Je profite de la date de cette mise en ligne pour souhaiter à tout le monde : un JOYEUX NOËL !!!

Avec un GRAND merci à tous les lecteurs.

En espérant que ce chapitre ne vous décevra pas trop. Il est plus long que les autres du fait, qu’il y a beaucoup de rappels de la série. (Pour ceux qui se posent la question, les dialogues qui y font rappel sont mots pour mots ceux de la version française de la série !)

Sinon, j’ai enfin terminé la découpe de ma fanfic !

Restent donc à venir encore au moins 8 chapitres, sachant que Balinor n’en occupera qu’une petite moitié ^_-

Su ce : Bonne lecture !

 

 

Solstice d’hiver.

 

 

Chap1.4 : Le fantôme du passé - 4

 

Quand Arthur comprit sur quelle scène du passé Balinor venait de les déplacer, le prince sentit un besoin irrépressible de se défendre ! Il se voyait lui-même, deux ans plus tôt, en train de persécuter l’un des nombreux valets de pieds ayant précédé Merlin.

Amusé de sa réaction immédiate, Balinor le laissa s’agacer dans son coin avant de couper court à sa plaidoirie avant même qu’il n’ait ouvert la bouche.

 

- Une seule seconde en ce « temps » et tu commences déjà à réfuter l’incontestable.

- Je vous arrête tout de suite, Balinor ! Quoique vous en pensiez : j’ai toujours respecté les personnes travaillant à mon service ! Je peux les taquiner, d’un humour pas toujours très élevé, je vous l’accorde. Mais je n’ai jamais frappé ou maltraité l’un d’eux !

- Le crois-tu vraiment ?

- Au vu du peu de respect dont Merlin me témoigne chaque jour, je dirais même que votre fils a plutôt beaucoup de chance de m’avoir pour maître. Aucun domestique ne serait encore vivant à ce jour, s’il s’était comporté de la sorte avec mon père !

- Peu de sous-fifres auraient surtout sacrifié autant que mon fils pour un ingrat comme toi !

- Qu’a-t-il donc sacrifié ? Il n’a même déjà aucune trace de respect ou de déférence pour moi ! Et sachant qu’il est votre enfant et possède la magie, je ne doute même plus qu’il haïsse au plus profond de lui même mon père et toute notre famille. Alors que moi, j’ai contré les ordres de mon roi pour le sauver lui et son village ! Que seraient-ils tous devenus sans moi ?

- Je ne comprendrais jamais ce qu’il peut bien te trouver. Tu te crois si solidement sûr de ton bon droit. Il est plus que temps que tu ouvres les yeux sur la réalité.

 

Sachant que passer en revue chacune des nombreuses fois où Merlin était venu au secours du prince serait sans fin, Balinor décida de se concentrer sur les faits les plus marquants.

 

- Souviens-toi Arthur… Souviens-toi ! Loin de ce que tu crois, Merlin ne t’a pas sauvé que deux fois : lors du récital de Dame Hélène et en buvant le poison glissé dans le Calice offert par le roi Bayard.

 

Affichant une attitude presque blasée, Arthur attendit de voir cette vérité si incroyable qu’elle lui aurait échappé. Alors enfin, Balinor le plongea dans cette succession d’images promises.

Sans prendre la peine de ménager le jeune homme, il lui fit défiler tour à tour : ces combats dont Arthur s’était approprié le prix de la victoire, toutes ces fois où Merlin le vrai sauveur de Camelot s’était effacé dans son ombre, allant jusqu’à sacrifier plus qu’à son tour de sa vie et de sa famille pour ce prince ingrat...

 

Arthur vit ainsi successivement :

 

Merlin usant de magie, pour faire tomber le lustre sur la sorcière Mary Collins ayant pris apparence de Dame Hélène. Puis ralentissant l’écoulement du temps pour repousser Arthur avant que le poignard ne le touche…

 

J’ai haï mon père qui – pour remercier cet idiot – me l’a imposé dans les jambes.

 

Merlin usant de magie, pour faire apparaître les serpents du bouclier du chevalier Vaillant, après s’être épuisé une nuit durant pour maîtriser la formule nécessaire…

 

Je l’avais renvoyé pour m’avoir fait passer pour un lâche aux yeux de mon père, alors qu’il n’avait jamais dit que la vérité.

