Encore un grand merci à tous, pour vos retours !

J’espère que dans cette seconde étape de l’histoire (il y en a 4), le comportement d’Arthur vous semblera moins « agaçant » qu’il ne l’a été jusqu’alors ^_^’’

Bonne lecture ^__^x

 

Solstice d’hiver.

 

 

Chap2.1 : Le fantôme du présent - 1

 

Merlin hors de sa vue, Arthur se pressa de déjeuner pour se rendre par la suite à ses propres occupations. Si les festivités liées au Solstice d’hiver mettaient le château en effervescence, des cuisines aux salles d’apparat, ses propres tâches avaient décuplé.

En sa qualité de prince héritier du royaume, il devait seconder son père dans l’organisation des festivités au cœur de la ville, s’assurer que tous leurs invités venus des contrées voisines étaient traités avec l’égard du à leur rang, et « accessoirement » quintupler la sécurité aux abords du château et en son cœur, pour que tout à chacun s’y sente en sécurité.

Cela se traduisait pour lui, par une succession de réunions toutes plus longues et ennuyeuses, les unes que les autres. Soupirant à la seule idée de la journée qui l’attendait, Arthur finit de s’habiller convenablement pour rejoindre ses chevaliers.

 

Finalement coincé dans la salle d’armes, le prince écouta d’une oreille distraite les rapports de rondes ayant eu lieu durant la nuit, trop concentré sur ses propres pensées.

Son rêve pouvait être encore nébuleux à son réveil, il se souvenait de tout dorénavant, dont avoir vu son valet de pied usant de magie à l’occasion de nombreux combats passés.

Mais le plus perturbant était de comprendre pourquoi il avait eu un songe si compliqué ?

Il y avait tant d’explications possibles pour ce qui lui était arrivé durant la nuit !

 

_

 

Sa première pensée – la plus logique, car la moins complexe – était qu’il puisse bien s’agir d’un simple rêve. Auquel cas, il était « juste » sérieusement dérangé d’aller imaginer que Merlin puisse maîtriser la magie et que ce soit Balinor qui le lui révèle. Quoi que pour sauver son ami de tout reproche, Merlin ne faisait pas que la maîtriser. Dans son rêve, il la possédait en lui ! Ainsi, l’honneur était sauf. Puisqu’on ne pouvait lui reprocher de l’avoir apprise, s’il elle lui était inné depuis sa naissance... Il se féliciterait presque d’avoir autant d’imagination pour aller jusqu’à penser à ce genre de détails…

En attendant, cela signifierait aussi et surtout que son esprit souhaitait d’abord lui démontrer que Merlin était plus qu’un simple serviteur à son égard, plus qu’un simple ami... Au point de faire de lui un véritable chevalier n’ayant pas sauvé une princesse, mais un prince de tous les dangers.

 

En clair, Arthur s’était projeté dans son rêve comme une innocente victime qui nécessitait la protection de son preux chevalier, en la personne de Merlin… Ce dernier ne pouvant être crédible dans le rôle de l’homme fort abattant les monstres de son épée, il l’avait affublé de pouvoirs magiques… Et histoire de pimenter le tout, il s’était ajouté de quoi le culpabiliser d’avoir été si souvent sauvé sans le savoir.

 

Si son fantasme venait à se savoir, il pouvait dire adieux à l’autorité et le respect qu’il avait gagné auprès des chevaliers dont il avait la commande.

C’était déjà peu glorieux pour un homme de sa condition, d’avoir quelques compassions pour un autre homme, domestique de surcroît. S’il fallait en plus qu’il se projette comme ayant besoin d’être protégé, pour quelle fille allait-il passer ?

 

Soupirant, Arthur raya aussitôt la possibilité que ce rêve soit l’expression de ses fantasmes cachés. L’accepter signifiait envisager bien d’autres choses ; or la honte qu’il en ressentirait sur ses propres faiblesses le convainquit de tout oublier très vite.

