien ne t’y choque vraiment ? Réfléchis donc un peu !

 

Pour l’y aider, Balinor souffla dans le vide pour former par ce seul geste un véritable petit nuage de vapeur du fait que son souffle était bien plus chaud que la température ambiante.

 

- Ça va ! J’ai compris votre manège. On peut dire que vous n’êtes pas le roi de la subtilité.

- Et vous à même de devenir roi tout court.

 

Agacé, Arthur plia ses bras autour de son torse. Par bouderie, mais surtout par confort ! Rêve ou pas rêve, il faisait effectivement très froid en ces lieux.

 

- On se gèle ! Ça vous va ?

- Et pourquoi ?

- Comment je pourrais le savoir ? Car la cheminée n’a pas été allumée !

- Pourquoi ?

- Car Merlin était trop fatigué pour le faire avant d’aller dormir, maintenant que Gaius n’est plus là pour l’y forcer ?

- Et dans le cas contraire, avec quoi l’aurait-il allumé ?

- Seigneur, cela va durer toute la nuit vos questions stupides ?

- Réponds !

- Avec du bois, bien sûr !

- Qui se trouve… ?

- Il n’y en a plus ici.

- Parce ce que… ?

 

Arthur hurla véritablement son agacement.

Presque surpris que cela n’ait pas réveillé Merlin, il décida enfin de réfléchir sérieusement à la question. Sans quoi, ils y seraient encore dans trois jours. Observant le panier en osier contenant habituellement les bûches à brûler, Arthur n’en vit aucune.

 

- Personne ne semble en avoir ramené.

- À cause de qui ?

 

Arthur allait encore accuser Merlin de ne pas avoir coupé assez de bois, ou juste de ne pas en avoir rapporté en revenant des cuisines, quand enfin une réalité crue lui vint à l’esprit.

Comment se faisait-il qu’il y avait abondance de bois dans sa chambre et aucun morceau en ces lieux ? On pouvait le traiter d’idiot royal sur ce coup, mais à ce qu’il en savait, il y avait un bûcher voué à stocker son bois non loin des écuries princières. Et chaque matin qu’il passait devant, il pouvait au jugé constater que ce bûcher était suffisamment rempli pour tenir tout l’hiver.

 

Lisant toujours dans ses pensées, Balinor intervint d’une remarque acerbe.

 

- Quand vous êtes-vous seulement donné la peine d’offrir de votre bois à votre domestique et à son protecteur pour leur éviter de devoir en payer ? Ne savez-vous donc pas non plus que vos forêts sont protégées du pillage pour leur propre maintien ? Ah si, suis-je bête ! C’est même vous qui avez participé à l’écriture de cette loi avec votre père.

- Il peut prendre du bois de mon bûcher ! Je ne l’en ai jamais empêché !

- Ne serait-ce pas plutôt à toi de lui donner la permission de se servir ? Ne serait-il pas accusé de vols, s’il agissait sans cette permission officielle ?

 

Agacé de cette vérité tranchante, Arthur décida de passer outre cette information.

 

- Bien. J’ai compris le message ! Je n’écoute pas ce qu’on me dit quand on s’en donne la peine, et je laisse mon serviteur se geler, alors que je dors à la chaleur d’un feu chaque nuit. Non par égoïsmes, oserais-je ajouter, mais bien par manque total de clairvoyance, dont vous m’en voyez sincèrement désolé !

- Te soucis-tu seulement de ce qu’il a pour repas ? Quand Gaius n’est pas là pour s’assurer qu’il dîne ? Quand tu le sommes de tant de travail qu’il n’a pas même une minute de répit pour se nourrir la journée durant ?

 

Arthur n’eut aucune chance d’ajouter quoi que ce soit. D’un claquement de doigts, ils se retrouvaient soudain dans la petite chambre de Merlin, d’où la morsure du froid semblait légèrement moins tenace. Au moins avait-il calfeutré efficacement son unique fenêtre.

 

- Pourquoi n’use-t-il pas de magie pour réchauffer les lieux ?

- Que se passerait-il si quelqu’un arrivait subitement pour demander de l’aide à Gaius ?

- On s’étonnerait d’une pièce chauffée sans feu, on le soupçonnerait et finalement, mon père étant qui il est, il le condamnerait à mort...

 

Arthur avait répondu par simple automatisme, véritablement las de ses propres questions stupides. Laissant son auto-flagellation pour plus tard, il observa Merlin quelques instants avant de réaliser que le jeune homme pleurait bel et bien. Recroqueviller sur lui-même, il serrait avec force, un morceau de bois taillé en forme de dragon contre son torse.