 

Merlin usant de magie, pour créer le vent qui associé au feu de la torche tenue par Arthur tua l’Addanc dans les souterrains du château, permettant ainsi d’assainir la source d’eau fournissant tout Camelot.

 

Son père lui avait offert un nouveau cheval pour le féliciter d’être sortie vainqueur de son combat contre cette créature de la magie.

 

Merlin usant de magie, pour lui envoyer cette lueur bleutée qui l’avait guidé dans la grotte du royaume de Balor. Il avait bu le calice empoisonné, et aux portes de la mort, réussit l’exploit de lui venir en aide pour le guider vers la sortie, le sauvant ainsi des araignées géantes.

 

Nous l’avions pourtant tous accusé de mensonge, lui promettant une mort certaine entre les mains de Ballard, si seulement le vin qu’il devait boire ne contenait pas de poison mortel…

 

Merlin usant de magie, pour lier sa puissance à la lance portée par Lancelot, leur permettant grâce à leur force conjuguée de tuer le Griffon.

 

Humiliation suprême que cette découverte, quand tout un festin avait été organisé deux jours durant pour fêter sa bravoure. Tous croyaient qu’il avait vaincu seul la bête tant redoutée. Alors qu’il n’avait duré que quelques secondes face à elle, avant de tomber sous ses coups.  

 

Merlin usant de magie, pour sauver son père en extrayant le scarabée maléfique d’Edwin Muirden, le médecin venu à Camelot pour soigner Morgane une année plus tôt. 

 

J’ai souvenir que Gaius en avait tiré le seul mérite et bénéfice, gracieusement récompensé par mon père, en plus d’être fait citoyen d’honneur de Camelot…

 

Merlin usant de magie, pour tuer les Sidhe, maîtres de l’enchantement, venus à Camelot sous l’apparence d’Aulfric et de Sophia Tir-Mòr ! Puis sauvant Arthur de la mort par noyade orchestrée par le père de Sophia pour garantir à sa fille l’entrée dans Avallon, le pays de la jeunesse éternelle…

 

Merlin avait essayé de le convaincre de ne pas fuir avec eux, de ne pas leur faire confiance ; que contrairement à ces étrangers, lui agissait pour son seul bien en sa qualité d’ami sincère. Et lui… Arthur... Se souvenait parfaitement lui avoir nié cette amitié.

« Vous n’êtes que mon serviteur ! »

Voilà ce qu’il lui avait jeté au visage avant que sa raison ne soit entièrement noyée par le brouillard et qu’il oublie tout ce qui s’en était suivi.

 

Il avait nié leur amitié…

Et malgré cela, Merlin l’avait sauvé de leur attaque, de la noyade…

Plus douloureux encore… Au nom de cette même amitié non reconnue de sa personne, Merlin l’avait encore et toujours couvert pour chacun de ses manquements à son poste, supportant à chaque fois un après-midi entier au pilori, sous les ordres de son père.

C’est lui-même qui aurait mérité tous ces légumes gâtés jetés au visage du jeune sorcier, à cette époque.

 

Merlin usant de magie, pour créer la tempête qui repoussa les hommes de Kanan, un seigneur de guerre de Cendred pillant Ealdor, son village d’enfance.

 

Arthur se souvenait douloureusement de ses paroles… alors que Merlin observait la crémation de William, son frère de cœur…

« - Je suis désolé, je sais que c’était un grand ami.

- Il l’est toujours.

- Tu savais qu’il était magicien, n’est-ce pas ? C’était ça que tu allais me dire ?

- Oui, c’était ça. 

- Tu sais combien la magie est dangereuse ! Tu n’aurais jamais dû me le dissimuler. »

Quelle teneur ces mots avaient-ils eue sur Merlin ?

 

Merlin usant de magie, pour sauver à nouveau le roi, de la tentative de meurtre du sorcier Tauren, alors qu’il se recueillait sur la tombe du père de Morgane…

 

Cette fois-ci, c’était Morgane qui avait tiré, seule, le mérite de son action.

