La fin d’une ère

 

Chapitre 5

 

Merlin courrait de tout son souffle dans les couloirs du château. S’il n’accélérait pas un peu plus, l’homme qui le poursuivait le rattraperait. Et qui sait ce qu’il adviendrait alors…

Glissant sur le marbre, il dérapa à peine dans le virage menant aux cuisines.

N’entendant ni ne voyant aucun signe de son poursuivant, Merlin s’arrêta enfin quelques secondes. Ne pouvant presque plus respirer, le jeune magicien se plia en deux dans le vain espoir de retrouver son souffle. Relevant finalement la tête, il comprit soudain qu’il s’était trompé de couloir. Il venait de se coincer dans un cul-de-sac.

Pourquoi avait-il viré du mauvais côté du château ?

Respirant toujours aussi laborieusement, il fit demi-tour, avançant d’un pas plus calme quand il cria subitement par pur réflexe. On venait de le happer dans un interstice du couloir.

Coller au mur, une poigne ferme bloquant son torse, il ferma les yeux pour ne pas croiser le regard de son agresseur. S’il voyait ses yeux, il ne pourrait plus lutter.

 

- Shutt… Pas un mot… Ou gare à toi !

 

Soupirant lourdement, Merlin céda toutefois à la convoitise. Rouvrant les yeux, il le fixa avec force, ne retenant pas sa voix.

 

- Arthur… !

- J’ai dit pas un mot !

- Je n’y crois pas ! T’as triché !

- Absolument pas.

- Et en plus, tu mens ! T’n’es pas censé être un roi avec des valeurs ? Mieux ! Le chef de l’ordre des chevaliers devant répondre à un certain code de l’honneur ?

- En quoi prendre un raccourci pour t’attraper est-il de la triche ?

- On avait dit : « ni magie, ni utilisation frauduleuse des passages secrets ! »

- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

 

Collant son petit sorcier, l’acculant même toujours plus près du mur en pierre, Arthur huma son cou gracile. Il y avait encore traces de ses suçons. Chacun d’eux était la marque dénombrant ses victoires sur leurs derniers affrontements en tout genre. Une manière comme une autre de trouver pour eux un peu d’espace et de liberté au milieu de tous ces changements innombrables qui les avaient happés ces deux derniers mois.

 

Deux mois déjà qu’il avait destitué son père.

Deux mois qu’il était Roi de Camelot.

Deux mois que sa vie avait été complètement chamboulée.

 

Bien qu’il ait toujours été préparé à tenir un jour ce rôle, il ne pouvait dénier que cette besogne était d’ampleur à effrayer le plus fier et courageux des chevaliers de Camelot qu’il était jusqu’alors.

 

Il avait pris à cœur de s’en sortir seul les toutes premières semaines. Mais très vite, la multitude de ses devoirs était venue au bout de ses forces et de sa patience. Il était bien plus habitué à combattre des armées de morts vivants qu’à faire face à des montagnes de paperasses ou une multitude de visiteurs en quête de ses jugements.

 

Quand l’épuisement avait eu raison de lui, le faisant presque chuter de fatigue au plus haut des grands escaliers menant à sa chambre, il avait découvert une nouvelle facette de son serviteur. Merlin avait alors prouvé – une fois de plus, et sans aucune surprise – qu’il n’était pas homme à suivre les ordres, s’il les jugeait ridicules. C’est donc ainsi qu’il avait pu entrevoir une partie de l’ampleur de ses pouvoirs quand il l’avait réellement enfermé dans ses quartiers jusqu'à ce que Gaius le juge suffisamment reposé et prêt à reprendre le travail.

 

Fidèle à sa parole, c’est finalement de Morgane que sa salvation était venue. Bien sûr, tout comme avec Merlin ou Gaius, elle lui avait copieusement hurlé dessus pour souligner toute sa bêtise à ne pas avoir demandé un peu d’aide plus tôt. Mais après cela, sa sœur de cœur avait pris sur elle de le décharger d’un nombre infini de petites tâches à sa porté, pour l’en soulager.

Depuis lors, ils se concertaient chaque semaine pour optimiser cette division sensée et efficace du pouvoir. Et cela fonctionnait à merveille. Tout Camelot respectait Morgane et se pliait à ses décisions. Arthur devait même avouer qu’elle était sur bien des domaines plus réfléchie et écoutée que lui-même.