 

_

 

La seconde explication – un peu plus plausible – était qu’il soit la victime d’un charme maléfique. Quoi de mieux pour un sorcier voulant la ruine de Camelot que de commencer par en détruire ses fondations ! Ce n’était plus un secret pour personne que Merlin était de loin son plus proche serviteur. S’en prendre à la vie de Merlin ou à sa réputation le toucherait donc forcément par effet de propagation.

 

Quand le soi-disant spectre de Balinor lui avait demandé quel homme lui était le plus fidèle, il n’avait pas une seconde pensé à son idiot de serviteur. Ses chevaliers lui étaient fidèles ! Merlin, lui… il était juste : Merlin. Il n’y avait pas de notion de confiance ou de fidélité qui puisse se rapporter à sa personne.

C’était comme dire qu’une épée était fidèle. Ridicule. Elle existait, point.

Merlin existait. Merlin était à ses côtés. Mais Merlin n’avait pas besoin d’autre mot que son simple prénom pour décrire ce qu’il était et ce qu’il représentait à ses yeux.

Mais allez donc dire ça à une entité dont vous ignorez tous de son origine et de sa nature !

Il avait une réputation, une image d’homme fort et solitaire, à l'âme inébranlable qui n’est touchée par rien ni personne, à respecter.

 

Si l’ennemi voulait le faire parler, lui faire admettre quoi que ce soit en le manipulant dans ses rêves, il en serait pour sa peine. Mais dans une telle hypothèse, il devrait surtout découvrir quel profit cet ennemi pourrait tirer à lui faire croire que Merlin possédait la magie.

 

S’il respectait le rôle assigné par son père, cela induirait qu’il devrait l’annoncer au roi et que ce dernier ferait tuer son serviteur, sans même s’embarrasser d’un procès.

Cela le pousserait à prendre un nouveau valet de pied potentiellement à la solde de leur agresseur, qui profitant de sa proximité tenterait de l’assassiner. Sans parler de son discrédit aux yeux de son père. Puisque le roi ne pourrait qu’être dépité qu’il lui ait fallu plus de deux longues années pour découvrir que l’homme qui le secondait chaque minute du jour était un sorcier infiltré à sa cour.

 

Dans le cas contraire, s’il ne trahissait pas le secret de Merlin et que cela venait aux oreilles de son père. Merlin serait toujours tué et lui littéralement répudié. Une conséquence pas franchement plus enviable pour eux deux et l’avenir de Camelot…

 

Au regard de toutes les créatures magiques et machinations démoniaques auxquelles ils avaient faire face ces derniers temps, cette explication semblait la plus vraisemblable. Et cela n’engageait rien de bon, en cette avant-veille du solstice d’hiver déclenchant la semaine de festivités hivernale sur Camelot.

 

_

 

Pour autant, Arthur ne pouvait mettre de coté la troisième solution – la moins crédible, car pour lui la plus perturbante : Que son rêve n’ait bien été que vérité ; qu’une partie de Balinor, malgré sa mort, ait pu survivre via sa magie et puisse ainsi s’exprimer dans ses songes pour lui insuffler toutes ces révélations aussi incroyables que surprenantes.

 

Si tel était le cas, Merlin serait donc bien à l’origine de toutes ses victoires, et donc le grand sauveur de Camelot ; le héros dans l’ombre qui ne recevait pour seul mérite qu’un tas de chaussettes à laver et repriser. Un être d’une puissance stupéfiante que rien ni personne ne semblait pouvoir égaler. Mais aussi un homme humble et modeste, ne cherchant à obtenir aucun mérite de ses actes d’héroïsmes ; lavant les écuries d’un prince ingrat quand il pourrait faire du roi même son serviteur, d’un simple claquement de doigts…

Sachant qu’on lui avait toujours enseigné – pour ne pas dire rabâché sans fin – que la « Magie » était l’expression du « mal ». Il y avait de quoi être décontenancé par l’idée même que ces révélations soient véridiques et qu’elles aient pu depuis si longtemps lui échapper !

