Solstice d’hiver.

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Chap1.2 : Le fantôme du passé - 2

 

Si Arthur savait en son for intérieur qu’il rêvait, il n’en vécut pas moins les scènes défilant devant lui avec intensité.

 

Happé par une attraction impalpable qui lui donna le mal de mer, le jeune homme fut contraint de fermer les yeux. Quand il les rouvrit, il constata, rassuré, que son entourage avait cessé de bouger.

Enfin stable, il observa alors ce qu’il l’entourait. À l’évidence, il n’était plus dans sa chambre à Camelot, mais dans une minuscule chaumière de paysans. Par la fenêtre près de laquelle il se trouvait, il ne put voir les alentours. Au cœur de la nuit et sous une lune noire, même un chat se serait perdu sur son territoire.

 

- Où sommes-nous ?

 

N’étant pas vraiment surpris par le silence de Balinor, Arthur suivit son regard pour découvrir ce qui le captivait à ce point. Nul doute que lui aurait préféré ne jamais voir cette scène.

Ce fut comme s’il avait suffi qu’il porte ses yeux sur le petit lit placé devant la cheminée allumée, pour que les hurlements parviennent soudain à ses oreilles.

 

Devant eux, une jeune femme pas plus âgée que lui même et au visage familier mettait au monde et non sans douleur son enfant. Contrairement à ce qu’il imaginait pour de telles situations, aucune femme ne l’entourait alors dans son travail, et aucun homme ne faisait les cent pas, dans l’attente que des faitouts d’eau pendus à la crémaillère parviennent à ébullition. La température était glaciale au regard du nuage de fumé généré à chaque souffle de la future maman. Et pourtant, c’était à peine si elle était couverte d’un drap. La voyant de nouveau hurler, Arthur détourna les yeux pour découvrir ceux de Balinor véritablement noyés de larmes et de douleurs. Même s’il n’en doutait pas vraiment, on pouvait quand même être sorcier ou dragonnier et avoir de la compassion pour son prochain. Bien qu’il le trouvait quand même un peu sensible pour un homme de son âge.

 

C’est à cet instant que les cris de la mère furent brutalement remplacés par ceux plus aigus du nouveau-né. D’un dernier effort, elle avait enfin mis au monde son enfant. Un petit garçon, de ce qu’ils pouvaient en voir. Émue, la femme nettoyait sommairement son bébé avant de l’entourer en partie du drap ne couvrant plus que son intimité. L’enfant reposa tout naturellement sur sa poitrine nue et en sueur. Au moins avait-elle a priori évité les complications. Arthur était d’ailleurs stupéfait de voir un si grand sourire éclairer son visage, suite à toute cette souffrance qu’elle avait exprimée peu avant.

 

- Mon petit Ange… Tu es si beau…

 

S’approchant d’un seul pas, pour suivre Balinor qui lui venait de s’accroupir auprès de la mère et l’enfant, le prince jugea par lui-même. Et son verdict était un peu plus… réservé. Plutôt petit et maigrichon, même pour un nouveau-né, le bébé ne possédait vraiment pas les traits d’un ange. D’autant plus, si on y ajoutait ses oreilles décollées. Mais bon, il pouvait comprendre que les nourrissons paraissent parfaits aux yeux de leur maman !

Arthur se surprit à penser à sa mère à cet instant. Avait-elle eu le temps de le tenir si tendrement sur son corps, comme cette femme ? L’avait-elle aussi nommé « son petit ange » avant d’émettre son dernier souffle ?

Tâchant de prendre de la distance sur ce qu’il rêvait, Arthur se surprit subitement de voir la jeune maman reprendre des couleurs et sourire avec plus d’allégresse. Comment pouvait-elle aller si bien après une telle épreuve ? Semblant s’en surprendre tout autant, elle observa avec attention son petit garçon.

 

- Comment… ? Est-ce toi qui… ? Non… Bien sûr que non.