 

Pour autant, il gardait les rênes du pouvoir. Morgane pouvait être sa plus proche conseillère et son héritière naturelle, il n’en restait pas moins celui qui dictait les nouvelles lois. La première à être promulguée, tout en symbolique, avait été la levée très officielle de l’interdiction de l’utilisation de la magie sur les terres de Camelot. Il fallait dire qu’il n’avait guère eu le choix. Puisque c’était ça ou faire brûler son compagnon sur la place publique…

À présent, seules les raisons et conséquences de son utilisation seraient dorénavant jugées. Pour autant, les sorciers du pays n’étant pas encore assurés qu’Uther ne reviendrait jamais sur son trône, ce changement d’importance était resté tout théorique. Aucun magicien n’avait encore agi aux yeux de tous. Seule la crainte avait disparu dans leur cœur, remplacé par l’espoir tenu que sous le règne d’Arthur Pendragon, ils pourraient à nouveau vivre et non plus seulement survivre.

 

 

Ses bras fermement liés autour du cou d’Arthur, Merlin s’abandonnait cette fois encore à l’emprise de son roi sur son corps consentant. Bien que dénué de toute magie, il arrivait toujours à le transporter dans un autre monde dès le premier baiser. Arthur se détacha brièvement de lui, avant que Merlin ne le repousse finalement de l’autre côté de l’interstice. Riant de son action, Arthur n’en lia pas moins ses propres bras autour de la taille fine de son compagnon. S’il appréciait de le voir offensif, il refusait de réduire la distance les séparant. Et pour son plus grand bonheur, rien n’aurait pu passer entre leurs corps. Mais ce qui était le plus appréciable, c’était de voir ce sourire idiot fleurir sur les lèvres pâles. Sauf erreur de sa part, Merlin était heureux dans ses bras. Et cela n’avait aucun prix aux yeux du roi.

 

 

Arthur avait raison, Merlin était heureux. Les choses avaient tant changé pour lui.

Depuis sa sortie des cachots, il s’était sentit tellement libre.

Libre d’user de magie pour le bien de tous.

Libre d’aimer son roi, comme il en avait toujours rêvé.

Libre d’être lui-même.

Finalement, il avait eu le bonheur d’être imprégné du sentiment puissant d’être enfin reconnu et aimé pour ce qu’il était et non ce qu’il essayait de paraître.

Il aurait fallu être bien difficile pour ne pas s’en satisfaire.

D’autant que quelques évènements récents avaient ajouté à son bonheur. Merlin avait pu voir revenir à ses côtés, celui qu’il considérait comme son meilleur ami. L’un des rares à avoir toujours su pour sa magie et qui l'avait apprécié avec et malgré elle.

Venu présenter son allégeance et loyauté au nouveau roi, Arthur l’avait aussitôt promu Chevalier. Suite à quoi, il avait fait organiser un grand banquet en l'honneur de tous ces hommes au cœur empli de courage, venus à lui pour participer au renouveau de Camelot !

 

 

Ses mains perdues dans les cheveux d’or, Merlin trouva enfin un soupçon de volonté pour se détacher des lèvres royales.

 

- Arthur…

- hum… ?

- Tu vas être en retard à l’ouverture du banquet.

- hum…

 

Bien qu'il ne soit pas très réactif, Arthur concéda qu’il leur fallait pourtant bien bouger pour rejoindre la fête. D'autant qu’il l'avait lui-même imposé à tous, pour récompenser son entourage de l’avoir si vaillamment secondé toutes ces semaines de grands changements.

 

- On va y aller… Juste… un… dernier… baiser…

 

Reprenant la maîtrise de leur échange, Arthur eut la satisfaction d’entendre son ange doucement gémir à ce dernier baiser. À moins que cela ne fût dû à ses mains se glissant insidieusement dans ses culasses.

 

- Tu… ne… pourras… pas… m’accuser… de… ce… ret… Aaaaah !

 

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Alors qu’Arthur se chamaillait gentiment avec Morgane, chacun assis sur son trône respectif, Merlin les observait de loin. Fait étrange pour ne pas dire miraculeux, Arthur lui avait offert sa soirée. Nul besoin de remplir la coupe du roi, en ce soir de fête. Mais s’il était honnête… Il pouvait admettre que cela faisait des semaines entières qu’ils n’avaient plus eues de telle tâche à sa charge.

 

Plongé dans ses pensées, pour ne pas dire rêvassant à ses nuits passées auprès de son roi, on pouvait sciemment dire que Merlin était dans la lune.