 

Ce qui l’agaçait le plus dans cette théorie, c’est qu’il ne pouvait nier toute la crédibilité des faits portés à sa connaissance, dès lors qu’on admettait que Merlin était un sorcier.

Ce qui induisait que les reproches de Balinor à l’égard de son comportement envers son fils le devenaient tout autant…

Sans même penser à la somme des mensonges et omissions dont Merlin avait choisi d’user pour camoufler cette vérité si dérangeante…

 

_

 

Définitivement, Arthur ne sut que penser de tout cela. Car aucune de ses trois hypothèses ne lui convenait. Toutes révélaient de sa personne une si piètre facette :

 

Soit, il était un crétin aveuglé par son égoïsme pour ne pas voir quel être exceptionnel était à ses côtés. Auquel cas, il ne méritait pas une seconde le dévouement et la loyauté si absolus de Merlin.

 

Soit, il était la victime d’une machination complexe dont il ne réussissait pas même à comprendre tous les tenants et aboutissants : Ou comment mettre en avant son manque total d’intellect.

 

Soit, il était un homme d’une faiblesse ultime, en quête d’un protecteur de l’ombre qui accepterait pour autant tous ses défauts : de quoi se faire répudier par son père qui attendait toujours de lui le comportement exactement contraire.

 

À choisir, il ne savait quels maux étaient moindres…

 

*-*-*-*-*

 

Soupirant de nouveau, Arthur acquiesça une énième fois par réflexe conditionné aux demandes du Chevalier Léon. Demandes de principe, il l’espérait, vu qu’il n’écoutait rien depuis des heures.

 

Ne pas savoir où était la vérité sur sa nuit passée lui était de plus en plus insupportable !

Comment pourrait-il réagir de la meilleure façon, s’il ignorait tout des pièges qu’un « simple » rêve pouvait lui tendre ?

 

En d’autres occasions, il en aurait justement parlé avec Merlin !

Mais en l’état actuel des choses, cela ne lui semblait pas si aisé, puisqu’une partie de ses théories impactait directement le garçon. Et tout idiot soit-il, Arthur pressentait que de demander de but en blanc à son serviteur s’il était sorcier ne l’aiderait pas à obtenir une réponse très sincère de sa part, si tel était bien le cas…

 

N’arrivant définitivement pas à se concentrer sur quoi que ce soit, Arthur abandonna !

Entre la fatigue qui l’accablait et le doute qui le tiraillait, c’est d’un geste brusque qu’il se leva de sa chaise pour quitter la salle d’armes.

 

- …sir ?

 

Réalisant sur le tard le regard perplexe de tous ses hommes, le jeune prince toussota quelque peu avant de donner ses consignes d’une voix qu’il espéra ferme et dénuée de doute.

 

- Je laisse soin au Chevalier Léon de finaliser les derniers préparatifs. Assurez-vous tous de suivre comme il se doit ses consignes.

 

Ce qui ne changerait rien à l’habitude, puisque cela faisait des jours, que l’homme s’occupait déjà de maintenir l’ordre à Camelot, le roi et lui-même étant trop occupés à d’autres charges pour s’en soucier plus avant. Au moins comme ça, les choses étaient claires et son ami obtiendrait tout le mérite de son investissement.

 

N’y réfléchissant pas plus, c’est d’un pas alerte et empli d’agacement à ne toujours pas savoir quoi penser sur Merlin que le prince se dirigeât vers la demeure du médecin de la cour. Objectif, remettre la main sur principal concerné, qui s’il n’était pas trop faignant devait avoir terminé de nettoyer ses écuries en cette fin de mâtiné.