Mais finalement, qui dans Camelot n’avait pas volé au moins une fois le fruit de son abnégation ?

 

Alors seulement, était venu le pire de toutes les images jusqu’alors imposées au regard éperdu d’Arthur : Merlin priant Nimueh sur l’île Fortunée d’échanger sa vie pour sauver celle du prince héritier mortellement blessé par la bête Glapissante. Et ses paroles terrifiantes :

« J’échangerais volonté ma vie contre celle d’Arthur ! »

« Quel que soit ce qu’il faut faire, je le ferais. Sa vie vaut cent fois la mienne ! »

 

À son réveil, Arthur avait bien eu conscience que quelque chose d’anormal avait lieu avec son serviteur. À présent, il comprenait que ses paroles qui l’avaient tant marquée et touchée n’étaient autres que des adieux.

 

« - J’ai quelque chose à vous dire, Arthur !

- Tu n’as toujours pas compris ? C’est à moi de t’inviter à parler !

- Pas aujourd’hui.

- Je me demande parfois, si tu sais qui je suis vraiment.

- Oh, je sais très bien qui vous êtes ! Un crétin. Un crétin royal !

- Changeras-tu un de ces jours, Merlin… ?

- Nan… Vous vous ennuieriez !

 

- Promettez-moi que votre prochain serviteur ne sera pas un infâme flatteur

- Tu essaies de me donner ton congé, en somme ?

- Non. Je suis heureux d’être votre serviteur, et je le serais toujours, jusqu’à mon dernier jour.

- Quelques fois, je pense bien te connaître, Merlin. Alors que parfois je…

- …parfois, je vous connais. Vous êtes un valeureux guerrier. Un jour, vous serez un grand roi, Arthur !

- Tes propos me touchent vraiment.

- Mais apprenez à écouter aussi bien que vous combattez !

- D’autres conseils, peut-être ?

- Non… C’est tout. Ne vous… conduisez pas comme un crétin ! Retenez simplement ça. »

 

Oui, à jamais ces paroles étaient restées ancrées dans son esprit !

Souvent depuis, il se les remémorait… quand il doutait de lui-même ou de sa capacité à devenir un homme bien…

Il se souvenait tout autant, avoir avoué peu avant à son père, avoir le sentiment que l’on veillait sur lui. Qu’un ange gardien le protégeait du pire…

Comme il avait raison, sans même le savoir…

 

Mais en revoyant les scènes s’accordant parfaitement à ses propres souvenirs, Arthur découvrit aussi, glacé d’effroi : que sans l’intervention de Gaius, Merlin avait failli perdre sa mère. Il avait risqué la vie de sa mère – sa si chère mère – pour le sauver lui. Quelle folie !

 

- C’est assez, Balinor ! J’ai compris… J’ai compris la teneur de cette leçon.

 

Si Arthur pensait en avoir terminé si facilement avec les révélations promises, il comprit très vite qu’il n’en serait rien.

 

- Non, Arthur ! Mon âme en colère ne sera apaisée que lorsque tu auras tout vu ! Alors seulement, tu ne pourras plus te complaindre dans l’excuse facile que tu ignorais tout de la vérité !

 

Alors, sans transition, Arthur fut de nouveau happé par une spirale d’images toutes plus ahurissantes. Et parmi elles, cette nouvelle relecture du passé qui produisit en lui ce trop fort sentiment d’humiliation quant à son comportement.

 

Comment ?

Comment avait-il pu être aussi ignoble et injuste envers Merlin, à l’apparition de ce Cédric ?

Un voleur devenu flatteur notoire, prêt à trahir Camelot pour le seul appât du gain !

 

Quand il assista à la confrontation entre Merlin et l’âme de Cornélius Sigan s’étant approprié le corps de cet opportuniste de Cédric, le cœur d’Arthur palpita ! Et plus encore, à l’écoute de leurs paroles !!

 

« - Il ne mérite pas ton dévouement, il te traite comme un esclave.

- Non, ce n’est pas vrai.

- Il s’est débarrassé de toi sans réfléchir une seconde !

- C’est sans importance.

- Mais cela doit te faire beaucoup souffrir… d’être tellement exploité et méprisé alors qu’en même temps tu possèdes un si grand pouvoir !