Amusé de son état, Lancelot – assis jusqu’alors à ses côtés sur une table – le poussa d’un coup d’épaule pour le ramener sur terre. Se penchant à son oreille, c’est avec un plaisir palpable qu’il lui murmura quelques mots. C’était trop tentant quand Arthur les observait avec une telle lueur de jalousie au fond des yeux. Sachant que tout à chacun connaissait son amour démesuré pour une certaine servante de Camelot, qu’est-ce que cela devait donner quand le jeune sorcier s’approchait de trop près d’un pur inconnu…

Détournant ses yeux du Roi, Lancelot ne fut guère surpris de voir que Merlin contemplait à nouveau Arthur entre deux soupirs…

 

- Merlin, Merlin, Merlin... Tu vas vraiment finir par l’user, à force de le fixer.

- hum… ?

- Allons Merlin. Tu sais bien qu’à moi, tu ne peux rien cacher.

 

Sachant que Lancelot faisait-là référence au fait qu’il avait découvert très tôt son don pour la magie, le jeune sorcier haussa les épaules.

 

- En même temps, il aurait été difficile d’être plus aveugle que « lui » à l’époque…

- Ce n’est pas faux. Mais ne dit-on pas que l’amour est aveugle ?

- hum…

 

Réalisant qu’ils n’avaient que trop parlé de lui, Merlin abandonna ses pensées pour donner des coups de coude à son ami.

 

- Alors, ça y est ! Tu y es parvenu ! Te voilà enfin devenu un preux chevalier de Camelot ! En es-tu heureux, Lancelot ?

 

Observant à son tour une silhouette se mouvant dans la grande salle du banquet, l'homme acquiesça lui aussi d’un simple murmure.

 

- Il paraît même que l’uniforme plaît particulièrement aux jeunes femmes.

- Tu crois ?

- J’en suis sûr.

 

Souriant comme un idiot, Merlin se releva d’un bon quand Gwen passa devant eux. D’un mouvement totalement imprévu, il fut presque confus que sa jeune amie perde son équilibre pas sa faute. Rattrapant de justesse son plateau, il ne manqua pas de la repousser plus durement dans le dos pour qu’elle chute définitivement dans les bras Lancelot.

 

- Toutes mes excuses, Gwen. Lancelot, je crois qu’on m’appelle par là-bas.

 

Offrant un clin d’œil appuyé à son aîné, Merlin s’éloigna aussitôt, les laissant à leur intimité. Il était impatient que tous deux finissent par lui avouer avoir enfin franchi le pas. En attendant, il devait aller voir une personne absente au banquet. Observant d’un dernier coup d’œil Arthur, toujours bien occupé par Morgane, il disparut dans les ombres du château.

 

 

C’est sans mal que le jeune homme atteignit les geôles des cachots.

Déjà deux mois qu’Uther Pendragon y était enfermé.

Deux mois qu’il ne changeait pas sa façon de réagir à la prise de pouvoir de son fils.

Jusqu’alors, l’homme avait toujours refusé de parler à Arthur qui n’avait encore jamais tenté de passer outre cette demande. Seule Morgane semblait avoir gardé ses faveurs, obtenant de vrais échanges à l’occasion de ses longues visites journalières.

Merlin aussi le visitait. Mais de cela, personne, pas même Arthur, n’était au courant.

 

- Sir.

 

Merlin déposa une assiette remplie des mets les plus fins du banquet à l’intérieur de la cellule par la trappe dédiée aux repas des prisonniers. Après quoi, il s’assit à même le sol, s’adossant aux barreaux. En agissant ainsi, il permettait à Uther que leur regard ne se croise pas. Si Merlin n’avait pas peur de ce type d’échange, il savait que l’homme ne réagirait jamais avec autant de sincérité, s’il l’obligeait à conserver le masque du roi inflexible.

 

- Tu n’abandonneras donc jamais ?

- Jamais, seigneur.

 

Soupirant lourdement, Uther s’avança à son tour près des barreaux. Prenant place non loin de son visiteur, il tira à lui l’assiette pour y goûter les mets offerts. Il en prit quelques bouchers qu’il accompagna du vin déposé à ses côtés. Alors seulement, Merlin rompit le silence.

 

- Vous devez céder, Sir. Arthur se morfond de vous savoir en ces lieux.

- Nous en avons déjà parlé à chacune de tes visites.

- Vous comprendrez un jour que je suis plus buté et têtu que vous.

 

Souriant d’amusement, Uther ne put qu’acquiescer.

 

- Là, je crois n’en avoir jamais douté.