 

Arrivé aux abords des appartements de Gaius, Arthur allait frapper à la porte pour s’y introduire quand il y entendit une conversation. Ne voulant interrompre aucune discussion privée – par respect pour leur intimité, certes, bien que plus encore par curiosité aiguë – Arthur se positionna derrière la porte, bien décidé à capter chaque mot prononcé derrière elle. Peut-être pourrait-il ainsi obtenir quelques indices pouvant l’aider à faire le tri dans ses pensées en tumultes.

 

- Merlin, es-tu bien sûr que tu ne veux pas m’accompagner ?

- Oui Gaius. Je vous ai déjà dit qu’Arthur ne pourrait pas se passer de moi. Il a tant à faire, en cette période de fêtes, qu’il ne saurait retrouver ses bottes si je n’étais là pour les lui sortir de dessous son lit.

- Bien. Je te présenterais ma sœur et ses enfants une autre fois, alors. [1]

- Oui, une autre fois.

- Tu es sûr ? Je pourrais parler à Arthur. Il pourrait changer d’avis et te laisser prendre quelques jours de congé. Tu n’as cessé de travailler pour lui depuis ton arrivée à Camelot. Tu as le teint si pâle. J’ai peur que tu ne finisses par tomber malade, si tu continues à ce rythme.

- Je vous en prie, partez l’esprit tranquille. Tout ira bien.

- Tu n’es pas plus déçu de ne pouvoir aller voir ta mère ?

- Non. Elle m’a indiquée dans une lettre qu’elle irait voir des cousins à nous pour les fêtes, accompagnée par des amis d’Ealdor. Elle sait que je préfère qu’elle profite de cette période de l’année pour voyager en compagnie d’autres personnes plutôt que seule. Et puis, j’ai pu lui faire parvenir un colis avec de quoi lui permettre d’améliorer l’ordinaire à son retour. Alors, ne vous faites pas de soucis, tout ira pour le mieux pour elle aussi.

- Très bien. Puisque tu restes, je t’ai préparé la liste des tâches qu’il te faudra réaliser en mon absence. J’attends de toi d’effectuer le grand ménage des lieux, faire la lessive, frotter le plancher, aller cueillir les plantes habituelles pour la saison, les sécher et bien évidemment nettoyer notre cher bocal à sangsues…

 

La liste terminée, Merlin conserva son visage souriant et moqueur.

 

- Et ce sera tout ?

- Hé bien, comme tu peux le constater, il n’y a rien de plus à ce que tu fais déjà chaque semaine.

 

À cette réponse, Arthur se demanda sincèrement comment Merlin pouvait accomplir toutes ces tâches quand il était à son service et qu’il lui en demandait plus du triple. Ne dormait-il jamais ?

 

S’il refusait encore de prendre pour acquis tous les souvenirs de son rêve passé, les paroles de Gaius lui rappelèrent tout de même qu’il n’avait effectivement jamais eu une seule journée de temps libre depuis son arrivée à Camelot.

 

- Ah ! Une dernière chose, Gaius. Avant que vous ne partiez. Je voulais vous donner ceci.

 

Ce disant, Merlin lui tendit presque timidement un paquet rectangulaire plutôt assez lourd.

 

- Merci. C‘est un cadeau pour moi ?

- Oui.

- C’est si gentil. Je peux l’ouvrir tout de suite ? J’ai peur de me charger de trop pour mon voyage.

- Bien sûr. Mais ce n’est vraiment pas grand-chose, vous savez.

 

Ouvrant le paquet, Gaius découvrit un herbier de belle composition.

 

- Merci beaucoup Merlin, cela a dû te coûter une fortune.

- Pas vraiment, comme je n’avais pas un sou, je l’ai fait moi-même ! Vous pourrez y retrouver toutes les plantes se trouvant dans la région. J’ai fait de nombreuses recherches pour ajouter sur les pages de droite tout ce qui s’y rapportait en termes de bienfait médicinal ou de danger à les toucher et ingérer.

- Cela a dû te prendre un temps fou !

- Ho ! Pas tant que ça ! J’ai surtout mis à profit chaque sortie de chasse d’Arthur pour dénicher chacune des plantes. Après deux années de marches intensives, je peux vous assurer que l’ouvrage est complet !