- C’est comme ça que cela doit se passer.

- Si tu te joins à moi, ensemble nous pourrons régner sur ce pays. Arthur tremblera au son de ta voix et il s’agenouillera à tes pieds.

- Je ne veux pas de ça !!

- Tu préfères demeurer un serviteur ?

- Mieux vaut servir un homme bon que de régner avec un homme diabolique ! »

 

Qui d’autre aurait répondu si simplement, comme une telle évidence.

Merlin… si dénué de doute et de volonté à asservir…

 

Et quelle puissance renfermait-il en lui pour avoir su combattre en son propre corps, et si simplement, le plus grand sorcier maléfique que Camelot avait connu jusqu’alors ?

Après Tauren, Nimueh et Cornélius Sigan

De combien d’autres sorciers maléfiques avait-il protégé Camelot ?

 

Et le lendemain…

Alors que Merlin subissait le contrecoup de ce déchaînement d’énergie, au point de ne pas pouvoir tenir sur ses jambes plus de quelques minutes ; qu’il obtenait pour toute récompense un repas si peu amélioré offert par Gaius ; lui était venu le voir, laissant choir son armure sur cette même récompense. Imposant par ce seul geste dénué d’attention, son rétablissement à ses ordres…

 

Aucune excuse, aucun remerciement, aucune pause…

Juste du mépris et de l’ingratitude…

 

Ne le laissant pas souffler, Balinor lui imposa de nouvelles scènes du passé !

 

Merlin usant de magie, pour l’aider à vaincre l’assassin Myror envoyé par le Roi Odin pour tuer le prince à l’occasion du tournoi durant lequel il avait souhaité cacher sa véritable identité. Arthur pouvait découvrir stupéfait que son serviteur avait alors accusé et assumé une somme de travail colossale pour continuer à le servir, entraîner sa doublure – sir Guillaume de Derat – et effectuer les si innombrables tâches imposées par Gaius…

 

Merlin ayant déséquilibré Myror lors de leur affrontement, cela signifiait aussi qu’il n’avait donc pu réussir à gagner seul et sans aide ce tournoi.

Là encore, il devait sa victoire dont il était si fier par la seule aide magique de Merlin.

Quelle ironie !

Tout ce dont il était si victorieux n’existait que grâce à cet idiot de Merlin et à cette magie qu’il combattait avec tant d’énergie pour plaire à son père.

 

Merlin usant de magie, pour l’aider à libérer Genièvre enlevée par l’infâme Hengist le Sauvage. Là encore ! Il découvrait que sans l’action conjuguée de sa magie, associée à la dextérité de Lancelot, la jeune femme n’aurait pu être sauvée.

Mais là encore, Lancelot banni de Camelot, c’est Arthur seul qui avait récolté tous les honneurs de ce sauvetage. Alors qu’il avait fait si peu…

 

Existait-il seulement un seul de ses faits d’armes qui ne soit dû qu’à sa seule force ou son seul savoir ?

 

Merlin usant de magie, pour contrer les trolls ayant fomenté une machination contre Camelot. Leur ouvrir les yeux à tous sur la véritable nature de Lady Catrina que le roi voulait prendre pour épouse n’avait pas été chose aisée ! Arthur ne l’avait pas même cru avant qu’il ne voie lui-même sa vraie nature…

Mais quand cette femme/troll avait réussi à manipuler le roi pour qu’il destitue son fils et lui donne la place d’héritière légitime du trône, Arthur n’avait surtout pu cacher sa peine face au rejet cruel et sans appel de son père. Il était si persuadé de l’avoir déçu, à cet instant.

Seul Merlin n’avait pas abandonné la bataille, allant jusqu’à rester au château pour les libérer de ce troll immonde, bien qu’il était recherché de tous, car accusé de vol par la nouvelle « reine ».

 

Sans Merlin, il aurait toujours ce Troll pour Belle-mère.

Et pour autant, il n’avait pas même été capable de lui octroyer l’étreinte amicale tant attendue par son serviteur.

Si petite demande, pour un si perpétuel dévouement…

 

Puis, il y eut Merlin qui n’usa pas de magie. Mais qui fit preuve d’un dévouement hors de toute limite quand il l’empêcha de tuer son père ! Arthur venait de découvrir par Morgause, toute la vérité sur la mort de sa mère !