 

Riant presque en chœur de cette réponse sincère, les deux hommes poursuivirent leur discussion. Personne n’aurait imaginé découvrir combien l’ancien roi pouvait être à l’écoute du jeune sorcier.

 

Non loin d’eux, dans une ombre plus sombre encore, un homme sourit non sans tristesse à leur écoute. Assit lui-même au sol, il accola sa tête lourde contre les murs suintants d’humidité. Fermant les yeux, il se laissa imprégner par les voix des deux hommes présents non loin de lui.

Deux hommes qu’il aimait plus que tout au monde.

Deux hommes à qui il n’avait encore jamais réellement avoué ses sentiments par des mots.

Deux hommes qui n’avaient pas plus réagi de la même manière avec lui.

L’un lui avait avoué tout son amour, l’autre le lui avait toujours caché.

Ils étaient si dissemblables.

Son père si dur, froid, doutant de tout à chacun, haïssant la sorcellerie plus que tout.

Et Merlin, si tendre, affectueux, cherchant le bien en tous ceux qu’il rencontrait, le symbole même que la magie pouvait être source d’amour et de protection.

Si dissemblable… Et pourtant…

En les écoutant, jour après jour, il avait tant appris sur eux deux. Grâce à leurs discussions, il avait aussi et surtout pu enfin comprendre leur position respective, ainsi que tout ce qui lui avait si facilement échappé par le passé.

 

Merlin était-il conscient qu’il l’avait suivi dès le premier jour ?

Agissait-il d’ailleurs ainsi pour ce seul but ?

Arthur le soupçonnait fortement. Mais n’ayant jamais eu le courage jusqu’alors d’avouer à Merlin qu’il le suivait à chacune de ses visites à son père, cela restait encore un mystère.

Lui, en revanche, ne pouvait plus se mentir. La toute première fois, il avait redouté que le jeune sorcier veuille se venger – à plus que raison – de tous les méfaits de son père. Mais évidemment, il n’en avait rien été. Alors depuis, Arthur avait un peu peur de lui avouer qu’il l’avait suivi pour cette seule raison. Depuis leur rencontre, Merlin n’avait jamais agi que dans son seul intérêt. Face à cette évidence, il craignait qu’il lui reproche son manque de confiance. Arthur avait si peur de le perdre en réalisant le faux pas de trop. D'ailleurs, peut-être était-ce déjà trop tard ?

 

Serrant les poings, Arthur se promit de ne pas plus attendre pour lui confier la vérité. Avec un peu de chance, Merlin se contenterait de le traiter de crétin royal…

 

Quand son compagnon finit par partir, il sut qu’il était tout aussi temps d’agir enfin comme un homme. Il devait aller jusqu’au bout de son choix. Il devait enfin affronter le regard de son père. Se relevant non sans mal, c’est d’un pas peu assuré qu’il s’avança vers sa cellule. Ce soir, il trouverait enfin le courage d’aller lui parler.

 

xxxxxxxx

 

La fête avait battu son plein la nuit durant. Débutée dans la grande salle du château, elle s’était étendue jusqu’à la basse ville. Tout Camelot avait ressenti ce besoin de rebondir sur les évènements du passé. C’est donc un peuple épuisé mais heureux qui s’endormait aux premières lueurs de l’aube. Ayant passé la nuit à parler avec son père, Arthur décida de faire quelques pas en dehors du château. Si Uther ne semblait pas tant gêné par son isolement, lui avait besoin d’oublier le sentiment d’oppression créé par les cellules.

 

Tout autour de lui, Camelot respirait la sérénité. Souriant au lever du soleil, il se promit d’imposer à Merlin de revenir y assister un autre jour à ses côtés. Il ne doutait pas qu’il adorerait. À l’image de deux mois plus tôt lorsqu’il se promenait avec lui en ville, Arthur trouvait ce début de journée presque parfait. Tout allait de nouveau pour le mieux en cette fin de printemps clément pour le peuple. Même son père avait fait part de son envie de valider sa prise de pouvoir. Il décidait juste « et presque par principe » de rester au cachot pour les 6 premiers mois de son règne. Une façon comme une autre d’admettre sa défaite, il semblait.

Une manière comme une autre d’affermir aussi la puissance d’Arthur.

Comment leurs voisins pourraient-ils juger ce nouveau roi comme faible, s’il faisait ainsi subir une telle sanction à son propre père ? Pour autant, lui laisser la vie sauve et une chance de vivre par la suite à sa cour, prouverait tout autant sa compassion et bienveillance.