- Merci beaucoup Merlin, bien que tu n’aurais pas dû. Ce genre d’ouvrage pourrait être revendu à prix d’or.

- Pour être honnête, vous n’avez pas tort. J’avais de quoi en réaliser trois exemplaires. Et la revente des deux autres a pu me faire gagner un petite somme.

- Je sais que cela ne me regarde pas vraiment. Tu es un adulte responsable qui finit toujours par rembourser ses dettes. Mais Merlin, que fais-tu donc de ta solde, pour que tu sois si souvent en besoin d’argent ?

 

Arthur n’aurait su dire mieux !

 

- Tu peines tant chaque mois à me payer ton dû pour ta part de nourriture.

- Oh ! Puisque vous en parlez, voilà justement le compte de ce que je vous devais.

- Merci. Cela me sera très utile pour mon voyage.

- Je vous prie de m’excuser pour mon retard à la participation de nos frais, Gaius. Mais n’ayez crainte, cela n’arrivera plus. J’ai aussi trouvé un petit boulot qui me permettra d’obtenir une entrée d’argent plus régulière !

- Merlin… Est-ce si raisonnable de m’offrir un cadeau si tu as besoin de cumuler encore plus de travail pour t’en sortir ?

 

À ces paroles, Arthur ne put qu’envisager le pire. Était-ce enfin là, la preuve qu’il recherchait ? Merlin dépensait-il l’intégralité de sa solde pour se former à la magie auprès d’un sorcier ? Un sorcier qui pour tester la confiance que le prince avait en son serviteur, l’avait fait passer dans son rêve pour un jeune sauveur dénué de toute vantardise ?

 

- Tu n’as pas répondu à ma question, Merlin. Que fais-tu de ce que tu perçois pour travailler ici ?

- Gaïus, j’ignore totalement de quoi vous essayez de me parler ? Vous savez bien que je ne reçois rien.

- Ne me dis pas que personne ne te paie au Château ?

- Bien sûr que non. Pourquoi ?

- Pourquoi ? Mais nous ne sommes pas des esclaves ! Le roi paie tous ses serviteurs ! Ce n’est pas grand-chose, mais cela permet de s’acheter de quoi se nourrir, se loger…

- Oh… Mais moi je travaille pour le prince. Et a priori, je ne suis pas digne de recevoir quoi que ce soit de sa part.

 

Cette révélation fut un véritable choc pour Arthur. Il ignorait complètement que Merlin n’était pas un serviteur comme les autres au palais. Il lui faudrait vérifier tout cela auprès de son père. Mais si ce qu’il disait était vrai… Cela expliquerait bien des choses. Comme la raison d’une absence de manteau… Merlin pouvait être un tel crétin quand il s’y mettait. Pourquoi ne lui avait-il jamais dit qu’il ne percevait rien de son père ?

 

Ayant raté la fin de la discussion, Arthur du la reprendre en cours.

 

- …Bien. Si tu m’assures que tout va pour le mieux, alors, je vais y aller.

- Tout va pour le mieux, Gaius. Et surtout, passez de bonnes fêtes !

 

Pris de court, Arthur n’eut pas le temps de fuir les lieux avant que la porte ne s’ouvre devant lui.

 

- Oh, Arthur ! Vous cherchiez Merlin ?

- Je… Heu… Oui ?

- Dans ce cas, je vous laisse. À bientôt.

 

Dépité de n’avoir pas même pu avaler une bouchée de son déjeuner, Merlin prit sur lui pour sourire au prince. En apprenant que Gaius s’absentait, nul doute qu’Arthur avait du changer d’avis quant à son idée première de lui laisser son après-midi de libre. Oubliant le pain et fromage qu’il avait mis de coté pour entrecouper sa journée de labeur, Merlin se positionna devant Arthur, se demandant à quelle sauce celui-ci allait le cuir cet après-midi-là.