 

S’il savait déjà que Merlin l’avait stoppé avant que l’irréparable ne survienne, il comprenait surtout, à présent, qu’il avait agi pour lui, Arthur, et non pour le roi. L’empêcher de tuer Uther, pour qu’il ne reproduise pas l’erreur de ce père aveuglé par la magie l’ayant rendu responsable de la mort de sa femme. L’empêcher de tuer l’homme qui le condamnerait pourtant à une mort certaine, à la seule énonciation du mot « sorcier » accolé à son nom.

 

Il avait été si plein de colère à ne pas avoir su jusqu’alors la vérité sur sa mère…

Et tandis que Merlin avait réfuté toute sa raison, pour l’empêcher d’agir sous cette colère, lui n’avait eu que pour remerciement des paroles d’une cruauté sans pareille, en sachant à présent la vérité :

« - Une fois encore, force est de constater que ceux qui pratiquent la magie sont malfaisants et dangereux. J’en prends conscience, et ce, grâce à toi.

- J’en suis charmé. »

Comment avait-il pu ne pas voir l’émotion portée par sa voix à cette réponse dénuée de sentiment ?

 

Mais finalement, rien ne fut à la mesure de ce qui acheva la leçon donnée par Balinor.

Non. Rien ne fut à la hauteur de ce qui s’en suivit, lui montrant :

 

Merlin usant de magie, pour libérer une jeune femme, une druidesse…

Une druidesse maudite que son serviteur sembla aimer de tout son cœur. Mais que lui, Arthur, héritier du trône de Camelot, avait tué d’un coup d’épée devant les yeux mêmes de l’homme qui l’aimait si chèrement.

 

Arthur vivait bien là un cauchemar sans fin.

Son propre cœur était déchiré par ce qu’il découvrait.

Jamais jusqu’alors, il n’avait vraiment vu les pleurs de Merlin.

Jamais avant…

 

- Ma mort ?

 

Oui. La mort de Balinor

 

Une mort à laquelle, il assista de nouveau, ne pouvant toujours rien faire pour la stopper. Bien que contrairement à la première fois, Arthur put entendre les dernières paroles échangées entre le père et son fils :

« - Tu es mon fils et j’en ai vu assez pour savoir que tu me rendras fier de toi. »

 

Comment rester froid devant ces adieux partagés entre deux hommes qui s’étaient connus pas même l’espace d’une journée… ?

 

Balinor avait très vite fait disparaître la forêt les entourant, pour les projeter dans la salle d’armes où Merlin avait équipé Arthur pour son dernier combat contre le dragon invincible. Le dernier combat dont tous pensaient ne pas en revenir vivants.

 

Entendre le son de sa propre voix, si tranchante, si peu conciliante, était encore une douleur au cœur d’Arthur. Une douleur quant à la honte qu’il ressentait à avoir prononcé ces paroles avec tant d’aplomb et de méconnaissance :

« Une chose que je dis à tous mes jeunes chevaliers, Merlin : aucun homme ne vaut qu’on le pleure. »

 

Dire cela au fils qui a perdu son père…

 

Et alors que le poids de la mort pesait réellement sur eux, alors que Merlin soufflait un soupçon de révélation dans ses propos… 

 

« - Vous savez combien de fois, il m’a fallu sauver votre royal postérieur ?

- …Au moins, tu as retrouvé ton sens de l’humour. »

 

…Arthur l’avait balayé d’une pirouette verbale.

 

Une réponse ignoble pour souligner toute la bravoure dont le jeune homme allait faire preuve en se joignant à lui pour affronter un être de magie si puissant et sans la moindre protection.

À cet instant, pour Arthur, Merlin n’était encore qu’un serviteur sans le moindre talent. Et pourtant, alors qu’ils allaient vers une mort certaine, il ne l’avait pas même équipé de la moindre armure.

 

Toujours, dénué de toute sollicitude, de toute attention…

 

Par la scène qui s’en suivit, Arthur découvrit sans plus aucune surprise, que c’était Merlin et non lui qui avait stoppé l’attaque du dragon grâce à ses nouveaux dons de dragonnier !