 

Ne pouvant croire en l’incroyable, elle délaissa une seconde l’enfant des yeux pour tendre son bras dans l’espoir d’attraper le verre d’eau abandonné sur la table accolée à son lit. C’est alors que d’un gazouillement, l’enfant provoqua l’impensable.

Ne doutant plus qu’il s’agissait bien là d’un rêve, Arthur vit subitement tous les objets alentour bouger d’eux même autour de la mère et de son enfant. Jusqu’à ce que le verre tant désiré parvienne de lui-même et non sans éclaboussures jusqu’aux mains de la jeune femme.

 

- Tu… Tu possèdes la magie ?

 

Arthur n’y crut pas une seconde ! C’était la mère qui devait user de magie ! Il n’y avait pas d’autres explications possibles. La magie ne pouvait être connue d’un bébé. Il ne parlerait même pas avant des années !

 

- Alors comme ça… mon petit Merlin possède la magie comme son père !

 

À l’écoute de ces mots, Arthur n’en crut toujours rien.

Mais combien de cruches de vin avait-il pu boire pour être à ce point inventif ?

 

- Douterais-tu des images du passé dont je te fais profiter ?

 

Sursautant plus violemment qu’un peu plus tôt, Arthur imagina un instant que son cœur venait de cesser de battre ! Balinor s’étant redressé, il se trouvait à quelques pouces à peine de lui.

 

- Ce n’est qu’un tissu de mensonges !

- Non. Et tu le sais très bien, Arthur. J’ai vu que ce visage te semblait familier. Tu peux facilement y reconnaître Hunith, malgré les années passées. Elle a donné naissance à Merlin plusieurs mois après mon départ de son village. Elle m’avait soigné et abrité, le temps que je retrouve suffisamment de force pour m’éloigner toujours plus loin de Camelot.

- Pourquoi les avoir abandonnés, si elle attendait votre enfant ? Êtes-vous si lâche pour ne pas être resté auprès d’eux ?

 

Loin de répondre avec autant de hargne que le prince, Balinor observa avec amour la jeune maman et son enfant. D’un ton calme, presque doux, il s’expliqua.

 

- J’ai dû la quitter quand les hommes d’Uther ont franchi les territoires de Cendred pour m’y traquer. J’ignorais totalement qu’elle attendait un enfant de moi, alors.

- Même sans le savoir, vous pouviez fuir avec elle, si vous l’aimiez vraiment ! 

- Bien au contraire. Même si j’avais su pour Merlin… Il n’était pas raisonnable qu’elle parte avec moi. Vivre en ermite, reclus et isolés de toute personne, une vie durant, n’était pas un avenir à souhaiter pour une telle femme ou son enfant. Après… J’ai toujours pensé qu’elle avait refait sa vie avec un autre homme… Jusqu’à ce que vous me retrouviez, Merlin et toi… et qu’il m’apprenne toute la vérité… Mais peu importe, tout cela ! L’essentiel, ici, est que tu comprennes enfin : Qui est mon fils.

- Merlin… serait votre fils ? Un sorcier ? Que dis-je... ? Un dragonnier, même ! Puisque vous êtes mort. C’est impossible ! Risible !

- Et pourtant si vrai. Mais ce que tu dois retenir, avant tout, est qu’il n’a rien choisi ! Il ne peut être jugé responsable des dons qui lui ont été offert à sa naissance. Il a sauvé sa mère d’une mort certaine en stoppant son hémorragie à l’âge de quelques minutes ! Il ignore certainement toujours, comment en faire de même à ce jour. Pourtant, dès sa naissance, la magie qu’il porte en lui – aussi vitale et indissociable que le sang pour toi – lui a permis de sauver sa mère. Par la suite, il lui a fallu bien des années pour apprendre à la maîtriser et s’assurer qu’elle ne s’échapperait plus de lui sans qu’il ne la contrôle.

- C’est…

- … Impossible ? Je savais que tu ne me croirais pas si facilement. Raison pour laquelle, Arthur, nous ne sommes qu’au commencement…

 

À suivre.