 

Arthur comprenait la nature de cette dernière leçon. Et si cela le dérangeait sur le principe, il l’acceptait bon gré mal gré. Après tout, ce n’était pas comme si son père vivait dans une cave. Sa cellule n’avait eu de cesse d’être améliorée, au point qu’elle devenait digne d’un salon royal. Il ne lui manquait vraiment plus rien.

 

Remonté à bloc malgré sa nuit blanche, c’est d’un pas alerte et empli du sentiment de profiter d’un bonheur complet qu’Arthur fut de retour au château. Ne pouvant échapper au spectacle de Lancelot et Gwen enlacés dans un recoin d’escalier, Arthur en ria doucement. Pas sûr que Gaius apprécierait tout autant le spectacle quand il ouvrirait sa porte. Les deux tourtereaux n’avaient semble-t-il pas réussit à trouver la force de rejoindre la demeure de Gwen. Et réalisé sans doute trop tard que l’ancienne chambre de Merlin – que Lancelot occupait depuis son arrivée, dans l’attente de devenir chevalier – n’était accessible qu’après avoir traversé l’antre du médecin de la cour.

 

Décidant de faire un détour pour les laisser à leur intimité, Arthur replongea dans ses pensées. En devenant roi, il avait de nouvelles responsabilités envers Camelot. Et parmi elles, celle de se marier pour donner un hérité à la couronne. Or, Merlin pouvait l’aimer comme un fou, il ne serait pas pour autant apte à le lui offrir… du moins, pas totalement.

 

Il avait déjà réfléchi à tout cela depuis quelque temps. Si bien qu’il avait même déjà abordé la question avec Morgane. Bien que cela pourrait assurer quelques alliances d’importance, il était tout simplement impensable qu’il épouse qui que ce soit. Aussi pour se prémunir de toute demande d’épousailles avec une nation voisine, il n’avait qu’une alternative. Ne pas attendre davantage pour prendre une épouse et choisir cette dernière de sorte que personne ne puisse réfuter l’évidence de son nom. Sous ces critères, un seul choix s’était avéré parfait. Il devait faire de sa « petite sœur » la reine de Camelot ! Ce qui permettrait tout autant de consolider le rôle clef de Morgane au sein du royaume. Quand il lui avait expliqué qu’il serait même prêt à prendre pour héritier l’enfant qu’elle porterait de l’homme qu’elle aimerait et prendrait pour amant, ne désirant en rien partager sa couche, l’idée avait fait tout autant son chemin à l’esprit de la jeune femme. Mais elle avait ajouté qu’il y aurait peut-être un moyen qu’elle enfante réellement ses enfants sans qu’ils n’aient de relation charnelle, grâce à la magie.

 

Pour répondre à cette épineuse question, le jeune roi avait donc pour mission d’en discuter à présent avec son serviteur personnel, amant et – accessoirement – sorcier de la cour. À moins qu’il n’aille tout d'abord en parler à Gaius, vu sa difficulté à mettre la main sur Merlin. Ne le trouvant ni dans leur chambre, ni les cuisines ou la salle du trône, il commençait sérieusement à se poser des questions. Avait-il donc trop abusé du vin la nuit durant, pour se retrouver endormi dans un recoin quelconque ?

 

Arthur parcourait toujours le château sans trop savoir par où commencer ses recherches plus minutieuses, quand il aperçut au cœur de la chapelle, le chevalier Léon agenouillé auprès d’une silhouette étendue sur le marbre blanc.

Évidemment, comme à chaque fois qu’il se faisait la réflexion que tout allait enfin pour le mieux, il fallait qu’un démon ne se venge de lui en produisant un incident. Approchant d’eux, c’est une sueur froide qui le prit tout entier quand il reconnut qui était au sol.

 

Bon Dieu ! Mais qu’avait-il encore inventé pour lui ruiner sa journée ?

 

- Merlin !

 

À l’évidence victime d’un abus de boisson, Merlin était soutenu de tout son poids par le chevalier. Le forçant à s’asseoir à même le sol, ce dernier semblait exiger à Merlin de se taire pour boire à la place un peu d’eau de sa gourde. S’approchant d’eux, Arthur exigea de suite des explications.

 

- Que se passe-t-il, ici ?

 

Se sentant clairement pris sur le fait, Merlin murmura une réponse indistincte.

 

- Je n’ai rien entendu !