 

Balinor lui-même fut touché par cette scène. Il savait que sa mort quelques heures après leur rencontre avait choqué Merlin. Il pensait jusqu’alors que rester à distance de ce dernier, ne pas lui donner la preuve de son « immortalité magique » l’aiderait à mieux accepter son deuil. Pourtant, rien n’y faisait. Son fils s’accablait toujours autant pour sa disparition. Son enfant tant chéri souffrait par sa faute. Et cette évidence lui était toujours aussi insoutenable.

 

Ne souhaitant pas révéler sa « survie » à Merlin, en présence d’Arthur, Balinor décida d’agir avec plus de subtilité. Approchant de son fils, il glissa une main immatérielle sur ses cheveux, lui soufflant des mots d’une langue aujourd’hui perdue de l’ancienne religion.

Aussitôt, Merlin se sentit doucement bercé par une aura magique d’une douceur et d’une chaleur inégalée. Comme la nuit précédente où le dragonnier avait décidé d’agir, cela suffit à apaiser Merlin pour qu’il s’endorme sereinement. Pour autant, il ne lâcha pas son précieux trésor qu’était le petit dragon en bois. Balinor était si heureux d’avoir pu le lui offrir avant qu’ils ne doivent se quitter. Au moins avait-il pu laisser à son fils un souvenir tangible et physique de son amour pour lui.

 

- Te crois-tu toujours aussi irréprochable quant au présent de Merlin ?

 

Arthur ne savait plus comment s’expliquer.

Comment aurait-il pu deviner ce qui attendait Merlin dans les cuisines ?

Comment aurait-il pu deviner qu’il manquait de bois pour se chauffer ?

Comment aurait-il pu deviner qu’il camouflait à ce point sous son image de crétin maladroit les souffrances quotidiennes subites par ses tâches ingrates ?

Rien de ce qu’il avait vu cette nuit encore ne correspondait à ce qu’il croyait savoir.

 

Et le pire, c’était que rien ne pouvait lui confirmer que tout cela était vraiment réel.

C’était un rêve, bon sang !

Son cerveau ou n’importe quelle malade pouvait inventer tout cela !

Comment réagir en conséquence ?

Serrant dents et poings, Arthur releva son visage pour affronter le regard de Balinor, plus déterminé que jamais à conserver la ligne de conduite qu’il saurait défendre et assumer sans se contredire.

 

- Tant que je ne serais pas roi, Merlin devra rester un serviteur et supporter ce qu’il en découle.

- Je refuse que tu l’exploites comme un esclave pour d’aussi longues années à venir ! Être un serviteur n’impose pas d’être humilié, rabaissé, ou surmené ! Quoi que tu en penses, il existe des maîtres justes et bons qui rétribuent leur personnel pour leur dur labeur ! Et ceci n’est clairement pas ton cas !

- Il reste évident que des choses changeront très vite ! Si vous pensez à sa solde, là encore, il s’agissait d’une erreur ! Une accablante erreur ! Je ne savais même pas que c’était à moi de le payer ! Je ne savais pas plus qu’il n’avait plus de bois ! Ou même que ses journées étaient si chargées !

- Et QUI donc aurait dû t’informer de toutes ces choses ? Si ce n’est toi qui aurais dû t’en préoccuper !!

- C’est évident, voyons. Il s’agit de….

 

C’est quand il s’apprêta à donner sa réponse qu’Arthur comprit ENFIN !

Et il avait l’intime conviction que ce n’était pas là une leçon attendue par Balinor.

 

Il s’attendait à ce que Merlin l’informe, quand il souffrait d’un manque ou de quoi que ce soit d’autre.

Même s’il n’en était pas moins vrai que personne d’autre que lui-même, n’avait à se préoccuper du bien-être des gens travaillant à son service. Personne n’avait sur Camelot pour rôle ou devoir de lui dire toutes ces choses, si ce n’était le principal concerné, à savoir : Merlin.

Restait évidemment, à savoir s’il l’aurait écouté, si Merlin avait eu le courage de lui en parler.

 

De ce qu’il en avait vu durant ces deux dernières nuits, la réponse était : non.

Mais de ce qu’il en savait lui de leur relation et de ses propres souvenirs de leur passé, la réponse était : oui.

Alors où était le vrai du faux ?

 

Ne niant pas pour autant l’ampleur de sa négligence, Arthur sentit le poids du remords peser sur ses épaules

 

- Je…

 

Interrompu subitement par Merlin lui-même, Arthur le vit se redresser avec lassitude. Essuyant ses larmes, le jeune homme reposa avec la plus grande précaution le petit dragon sculpté sur sa table de nuit, avant de pousser son corps épuisé à se relever pour se diriger vers une série de paires de bottes de sa connaissance.