Alors que le prince le voyait faire l’ébauche d’un coup mortel à l’encontre du Dragon, il réalisa stupéfait que Merlin n’était pas allé au bout de son geste !

C’était donc sans même user de violence, par le seul emploi de la clémence, qu’il les avait tous sauvés !

 

« - Partez Kilgharrah ! Allez-vous-en ! Si vous revenez attaquer Camelot un jour, je vous tuerais !

- …

- J’ai fait preuve de pitié. À vous d’avoir pitié de nous autres.

- Jeune magicien, ce que tu as montré est ce que tu seras. Je n’oublierais pas ta clémence. Je suis sûr que nos chemins se croiseront à nouveau. »

 

Voyant le dragon répondre qu’il n’oublierait jamais son acte avant de s’éloigner de leur terre comme promis, Arthur réalisa surtout que là encore, à l’image du Griffon, c’est toujours lui et lui seul qui était revenu vivant et victorieux de l’attaque : éternel fier et valeureux vainqueur des monstres s’abatant sur Camelot ! Celui que tous avaient fêté une semaine durant !

Alors que le peuple devait sa survie à l’homme qui n’avait cessé de lui servir le vin de la victoire. Merlin était resté humblement debout dans son dos à chaque festin, quand il aurait dû se tenir au centre même de la table d’honneur, y recevant là le respect et l’estime de tout Camelot.

 

En lieu et place de cette reconnaissance, Merlin avait dû faire le deuil secret de son père.

Comment avait-il pu être aussi aveugle ?

En une petite année, il avait tant perdu !

 

- Vois le prince généreux que tu as été avec mon fils ! Alors que son plus vieil ami, celui qu’il considérait comme son frère depuis son plus jeune âge venait de mourir dans ses bras, endossant le poids de son secret, tu n’as pas même eu la décence d’attendre la fin de ses funérailles, pour lui faire le reproche de ses mensonges ! Poussé par ta haine de la magie,  tu ne lui as même pas laissé l’occasion d’assister à la fin de sa crémation. Qu’en aurais-tu pensé si on avait agi de même avec toi ? S’il avait s’agit de Morgane, celle que tu considères comme ta sœur ?

- Je savais qu’ils étaient proches. Mais j’étais aveuglé par cette magie si simple et si puissante que nous avions vue à l’œuvre

- Et cela suffisait à lui ôter le respect du aux morts ?

 

La réponse était : non. Il ne pouvait le nier.

 

- Après quoi, tu as tué la femme qu’il aimait devant ses yeux ! Lui imposant, là encore, de s’occuper de toi alors que son cœur saignait comme jamais de cette perte si douloureuse et irremplaçable.

- Elle était maudite ! Elle tuait mon peuple. Il n’y avait aucune autre solution.

- Qu’en sais-tu ? Il existait peut-être un contre-sort, une réponse magique à sa malédiction. Aucun chemin n’est irréversible.

 

Après tout, Merlin avait bien réussi à le sauver d’une mort certaine et incontournable grâce à la magie de l’ancienne religion. Peut-être était-il possible d’agir de même dans le cadre d’une malédiction.

 

- Et quand finalement, je suis mort dans les bras de mon fils, quelques heures à peine après avoir découvert son existence. Tu es venu à lui, l’instruisant avec hargne qu’aucun homme en ce monde ne valait ses larmes.

 

Plus que toute autre vérité, celle-ci le touchait le plus.

N’ayant jamais connu que son père, n’ayant jamais que recherché son approbation et cette lueur de fierté dans son regard, Arthur savait combien de douleur sa perte lui causerait.

Il savait que quelle qu’ait été sa cruauté, il pleurerait son père, à sa mort.

Mais il l’avait refusé à Merlin.

 

Si admettre que Merlin était un sorcier lui ayant sauvé maintes fois la vie, se positionnait dans le domaine du possible, sans pour autant être d’une certitude indéniable. L’évidence des trois deuils successifs vécus par son serviteur ne pouvait être réfutée un seul instant.