 

Sachant très bien que le jeune homme se refuserait à tout avouer si simplement, Léon prit sur lui de prendre la parole. Il en avait quelque peu assez de retrouver le sorcier à moitié évanoui, un peu partout dans Camelot.

 

- Sir… Parce que vous semblez alterner les rôles pour que l’on ne s’ennuie que de lassitude, Merlin vient à nouveau de faire un malaise.

- Merci, mais cela, j’ai pu le comprendre par moi-même. Ce que j’aimerais savoir, c’est la raison de ce malaise… Et accessoirement pourquoi vous dites « à nouveau » ?

- La raison ? Vous vous moquez de moi, là !

 

Au regard ébahi d’Arthur face à sa réponse, le chevalier Léon en conclut que non.

Soupirant lourdement, il tâcha de garder son calme.

 

- Sir… La raison est qu’il travaille beaucoup trop pour son état. Mais sauf votre respect, vous semblez être le seul à ne pas le voir.

 

Très sincèrement, Arthur ne s’attendait pas à ce genre de remontrance. Surtout pas, après avoir combattu son propre père pour le bien de Merlin.

 

- Soyez plus clair.

- …

- Je précise que c’est un ordre ! Des fois que cela n’ait pas été assez compréhensible pour l’un ou l’autre d’entre vous !

 

Devant le regard paniqué de Merlin, une fois encore, ce fut le chevalier qui répondit, après avoir presque gémi d’impuissance devant ces deux grands idiots. Dire qu’ils étaient destinés à réunir tout Albion. Ce n’était quand même pas gagné d’avance avec eux.

 

- Arthur. Des fois que cela vous ait échappé, Merlin pose des charmes de protection dans tout Camelot depuis déjà un certain temps. Chacun de ces charmes lui demande une énergie conséquente qu’il peine à régénérer du fait qu’à côté, il continue : à aider Gaius dans son travail, vous seconder pour la moindre de vos tâches et d’aider quiconque vient à lui. Le nombre des sollicitations ne cessant bien évidemment pas de croître depuis que tous savent qu’avec sa magie, il peut réaliser bien plus d’aide que sans.

 

Arthur sentit une chape de plomb au dessus de sa tête. Car avec les nuits qu’il lui imposait depuis qu’ils avaient pris goût aux plaisirs simples de la chair, il pouvait résumer tout cela en disant que cet idiot de sorcier travaillait sans relâche jour et nuit, consacrant ses rares heures de sommeil pour la bagatelle.

 

- Et combien de jours pensais-tu tenir ainsi, Merlin ? Agir de la sorte est véritablement irresponsable ! Que ferions-nous en cas d’attaque, si tu étais diminué ?

- Tu te moques de moi ? Ce n’est pas comme si tu m’avais donné le moindre choix !

- Que veux-tu dire par là ?

- T’es à ce point inconscient ?

- Que…

 

Arthur se jugeant dans son bon droit en accusant Merlin d’irresponsabilité, il ne s’attendait pas à ce qu’on retourne ses reproches contre lui. Ouvrant les bras en grand, il chercha un peu d’aide du côté de Léon pour comprendre de quoi on lui parlait au juste. Ayant pitié de leur ami, Merlin s’expliqua avec plus de précisions.

 

- Qui est celui qui a annoncé à son couronnement que la magie serait dorénavant acceptée au sein de Camelot, à la réserve qu’elle ne soit utilisée que pour faire le bien ?

- N’était-ce pas ce que tu souhaitais ?

- J’aurais préféré que tu fasses une exception de mon cas et attende un peu avant de modifier la loi aussi officiellement. Cela m’aurait ainsi permis de générer tous ces charmes de protection sans urgence. Comme ce n’est pas le cas, je me dois de les créer au plus vite et au plus complexe pour notre sauvegarde à tous ! Je ne parle même pas du fait que jusqu’à il y a quelques semaines, j’ignorais complètement comment je devais seulement procéder pour agir de la sorte !

 

Ne pouvant nier l’indéniable, Arthur se sentit réellement cette fois-ci comme le crétin royal que son plus proche conseillé, ami et amant lui reprochait si souvent d’être.

 

- J’ai compris. Sir Léon, veuillez informer Sir Lancelot que dès demain matin, son roi lui imposera sa toute première mission.

- Qui consistera ?

- À suivre à la culotte l’imbécile heureux que nous avons en guise de sorcier de la cour. Il en sera de sa responsabilité de faire en sorte qu’il n’agisse plus aussi stupidement.

- Non ! Arthur !