 

Il était déjà si tard, la lune flamboyait haut dans le ciel. Et pourtant… Après cette dure journée de labeur, Merlin travaillait encore, cirant ses bottes comme il avait dû le lui ordonner le matin même, sans même en avoir le seul souvenir.

Comme peu après la mort de Freya, des larmes coulaient de nouveau en silence sur ses joues pâles, seulement entrecoupées d’une toux affreuse qui semblait lui couper la respiration.

Totalement hypnotisé par cette scène, Arthur posa sa question sans plus détacher le regard de son serviteur.

 

- Pourquoi n’utilise-t-il pas la magie pour ce type de besognes ? Il est seul. Contrairement à une chaleur sans feu, personne ne pourrait remettre en cause son travail, si on venait à entrer sans qu’il n’y prenne garde.

- J’ai presque de la peine pour toi, à te répondre.

- Cessez vos simagrées !

- Comprends-tu seulement, pourquoi il pleure à cet instant ?

- Vous allez lâcher le morceau ? Oui !

- Tu es passé le voir ce soir, à une heure où personne ne vient jamais. Si bien que ces larmes… C’est de ne pouvoir employer la magie en toute liberté sur Camelot, de ne pouvoir être lui-même ne serait-ce qu’avec toi, qu’elles s’écoulent. Ces bottes qu’il frotte… ce n’est qu’une pénitence qu’il s’impose à ne pouvoir offrir de liberté à sa magie qui s’en peine chaque jour davantage au plus profond de lui.

 

Sentant son cœur se broyer à cette information, Arthur n’ajouta plus un mot.

Il aurait voulu toucher Merlin, lui étreindre l’épaule dans un signe d’amitié, lui montrer qu’il était là pour lui, pour l’écouter, l’accepter tel qu’il était. Mais à cet instant, il n’était qu’un spectre immatériel ne pouvant être vu ou entendu.

Et cela n’avait que trop duré.

 

- Réveillez-moi, à présent.

- Il va falloir t’y faire, prince Arthur. Tu n’as et n’auras jamais aucun contrôle sur mes actes.

- JE VOUS DEMANDE DE ME RÉVEILLER !!

 

Le scrutant avec force de son regard noir, Balinor plongea au plus profond du cœur de ce futur roi. Y percevant enfin la graine qu’il tentait si désespérément y faire germer, il accéda finalement à sa requête... d’un claquement de doigts.

 

Se réveillant en sursaut, Arthur vit sa chambre éclairée par la lueur du petit matin.

Sans attendre une seconde, le jeune homme chuta du lit plus qu’il ne s’en leva avant de s’habiller à la hâte.

Tout réveil brusque avait-il eu, il n’y avait aucun doute quant au fait qu’il était bien plus tard que lorsqu’ils avaient laissé Merlin à ses bottes.

 

Balinor pouvait le voir comme le pire de la lignée des Pendragon, Arthur lui prouverait qu’il n’en était rien.

 

Oublieux de toutes ses théories sur sa folie ou un complot d'assassins-sorciers, Arthur prit définitivement pour acquis qu’il vivait dans ses songes la réalité crue ! C’est donc bien décidé à ce que les choses changent une bonne fois pour toutes qu’il descendit les marches en marbre avec empressement. Il était bien décidé à ne pas attendre plus longtemps pour mettre un terme à tout ce cauchemar !

De ce qu’il avait pu en voir, Merlin avait besoin de soins, d’une nourriture saine, de repos, et surtout… d’un peu de chaleur humaine.

Après seulement, il se soucierait de savoir quoi penser de ses dons pour la magie.

Et si finalement, tout cela s’avérait exact… Il s’attacherait aussi à y faire face.

Sans jugement, ni reproche.

Si Merlin était bien l’homme bon et loyal qu’il connaissait, alors il l’accepterait avec le reste de ses bagages. Ce n’était pas plus compliqué que ça !

 

À suivre…

 

Je ne dirais qu’une chose, pour conclure les pensées de mon petit Arthur : Si seulement l’auteur acceptait que ce soit aussi simple que cela. Niark niark niark ;))

 

[1] Comme dit à l’origine, je place cette histoire à la fin de la saison 2 / fin du premier épisode de la saison 3. Car c’est avant d’avoir vu toute la saison 3 que j’ai écrit la 4ème partie de cette histoire. ^_^’’ Donc pas de Morgane méchante, mais une Morgane vivante et présente. Pas que ça y change quoi que ce soit vu son absence de rôle dans l’intrigue ^_^’’