Arthur ne se souvenait que trop de chacune de ces morts à laquelle il avait lui-même assisté, et de chacune des périodes s’en étant suivi. Merlin avait toujours gardé le sourire et ses réflexions acerbes et insultantes à son égard. Mais à bien y réfléchir, il avait aussi chaque fois, affiché un désespoir profond lorsqu’il pensait que personne ne l’observait. Un abattement que lui avait sciemment ignoré, trop concentré qu’il était – il devait bien l’avouer – sur sa petite personne, pour s’en soucier plus que quelques minutes entre deux tâches qu’il imposait sans pitié ni sursis à son serviteur torturé par la perte de tous ses êtres chers.

 

Mais Merlin était si doué pour cacher ses sentiments aux yeux de tous et de lui en particulier !

 

- Commencerais-tu donc enfin, bien qu’après tant d’évidences, à admettre la vérité ? Acceptes-tu enfin d’admettre que toutes ces fois où tu as pris mon fils pour un incapable total, le seul véritable idiot était toi ?

- J’admets sans une once de doute qu’il a souffert de la perte terrible de tous ses proches ! Mais pour le reste… Je n’oublie pas : être plongé dans un rêve ! Qui pas essence ne possède ni logique, ni crédibilité ! Aussi, continuerais-je à croire que toute cette histoire autour de la magie présumée de Merlin n’est qu’un tissu de mensonges, tant que je n’y assisterais pas de mes propres yeux, au moment même où son emploi aura lieu ! Merlin n’est pas et ne sera jamais un sorcier ! C’est impossible ! Merlin n’est pas et ne sera jamais un être machiavélique ! Or la magie représente le mal absolu ! Sans compter qu’il ne serait jamais capable de la maîtriser ! C’est à peine, s’il est seulement apte à lacer ses souliers.

- Le crois-tu vraiment ? Et quand bien même ? Mérite-t-il à ce point, si souvent, ton mépris ?

 

Ne sachant plus quoi penser, toutes ses certitudes étant bouleversées, Arthur s’en prit à ses cheveux. Il allait devenir fou !

 

- Soit ! Admettons seulement que tout cela est vrai ! Il a perdu la femme qu’il aimait et vous, son père. Je suis un abrutit fini qui le maltraite chaque jour que Dieu fait ! Et après ? Nous ne pouvons aller contre le courant de la vie ! Je ne suis pas responsable de ses choix de ne rien m’en dire !

- Sauf que sans vous, je ne serais pas mort ! Sans vous, Freya ne serait pas morte ! Sans vous Lancelot serait toujours présent à Camelot ! Et sans vous, mon fils ne croulerait pas sous le travail jour et nuit ! Jusqu’à quand un homme peut-il supporter tous ces tourments que vous lui imposez de par votre seule existence ?

 

Empli de colère, Arthur serra les poings. Fermant les yeux une demi-seconde, il les rouvrit avec force, prêt à riposter. Mais en lieu et place de Balinor, il ne vit que des lattes de bois.

 

À cet instant, Arthur venait bel et bien de se réveiller brutalement, rouvrant les yeux sur le plancher de sa chambre… dans une position… des plus maladroites.

Le dos tordu, les jambes paralysées par les crampes, la nuque raide. Il avait dormi sur le sol glacé de sa chambre.

 

Se relevant non sans mal pour s’asseoir sur son lit, il se frottait la nuque quand un bruit le fit sursauter. Merlin entrait dans sa chambre, son éternel sourire d’idiot du village aux lèvres, portant un plateau soutenant son petit déjeuner.

Voyant sa fenêtre fermée et n’ayant guère de souvenirs d’être retourné dans son lit, Arthur en conclut simplement qu’il venait bien de rêver. Un songe étrange et perturbant dont il ne réussissait de suite à se remémorer entièrement…

 

- Bonjour Sir. Vous remarquerez, j’en suis sûr, ma ponctualité ce matin !

- Autant dire qu’il va neiger d’ici ce soir.

- Très drôle…

 

Voyant qu’Arthur avait une mine de déterré, Merlin garda pour lui son ton et ses insultes habituels pour s’assurer que tout allait pour le mieux.

 

- Tout va bien, Arthur ? Vous semblez fatigué.

- Je suis épuisé.

- Auriez-vous si mal dormi ?