 

Sachant très bien pourquoi Merlin perdait à nouveau ses couleurs, Arthur n’en fut que plus heureux. S’il y avait bien une personne qui était pire que lui et Hunith réunis concernant la santé et le bien-être de Merlin, c’était sans nul doute Lancelot. L’homme se sentait redevable depuis des années envers le jeune magicien. Il lui avait d'ailleurs suffisamment fait de reproches à son retour à Camelot, pour ne pas avoir su découvrir la magie de Merlin plus tôt, ni même présenté des excuses et remerciements publics à son serviteur pour récompenser tous ses actes passés. Il avait eu beau lui répondre que dénué de magie, il aurait eu bien du mal à être devin, cela n’avait guère suffi à le calmer. Si Merlin était tout prêt à donner sa vie pour Arthur et Camelot, Lancelot l'était tout autant pour Gwen ou Merlin. Et de cela, Arthur était heureux. Car à ses yeux, il était rassurant d'avoir l'assurance qu’il y aurait toujours des gens comme Lancelot, qui ferait passer la vie de son ange avant la sienne.

 

Ignorant avec machiavélisme les gémissements et suppliques de Merlin pour le faire changer d’avis, Arthur croisa une nouvelle fois le regard d’acier de son plus fidèle chevalier. Obtenant un hochement de tête pour tout accord de son ordre, il le vit alors s’éclipser.

 

Ainsi seuls, Arthur releva sans trop de mal son compagnon pour le mener jusqu’à leurs appartements. Les mêmes que lorsqu’il était prince. Il ne désirait vraiment pas s’installer dans les lieux où avait vécu son père jusqu’alors.

 

- Comment te sens-tu exactement, à cet instant ?

- Juste fatigué.

- Ta magie ?

- Vraiment intact, crois-moi. Après une bonne nuit de sommeil, je pourrais faire face à ces sorciers de l’extrême que tu sembles tant redouter.

 

Ne riant pas à cette remarque qui se voulait pourtant légère pour dédramatiser la situation, Arthur le déchaussa avant de le pousser à s’installer dans leur lit.

 

- Tu as beau penser que je suis responsable avec mon changement de loi précoce. Si tu me tenais seulement au courant de l’ensemble de tes agissements, tout cela ne serait pas arrivé. Tu es incorrigible et sans espoir. J’aurais dû te coller un baby-sitter bien plus tôt pour t’éviter d’agir à tes propres dépends et enfin savoir de quoi sont faites tes journées quand tu n’es pas à mes cotés.

- Dois-je en conclure que je suis de relâche pour le reste de la journée ?

 

Sachant que Merlin tentait encore l’humour pour échapper à la réprimande, Arthur ne le lui confirma pas. Au lieu de cela, il ôta ses propres bottes et son pourpoint en cuir, pour le rejoindre dans le lit.

 

- Je sais que tu n’as pas plus dormi que moi cette nuit, mais est-ce toutefois raisonnable ? Tu n’as pas d’entraînements ou de multiples réunions où ta présence serait requise ?

- Si le roi n’a pas le droit de faire ce qu’il souhaite, qui l’aurait ?

- C’est un point de vue.

 

Amusé, Merlin prit un certain plaisir à délasser la chemise royale. Arthur devait lui concéder qu’il était devenu assez doué avec ses années de pratique en sa qualité de valet de pied. Ce qu’il découvrait depuis un moment, c’est qu’Arthur lui-même n’avait pas à lui envier sa dextérité dans l’effeuillage.

 

Souriant et agissant comme des gamins, ils se débarrassèrent très vite du superflu pour se glisser sans plus attendre sous les draps fins. Confectionné à partir d’un tissu rare venu d’extrême orient – cadeau d’une délégation d’un pays voisin venu signer un pacte de paix – les deux hommes ne se lassaient pas de son toucher.

 

Installant Merlin sur lui, Arthur laissa errer ses mains sur son dos nu. Il le trouvait toujours si maigre. Il faudrait vraiment qu’il insiste pour qu’il mange plus.

 

- J’ai parlé à mon père cette nuit.

- Je sais.

 

Par cette seule réponse, Arthur eut l’assurance que Merlin savait aussi pour sa présence dans les cachots quand il le visitait.

 

- Et… cela va pour toi ?

- Bien sûr.

 

Relevant la tête, Merlin lui offrit l’un de ses sourires qui lui traversaient le visage d’une oreille à l’autre. Arthur se sentit un peu bête d’avoir encore douté un seul instant qu’il pouvait en être autrement.