 

Arthur se sentant coupable pour cette histoire de solde et voyant que son serviteur avait vraiment une petite mine, il essaya d’être bienveillant.

 

- Notre dernière chasse ayant été un succès, j’ai décidé d’annuler la battue que je comptais faire demain matin. Le temps n’étant pas clément de surcroît, je pense qu’il est inutile de sortir plus que nécessaire d’ici au solstice. Je resterais donc au château jusqu’aux fêtes.

- Vous m’en voyez ravi, Arthur !

 

Arthur savait que le sourire de Merlin n’était pas feint à cet instant. Il ne pouvait ignorer comme ce dernier détestait leurs sorties dans la forêt. Au moins avait-il enfin trouvé LA bonne idée pour ne pas plus l’accabler comme jusqu’alors.

Sachant que parcourir les couloirs du château sans vêtements chaud n’était guère plus agréables que de parcourir les bois, trempé de la tête aux pieds, une seconde idée s’imposa à lui.

 

- Tu seras donc détaché pour le reste de la journée auprès de l’équipe de cuisine.

 

Sauf qu’Arthur ignorait à l’évidence que le travail en cuisine pour les aides extérieurs était pire qu’une torture. Les habitués en profitant de bonne grâce pour leur faire faire toutes leurs tâches ingrates… N’ayant guère le choix, Merlin partait pour son nouveau labeur. Quand pris d’un relent d’incompréhension, il fit brièvement demi-tour.

 

- Puis-je au moins savoir pour quelle raison vous me punissez de la sorte ?

- Je ne vois pas en quoi travailler pour une fois au château serait une punition. Cela te changera de t’occuper à la chaleur des cuisinières.

- Vous vous moquez de moi ?

- Dois-je avoir seulement une raison pour te donner tes tâches ?

- Non. Bien sûr que non, Votre Seigneurie toute puissante…

 

Ne relevant pas l’insulte délibérée, Arthur le regarda partir sans sourciller. Mais la porte fermée, c’est lui-même qui soupira lourdement. Décidément, ces derniers temps, même quand il faisait des efforts, il fallait qu’il le cherche… 

 

_

 

De son côté, Merlin était dépité de tant de malchance. Après les journées sous la pluie glaciale, il devait s’occuper dans les cuisines. Pour autant, Arthur avait raison sur un point. Au moins ne souffrirait-il plus du froid là-bas.

 

Ayant pris son sac où étaient camouflés deux autres menus paquets, Merlin fit un détour pour aller les déposer à qui de droit avant de s’enfermer dans les sous-sols du palais y laver de grands chaudrons ou plumer des volailles.

 

Suivant toujours de près son serviteur, dans l’hypothèse incongrue qu’il se mette à faire de la magie devant lui en pleine journée. Il le vit ainsi glisser deux présents au pied du sapin de Morgane, un pour elle, l’autre pour Gwen à la lecture des étiquettes s’y associant.

 

Réalisant le ridicule de sa situation, Arthur stoppa la filature quand Merlin s’infiltra dans le labyrinthe de couloirs menant aux cuisines royales.

 

*-*-*-*

 

La journée terminée, Merlin ne sentait plus ses pieds et ses mains.

Il avait des coupures et ampoules en tout lieu. C’est à peine s’il pouvait attraper quoi que ce soit. Il avait mal partout. Sa fièvre n’avait cessé de la journée. Si sa magie n’était pas venue discrètement à son aide, une fois encore, il n’aurait jamais pu terminer son labeur à temps. Qu’avait-il donc fait à Arthur pour en mériter tant tous ces derniers jours ?

 

Espérant profiter d’une petite accalmie, Merlin respira lourdement pour s’éclaircir l’esprit. Il devait trouver une préparation de Gaius pour l’aider à faire passer cette toux qui lui arrachait les entrailles.