- Parce que tu es devin en plus de sorcier ?

- Que… Quoi ?

 

Si Merlin avait perdu toute trace d’irrigation sanguine sur son visage, Arthur n’en vit rien, trop concentré sur sa petite personne.

 

- Ne fait pas attention à ce que je raconte. J’ai fait un drôle de rêve cette nuit… Ou plutôt un cauchemar… Je ne sais plus trop.

- Et… votre rêve… ?

- Je ne sais pas. C’est assez vague et hors de ma propre compréhension pour que je t’en parle. Mais je pourrais résumer en disant que tu y étais sorcier.

- Quelle idée !

- N’est-ce pas… ? Qui pourrait croire qu’un crétin aussi maladroit que toi pourrait savoir manipuler un art si compliqué…

- Personne, il va sans dire.

- C’est ça… Personne.

 

Soulagé, dans une certaine mesure par la direction que prenait leur discussion, Merlin n’eut pour autant qu’une envie : fuir les lieux pour respirer plus facilement.

 

- Et donc, pour aujourd’hui. Aurez-vous besoin de moi ?

- Hum ?

 

Relevant le visage pour observer son serviteur avec une attention toute relative, Arthur décida qu’il l’avait assez vue sa nuit durant pour pouvoir supporter sa présence toute la journée à venir. Sans compter qu’il devait réfléchir. Certaines brides de son rêve revenant progressivement à lui ne le perturbaient que trop quant à ses souvenirs de certains combats passés.

 

Ne sachant qu’en penser, Arthur régla le problème en envoyant Merlin curer ses écuries et mettre au propre le matériel de chasse pour que tout soit prêt à l’emploi pour leur prochaine sortie. Après quoi, il lui indiqua qu’il pourrait bien prendre son après-midi pour aider Gaius, s’il le souhaitait. Puis il finit ses ordres par son désir le plus sincère.

 

- … Peu m’importe tant que je ne te vois pas.

 

Ne sachant ce qu’il devait penser de cette dernière remarque, Merlin hocha de la tête. Dans une certaine mesure, être loin d’Arthur n’était pas un mal, en sachant la nature de son rêve. Il manquerait plus qu’il se mette à vraiment croire qu’il puisse user de magie…

 

- Dans ce cas… Je vous laisse pour m’occuper de suite de vos écuries.

 

Laissant Arthur à son petit déjeuner, Merlin sortit sans plus tarder. Franchissant le couloir, il attendit d’avoir tourné à son bout, vers l’aile voisine du château, avant de se laisser aller quelques instants, à se reposer contre un mur.

Toussant dès lors à fendre l’âme, Merlin comprit que la journée de la veille n’avait pas été sans conséquence sur son corps chétif.

Il se sentait si fatigué. Ses yeux lui faisaient si mal…

Au moins, ses corvées loin d’Arthur lui permettraient de ne pas devoir lutter pour paraître souriant et en forme.

Et puis, si tout allait bien, il pourrait aussi s’échapper dès la fin de mâtiné pour se rendre dans la ville basse et y livrer ce qu’il avait confectionné des nuits durant. Grâce à cela, il pourrait enfin récolter le fruit de son travail pour rembourser son prêt.

Il était si heureux d’avoir trouvé cette opportunité pour se procurer les cadeaux qu’il souhaitait si ardemment offrir cette année !

Il pourrait même envoyer un peu d’argent à sa mère pour l’occasion du solstice d’hiver.

Oui ! Malgré l’épuisement, il pressentait que les choses allaient au mieux pour une fois.

Tachant de s’en persuader, le jeune homme prit le chemin des écuries si peu appréciées.

Le travail ne pouvait attendre, s’il souhaitait obtenir un peu de temps pour lui-même.

 

À suivre.

 

La reprise de la série n’a vraiment que peu d’intérêt. Mais j’avais ce besoin indispensable de lister pour moi-même tout ce que Merlin a bien pu faire pour Arthur. J’ai sciemment mis de côté quelques détails sur d’autres souvenirs du passé concernant ces deux persos, car c’est Balinor qui les a sciemment oubliés ^_-. Vous comprendrez clairement dans 4 ou 5 chapitres ^_^’’