 

- Et donc... Tu es fatigué fatigué… ou… Il te reste quelques forces vives pour m’embrasser sans tourner de l’œil ?

- Hum... Je ne saurais décevoir les attentes de mon roi.

 

Amusé par cette réponse, Arthur se donna pour défi de ne pas trop abuser de sa position. Pour autant, Merlin n’était pas moins vorace que lui. Si le jeune sorcier l’embrassa avec faim, Arthur le retourna très vite pour mieux le plaquer au fond du lit. S’attaquant à la nuque offerte, il ne put retenir ses gémissements quand Merlin s’arqua pour mieux caresser de son fessier sa hampe bandée. C’était une torture de ne pas le prendre aussi vite. Mais jamais Arthur ne prendrait le risque de le blesser. Se saisissant de ses mains, il força Merlin à placer ses bras autour de l’oreiller où sa tête reposait. Tournant cette dernière pour mieux respirer, Merlin gémit à son tour. Leurs mains indisponibles, c’est de son corps tout entier qu’Arthur le caressait… Son souffle sur son cou générait tout autant de frissons le long de son épine dorsale. Ils débutaient à peine que ses sens étaient déjà saturés de plaisir.

 

- Arthur…

 

Souriant à son nom gémi dans un soupir, Arthur se pencha à l’oreille découverte pour lui murmurer quelques mots.

 

- Tu es à moi, Merlin. Rien qu’à moi.

- À toi… depuis toujours…

- Et à jamais.

 

Ce disant, Arthur s’insinua en son amant, les faisant tous deux gémir de son action.

 

- Arthur…

 

La supplique n’eut alors pour réponse qu’un long et langoureux rythme que le jeune roi leur imposa. Ils avaient la journée et la nuit à venir pour se reposer et profiter de leur intimité. Alors seulement, leurs obligations reprendraient leur droit. Mais pas avant. Arthur s’en assurerait.

 

Finalement, c’est blottis l’un en l’autre que les deux hommes reprirent leur souffle. Allongés en cuillère, Arthur ne se lassait pas de caresser inconsciemment le ventre ferme de son sorcier en un mouvement circulaire. Reposant tous deux sur un même oreiller, il embrassa de nouveau la nuque gracile, à l’endroit même où ses dents l’avaient marqué peu avant. Il espérait que cela ne faisait pas mal à Merlin. Ne désirant qu’un vrai baiser avant de s’endormir pour de bon, ce dernier se retourna dans les bras du blond. Mais au lieu d’échanger ce baiser, c’est contre son torse qu’il se nicha pour mieux s’installer. Ayant épuisé ses dernières forces dans son dernier mouvement, Merlin sut qu’il ne pourrait même plus bouger un cil si sa magie ne l’y aidait pas.

 

Contrairement à lui, les mains d’Arthur poursuivaient ses caresses, s’attaquant à présent à la naissance de ses reins. Ce n’était pas humain d’être aussi inépuisable.

 

Loin d’envisager un nouveau round, Arthur appréciait plus simplement le contentement qui l’imprégnait à cet instant. Sa nuit blanche commençant à se faire ressentir sur lui aussi, il se laissait doucement glisser dans le sommeil. Il ne parlerait à Merlin de cette histoire d’héritier conçu avec l’aide de la magie que plus tard dans la journée. Il n’y avait encore aucune urgence. En revanche, il pensait qu’il était plus que temps de confier la nature exacte de ses sentiments à Merlin. Après tout, en ce début de nouvelle ère, alors que Camelot était dirigé par un nouveau roi et de nouvelles règles, il pouvait bien un peu changer lui aussi. Comme la veille avec son père, il prit une grande inspiration avant de se lancer.

 

- Merlin ?

- Hum… ?

- Je t….

 

Fin

 

Niark ^-^

J’espère que cette petite fanfic sans action, ni rebondissement inattendue vous aura plu jusqu’au bout ^_^’’ Bon, finalement, je n’ai pas réussi à rajouter plus de kawai sur la version d’origine. Ma volonté de finaliser mon explication minimaliste sur ce qui advenait de chacun des persos a pris plus de poids que je ne le pensais. Je rappellerais juste que j’étais partie sur la fin de la saison 2 pour cette fanfic, d’où l’absence de Gwain (que j’aime vraiment beaucoup suite au visionnage de la 3e saison, aussi j'espère que je lui trouverais un rôle dans une future fic ^__^)

 

mimi yuy