 

Il se demandait comment il réussirait seulement à trouver la force de se relever pour aller s’occuper du dîner d’Arthur quand un grincement de bois le fit sursauter. Il sentait une présence derrière la porte

 

- Il y a quelqu’un ?

 

Arthur qui se découvrait une âme d’espion se sentit bien en peine de nier l’évidence. Il n’était pas encore très doué en la matière. À peine avait-il été de retour pour surveiller son serviteur et découvrir l’objet de tous ses secrets que c’était lui qui était découvert !

Ne pouvant se cacher sans paraître plus suspect, il décida d’avancer jusqu’à la porte entrebâillée pour l’ouvrir franchement. C’est alors un Merlin, comme toujours souriant qui l’accueillit. Au moins pouvait-il déjà constater combien il était doué pour cacher toute la peine et l’épuisement qu’il exprimait juste avant qu’il ne le sache présent.

 

- Vous vouliez quelque chose ?

 

Cherchant au plus vite une excuse acceptable, Arthur se surprit à mentir avec brio.

 

- Je voulais voir Gaius.

- Quand vous l’avez croisé à midi, il partait rejoindre sa famille pour la semaine de fêtes. Votre père en a été informé.

- Oh.

- Mais je peux peut-être vous aider à trouver ce que vous vouliez lui demander ?

- Hé bien… Je…J’ai quelques maux suite à mon dernier combat. J’aurais souhaité savoir s’il avait quelque chose pour m’en soulager.

- Je crois qu’il doit encore nous rester une potion à base de reine-des-prés. Cela permet d’atténuer efficacement la douleur.

 

Merlin la chercha aussitôt sur les étagères consacrées aux remèdes. Quand il trouva enfin la fiole, ses mains le firent tant souffrir, qu’il en fit tomber un tout autre flacon rattrapé de justesse par Arthur.

 

- Et zut… [2]

 

L’observant avec plus d’attention, Arthur constata alors seulement et non sans effroi son état.

 

- Merlin. Tes mains !

- Oh. Ça ? Ce n’est rien.

- Es-tu donc si maladroit pour qu’une seule demi-journée en cuisine puisse donner ce résultat ? 

- Il faut croire que oui.

 

Gêné de l’intérêt qu’Arthur avait soudain pour ses mains, Merlin se reprit pour attraper avec le plus de contrôle possible la fiole recherchée pour la lui donner.

 

- Voilà pour vos douleurs. Gaius prescrit une gorgée toutes les deux heures, tout au plus.

- Bien. Merci.

 

Se sentant gêné ainsi face à face, Arthur ne put rester plus longtemps silencieux.

 

- Pour ce soir…

- Je vous apporte votre dîner tout de suite.

- Non. Ce ne sera pas la peine. Je vais dîner avec mon père.

- Bien.

 

Arthur s’éloigna quand il s’arrêta une nouvelle fois.

 

- Soigne bien tes mains. Que tu ne deviennes pas plus maladroit que tu ne l’es déjà sans ça. Et ne t’occupe pas de mon armure ce soir. Comme je ne suis pas sortie, cela n’est pas utile. Donc, profites-en pour te reposer. Tu as mauvaise mine.

- Merci.

 

Hochant la tête pour toute réponse, Arthur ne pouvant rester plus longtemps s’éclipsa.

Ce n’était pourtant pas l’envie de rester aux côtés du jeune homme qui lui manquait.

Mais loin de vouloir paraître aimable, il devait réellement dîner avec son père. Car ce qu’il s’apprêtait à lui demander ne pouvait être fait par l’intermédiaire d’un domestique.

 

À suivre.

 

[1] J’aime à penser que Gaïus a une famille (une sœur mariée avec enfants). Sans adhérer à la théorie de certains qui le font passer comme l’oncle de Merlin (comme j’ai pu le lire dans quelques fanfics francophone ou anglophone.. ;)

[2] J’ai eu un peu de mal à trouver un gros mot de l’époque. Du coup, désolé pour l’anachronisme ;D